Ca va faire mal

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Lundi 27 juillet 2006
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*** Le géopolitique requiert-il une "extrême vigilance" ?
… L’once d’or répond oui !

*** Ca va faire mal
On ne peut pas éternellement s’endetter…

*** Une économie d’escrocs (1)
Mes mains tremblaient lorsque j’ai lu le dernier rapport concernant les données de la Réserve fédérale

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Bonjour,

*** LE GEOPOLITIQUE REQUIERT-IL UNE "EXTREME VIGILANCE" ?

** La légère dégradation du déficit commercial américain — qui ressort moins sévère que les -65 milliards de dollars anticipés — n’y a rien fait : le dollar poursuit son rebond, et Wall Street poursuit sa consolidation.

Les indices américains avaient réussi à inverser la vapeur en seconde partie de séance mardi, après une entame hésitante et une prédominance des replis dans le secteur technologique. Cependant, ce scénario pourrait ne pas se reproduire alors que le Nasdaq revenait tutoyer les 2 100 points à la mi-journée hier.

Mercredi matin, les opérateurs européens semblaient déterminés à profiter de la volte-face des gérants américains pour éloigner l’Euro-Stoxx 50 de la zone dangereuse des 3 605/3 610 points. Ils n’y sont parvenus qu’à moitié, puisque le score final ne s’élève qu’à 0,35%, contre 1,35% à l’heure du déjeuner. La bourse de Londres — stable en clôture — n’a dû son salut qu’au vigoureux rebond des valeurs minières comme BHP Billiton, Anglo-American ou Rio Tinto.

La lumière ne va donc pas jaillir de cette séance du 12 juillet et le pronostic des investisseurs demeure très partagé depuis maintenant neuf séances : le seul phénomène constant depuis l’entame du second semestre, c’est le tassement des volumes lorsque le marché rebondit.

Nous constatons 20% de chiffre d’affaire en moins à Paris… et encore, les 15 millions de titres Arcelor négociés en cette veille d’expiration de l’offre de Mittal Steel ont pesé pour plus de 12% dans le cumul des échanges au sein du SBF 120.

Nous ajouterons que pas un seul titre du CAC 40 ne parvenait à reprendre plus de 2% ce mercredi, alors qu’ils étaient une bonne demi-douzaine à reculer de 2,5% et plus la veille. Difficile de détecter des signaux techniques exploitables dans ces conditions… et nous n’avons même pas trouvé matière à vous relater quelques bras de fer homériques entre bulls et bears, depuis que les premiers profit warnings sont tombés en milieu de semaine dernière — puisque aucune des victimes n’a réussi à refermer ses gaps. Il semblerait que la chaleur et un climat de moiteur assez éprouvante dissuade les ours comme les taureaux d’accomplir le moindre effort prolongé sur les marchés d’actions.

** Nous n’allons pas épiloguer sur l’errance du CAC 40 ou du FT 100 depuis 10 jours ; nous avons d’autres sujets beaucoup palpitants en réserve, à commencer par le rebond de l’or, qui s’est envolé de 20 $ (soit un gain de +3%) en l’espace de 24 heures, et retrace l’ancien support des 645/650 $ l’once.

Cette flambée survient 48 heures après la publication de notre chronique "Sorti sur un coup de tête", où nous évoquions les provocations nord-coréennes, le dossier du nucléaire iranien, les guérillas incessantes au Nigeria, l’instabilité politique au Venezuela, la situation explosive au Proche-Orient.

Il faut depuis mardi soir ajouter à cette funeste liste de points chauds l’Inde et le Pakistan, après les attentats terriblement meurtriers de Bombay : sept bombes ont explosé presque simultanément dans plusieurs trains de banlieue, tuant près de 200 personnes et en blessant 700 autres. Les engins étaient déposés dans les premières classes, et visaient clairement les cadres et les salariés les mieux rémunérés, ceux qui sont censés travailler en collaboration avec les Occidentaux.

En regard de ces tueries de masse — et des répercussions géopolitiques qu’elles peuvent entraîner — l’étude au microscope de mouvements boursiers insignifiants est un exercice particulièrement vain et futile. La seule conclusion qui s’impose, c’est que Tokyo (-1,45% hier matin) semble faire preuve d’une plus grande implication économique et psychologique que les places du Vieux Continent.

Les marchés de matières premières et le secteur des métaux précieux ont également réagi en initiant un rebond de plus de 1,5% en 24 heures. Le pétrole se rapproche rapidement des 75 $ le baril — 74,70 $ mercredi soir. Un élément supplémentaire soutient les cours de l’or noir : le recul de six millions de barils des stocks de brut américains — et ce malgré une facture d’importation record de 27,9 milliards de dollars au mois de mai, ce qui explique en grande partie pourquoi le déficit commercial a atteint les 63,8 milliards de dollars.

** Le contexte géopolitique faisait figure de grand absent sur les "unes" des quotidiens économiques au cours de la semaine précédant la finale de la Coupe du Monde. Nous ne serions pas surpris d’entendre au cours des prochaines heures quelques proches de George W. Bush affirmer que la situation est plus préoccupante qu’il n’y paraît, et que la Maison-Blanche "ne lâche rien" vis-à-vis de Téhéran ou de Pyongyang — histoire de faire oublier le camouflet de Guantanamo.

Les législatives partielles auront lieu dans trois mois aux Etats-Unis ; la présidence tentera à tout prix de redorer son blason. Elle a commencé à le faire sur le plan économique en annonçant une spectaculaire contraction de 30% du déficit fédéral en 2006 — sous l’impact des recettes fiscales provenant des revenus des grands groupes pétroliers puis du rapatriement à moindre frais des profits réalisés à l’étranger par les multinationales.

Elle devrait s’efforcer également de remporter un succès diplomatique d’ici cet automne. A défaut, elle n’aura aucun mal à démontrer que la situation est trop critique pour changer d’équipe en milieu de partie, alors que l’éloignement des périls dépend du suivi des dossiers les plus sensibles par ceux qui les traitent depuis l’origine… quand ils n’en sont pas eux-mêmes les auteurs !

La Maison-Blanche a toutes les raisons d’orchestrer la remontée en puissance de la thématique d’un "monde dangereux", et de l’urgence de redoubler d’efforts dans la lutte contre le terrorisme : les attentats de Bombay lui fournissent un prétexte tout trouvé… au moment même où un certain footballeur italien, objet de beaucoup de controverse, prétend qu’il "ignore ce qu’est un terroriste islamiste, la faute à une culture trop limitée" !

Philippe Béchade,
Paris

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** CA VA FAIRE MAL

** Les faits ne sont rien sans la théorie. Nous nous sommes rappelé cela en lisant les pages financières hier matin. Les journalistes ont dû tous lire les articles de leurs confrères. Partout ou presque, on accusait "des revenus décevants" d’avoir causé la faiblesse des marchés cette semaine. Comment le savaient-ils ?

* Eh bien, ils n’en savaient rien, bien entendu. Mais ils avaient leurs théories, tout comme nous. Sans elles, on ne peut distinguer l’enfer du paradis. Nous obtenons donc des théories, dont la plupart sont si imbéciles que nous ne savons pas de laquelle rire en premier. Voilà pourquoi notre mission, à la Chronique Agora, est si simple. Nous pouvons fermer les yeux en toute confiance, pointer du doigt et rire : il y aura forcément un crétin devant nous.

* Dans les pages de la Chronique, nous avons élaboré notre propre théorie, en essayant de suivre un fil très fin dans un labyrinthe de faits et de chiffres. Notre théorie, c’est que l’économie américaine — et peut-être toute la civilisation occidentale anglophone — est en train d’atteindre un immense sommet.

* L’Empire s’épuise en guerres énormément chères et probablement contre-productives. La facture pour l’Irak et l’Afghanistan atteindra 500 milliards de dollars l’année prochaine, empruntés jusqu’au dernier sou — et dont les trois quarts ont été empruntés en dehors de l’empire. Un empire dépendant des "barbares" pour poursuivre ses campagnes militaires est un empire en déclin. Une société dépensant plus qu’elle ne gagne est aussi en déclin… même si elle ne s’en est pas encore rendu compte.

** Le système financier mondial — basé sur le dollar américain — approche du début de sa fin. Ca a toujours été un système basé sur la "confiance", une confiance mal placée. Des milliers de milliards de dollars de devises, de crédit et de produits dérivés ont été introduits dans l’économie mondiale. Cette vague de liquidités a été injectée intentionnellement, dans le but d’écarter une correction des marchés en 2001-2002. Les autorités financières américaines, qui avait terriblement peur de suivre le Japon dans une crise déflationniste, ont libéré un raz-de-marée d’argent et de crédit, d’une ampleur inconnue jusqu’alors dans l’histoire économique mondiale. Baisses d’impôts, augmentation des dépenses, prêts sous le taux de l’IPC — combiné au Niagara de liquidités provenant du Japon lui-même, tout cela a inondé le monde d’argent.

* Cette inflation a stimulé les prix des actifs, mais elle a aussi fait grimper la dette à un niveau tel que toute l’économie mondiale s’est dangereusement engagée pour faire jouer l’effet de levier. Il n’est pas possible de s’endetter éternellement, de plus en plus profondément. En fin de compte, et sans qu’il soit nécessaire que quiconque fasse un quelconque faux pas, il va falloir se désendetter. C’est là que ça va faire mal… et c’est bien ce qui nous attend.

* Bien entendu, la Banque centrale américaine ne va pas rester les bras croisés à attendre que la douleur suive son cours. Non, les politiciens vont se lancer dans des tirades enflammées. Les investisseurs vont gémir. La Fed va paniquer et tenter d’injecter plus encore d’"inflation". Mais cette fois-ci, l’inflation n’ira pas dans les valeurs technologiques ou l’immobilier. Elle ira dans les matières premières, et en particulier dans l’or, qui sera considéré comme un antidote à la "drôle" de devise américaine. Les détenteurs étrangers de dollars — en particulier les banques centrales — se débarrasseront de leurs billets verts en faveur d’actifs plus fiables. Le dollar ne survivra pas en tant que seule devise de réserve mondiale.

* Les taux d’intérêt réels grimperont aux Etats-Unis. Les prix des actifs financiers — actions, obligations, immobilier — baisseront. La croissance économique commencera par ralentir — puis, plus tard, elle deviendra probablement négative. Les revenus réels de la plupart des Américains déclineront plus encore. Les revenus relatifs, comparés à ceux des personnes vivant au dehors de l’empire, baisseront vertigineusement, marquant une tendance qui durera probablement pendant le demi-siècle qui vient.

* Dans un avenir immédiat, "l’économie mondiale entame sa transition vers un environnement de politiques monétaires plus dures et de liquidités réduites", expliquait au Financial Times un analyste basé à Londres. "L’histoire nous dit que dans un tel monde, il sera bien plus difficile de gagner le genre de rendements élevés sur des actifs risqués dont les investisseurs ont profité ces dernières années ; un certain degré de réduction du risque, et une allocation d’actifs plus importante en liquidités sont appropriés".

* Ces conseils nous semblent valables.

* Et ceux qui seront le plus directement et immédiatement affectés par une réduction de la liquidité seront les investissements qui en dépendaient le plus. La Banque d’Angleterre avertissait hier que l’épicentre des dégâts pourrait se trouver au centre financier de Londres — dans la City. Les grandes maisons de courtage et les groupes bancaires ont gagné des fortunes grâce à la bulle du crédit. Lorsqu’elle explosera, leurs profits — et peut-être leurs capitaux également — pourraient partir en fumée.

* "La sévère cristallisation des risques de crédit, de marché et de liquidités pourrait parfaitement représenter un choc sévère pour le système financier britannique", déclare la Banque d’Angleterre. Un choc tout aussi sévère pour le système américain, n’en doutons pas.

* Que faire ? Vendez Goldman. Achetez de l’or.

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UNE ECONOMIE D’ESCROCS — 1ère PARTIE
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Par le Mogambo Guru (*)

Mes mains tremblaient lorsque j’ai lu le dernier rapport concernant les données de la Réserve fédérale — en particulier le chiffre du crédit total. C’est toujours un moment bizarre pour moi, parce que je sais que je vais détester les nouvelles, quelles qu’elles soient. Et ma famille déteste ça aussi — c’est pour ça qu’ils s’enferment dans la salle de bains, attendant anxieusement ce moment.

Si le crédit total de la Fed est en hausse, je suis irrité de voir la Fed créer plus de crédit inflationniste dans les banques. D’un autre côté, si le crédit total de la Fed est en baisse, je ne suis pas content non plus, puisque cela signifie qu’on ne crée pas de crédit, ce qui signifie qu’on ne crée pas d’argent, phénomène qui n’est autre que (comme nous, économistes professionnels, les appelons dans nos articles de recherche économiques) le Grand Cavalier Assoiffé de Sang de l’Apocalypse Economique (GCADSDLAE) — lequel revient à faire fonctionner une économie d’escrocs (comme le font les Etats-Unis), financée par l’inflation de la monnaie, des prix et des dettes, et un système gouvernemental d’escrocs (financé par l’augmentation de la dette, des impôts et des dépenses), basé sur une devise dérivative (des chiffres électroniques), qui est elle-même basée sur une simple monnaie fiduciaire/papier, avec un système bancaire se permettant un ratio de réserve infiniment bas (c’est-à-dire aucune liquidité disponible en tant que réserve pour des dépôts ou prêts additionnels).

En décembre 1996, le crédit bancaire américain était de 2 769 milliards de dollars, tandis que l’épargne représentait 2 214 milliards. Aujourd’hui, en juillet 2006, les prêts sont de 5 738 milliards de dollars, tandis que l’épargne est de 5 457 milliards de dollars.

Le plus intéressant, dans tout cela, c’est qu’en décembre 1996, les réserves exigées étaient de 48 935 millions de dollars. Aujourd’hui, dix ans plus tard, avec deux fois plus de prêts et deux fois plus de dépôts dans les banques, les réserves exigées ne sont que de 44 139 millions de dollars, une baisse de près de 5 milliards de dollars !

Cela signifie que chaque centime de dette et d’argent créé par les banques ces dix dernières années a été littéralement produit à partir de rien, dans la mesure où il n’y a pas de réserve fractionnelle (en liquide) en guise de couverture pour les mauvais jours. Zéro réserves ! En fait, les réserves américaines sont environ 10% inférieures à ce qu’elles étaient il y a dix ans de cela !

Mais revenons-en au crédit total de la Fed et comment il crée du crédit, qui crée de la dette, qui crée l’argent qui crée les bulles. Et non seulement cela crée des bulles, mais également de l’argent à dépenser, comme nous l’apprenons de Stephen Church, de Piscatasquaresearch.com, dans un essai publié sur le site PrudentBear.com et intitulé : "Dernières nouvelles de la crise de consommation". Il écrit : "les dernières statistiques économiques de 2005 montrent que les consommateurs dépendaient de la nouvelle dette pour plus de 90% de leur cash flow courant 2005. La majeure partir du nouveau cash flow des consommateurs provient à présent de la nouvelle dette".

Intrigué, je le supplie de continuer — ce qu’il fait en disant : "les liquidités des consommateurs ont repris leur tendance baissière. Elles ont chuté à trois semaines de fonds selon notre mesure de référence. La masse monétaire de consommation coule désormais à l’envers".

Je pense, en mon for intérieur : "Hmm ! Je me demande ce que signifie cette ‘masse monétaire de consommation coulant à l’envers’ ? Et, plus important, va-t-il falloir que je travaille pour le découvrir ?" Heureusement, Church continue immédiatement en expliquant : "Historiquement, les revenus des ménages suffisaient à générer un surplus de liquidités après la consommation et le remboursement des dettes. A présent, les ménages ont un vaste déficit de liquidités".

Mais je suis resté si longtemps à regarder le crédit total de Fed que, du coin de l’œil, je peux voir que ma femme et mes enfants regardent timidement par l’entrebâillement de la porte de la salle de bains, se demandant s’il est temps de sortir. Ricanant dans ma barbe, je tire une salve de coups par la fenêtre avec mon fidèle Colt 45. Ils rentrent immédiatement se mettre à l’abri, claquant et verrouillant la porte. Je peux les entendre prier le Seigneur de les protéger.

Voilà qui devrait les faire se tenir tranquille au moins jusqu’à demain — et jusqu’à la suite de mon exposé…

Meilleures salutations,

Le Mogambo Guru
Pour la Chronique Agora

(*) Richard Daughty est associé gérant et directeur d’exploitation pour Smith Consultant Group, qui sert les secteurs financier et médical. Il est également l’auteur de la lettre d’information économique Mogambo Guru, un exercice visant à accumuler les sarcasmes sur ceux qui le méritent largement. Le Mogambo Guru est souvent cité dans le journal Barron’s ou dans le Daily Reckoning, l’équivalent américain de la Chronique Agora.

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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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