Toute bulle trouve son épingle comme toute loi trouve ses lobbyistes

Rédigé le 6 juin 2018 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

Les statistiques économiques américaines sont très flatteuses et Donald Trump est persuadé de recueillir les fruits de sa réforme fiscale.

Eh bien, c’est réglé. Les Etats-Unis ont la meilleure économie que le monde ait jamais vue.

Le président américain lui-même l’a tweeté ce week-end :

« Les REDUCTIONS d’impôts, ça marche. L’Amérique GAGNE GROS grâce au président Trump ! »

Le Nasdaq a atteint de nouveaux sommets, nourri par ses technos préférées. Et les derniers chiffres de l’emploi US nous disent que le chômage est à 3,8%, un plus bas de 50 ans.

Voyons voir… un plus bas de 50 ans. Cela nous remettrait en 1968.

Quand le président parle de rendre sa grandeur à l’Amérique… c’est probablement ce qu’il a en tête.

Des statistiques changeantes

Nous nous souvenons de 1968. Nous étions encore à l’université. Et pendant l’été, nous devions trouver rapidement du travail pour payer les frais de l’année suivante.

Nous nous rappelons qu’après avoir passé deux jours à répondre aux petites annonces, nous avions deux offres.

L’une était dans un chantier naval à Annapolis, pour racler les coques et repeindre les « oeuvres mortes », ce qui est sous la ligne de flottaison. L’autre, à Baltimore, consistait à intégrer une équipe bigarrée d’étrangers pour escalader des tours de télévision et y appliquer une couche d’antirouille.

Aucun de ces deux emplois n’était franchement enthousiasmant. Le second était dangereux, qui plus est – mais la paie était meilleure. Nous gagnions 5,35 $ par heure, ce qui n’était pas trop mal pour 1968.

Au cours de l’été, nous avons accumulé environ 1 500 $ – une somme suffisante, de justesse, pour une année d’études, en supposant que nous puissions garder notre job sur le campus : faire la plonge dans une cantine en échange de nourriture gratuite.

Une personne sans qualifications peut-elle trouver du travail aussi facilement de nos jours ? Nous n’en savons rien.

Selon les chiffres annoncés la semaine dernière, 40% des adultes ne peuvent même pas réunir 400 $ en cas d’urgence. S’il était si facile d’avoir un travail, on pourrait se dire qu’il y aurait moins d’Américains avec les poches vides.

Par ailleurs, les chiffres du Bureau des statistiques de l’emploi (BLS) sont en grande partie des sottises – The Donald l’a dit lui-même durant sa campagne électorale.

Il a appelé les chiffres du BLS « la plus grosse blague du pays ».

Maintenant qu’il est aux commandes, cependant, les rôles sont inversés ; les sottises semblent bien attirantes.

Toute bulle trouve son épingle

Lorsqu’on n’a pas le pouvoir, on attaque. Lorsqu’on a le pouvoir, on se défend. Cela a toujours été ainsi… et ce sera toujours ainsi.

Maintenant que Trump est aux commandes, l’économie est en pleine forme… le BLS dit la vérité… et les Etats-Unis s’améliorent de jour en jour.

Quant au Nasdaq… l’indice n’a été fondé qu’en 1971. A l’été 1998, il atteignait environ 1 900 points.

Un investisseur aurait pu s’attendre à ce qu’il baisse, à partir de là, étant donné qu’il grimpait depuis plus de 25 ans.

Mais malheur au spéculateur qui aurait vendu à découvert. L’indice a pris 200% de plus sur les deux années suivantes, atteignant un sommet record à plus de 5 000 avant que sa hausse ne cesse, finalement, en l’an 2000.

La nature déteste les excès, et toutes les bulles trouvent leur épingle.

Le Nasdaq s’est effondré en 2000, les investisseurs abandonnant 70% de leur argent… suite à quoi ils ont dû attendre 14 ans pour se refaire.

Nasdaq

Aujourd’hui, le Nasdaq touche à nouveau des sommets record. Il court en avant, sans oser s’asseoir : il y a des épingles dans tous les coussins. [NDLR : Mettez-vous à l’abri avant que la bulle ne crève… Toutes les mesures à prendre maintenant sont exposées ici.]

La principale menace est peut-être le président lui-même… un véritable champ de ronces d’opinions barbelées et d’actes épineux.

Vous n’êtes plus parlementaire ? Devenez lobbyiste !

Comme tout être doué de raison, nous observons le Donald Show avec autant d’amusement que d’inquiétude.

Aucune des catégories habituelles de politiciens américains – l’escroc, l’idéologue, le flagorneur ou le charlatan – ne correspond à M. Trump. Comme devant un film dont le script est mauvais, les spectateurs ne savent pas s’il faut rire ou pleurer.

Nous ne le savons pas non plus. Mais nous sommes d’avis que le président américain est plus une caractéristique de son époque… que l’inverse.

Comme de la boue sur un pare-chocs, l’Histoire nous dit où elle a été.

Les Etats-Unis sont en déclin depuis que nous passions nos étés à repeindre des tours de télévision pour 5,35 $ de l’heure. Les dettes, les lois, les réglementations et les lobbyistes se sont accumulés.

Pourquoi ? Notre hypothèse très simple : plus d’accords gagnant-perdant ; moins d’accords gagnant-gagnant.

La véritable mesure d’un président, quel qu’il soit, est de déterminer s’il a résisté aux accords gagnant-perdant… ou s’il a encouragé leur multiplication.

Les accords gagnant-perdant, c’est ainsi que le Marigot conduit ses affaires. Sournoiseries. Vols. Complots. Traîtrises. Lobbying. Arnaques. Et toujours, on utilise le pouvoir du gouvernement pour obtenir des avantages. Les initiés passent des lois aussi denses qu’un cake anglais. Ensuite, ils se font embaucher par des entreprises, qu’ils aident à dénicher les fruits confits.

Il suffit de regarder ce qui est arrivé à ceux qui ont élaboré la loi dont The Donald pense qu’elle rend sa grandeur à l’Amérique – la loi sur la fiscalité. Dans le journal The Hill :

« Les aides républicains du Congrès US qui ont joué un rôle essentiel dans l’écriture de la loi fiscale l’an dernier se ruent vers la sortie, acceptant des emplois dans le secteur du lobbying.

[C’est] une manoeuvre fréquente pour les membres du Congrès des deux partis, surtout après l’approbation d’une loi importante. Il s’est passé une chose similaire après la mise en place d’Obamacare en 2010.

Durant les deux années qui ont suivi la signature de l’Affordable Care Act par le président Obama, plus de 30 anciens membres de l’administration, législateurs et membres du Congrès qui avaient travaillé sur la loi ont rejoint les rangs [des lobbyistes]. Les chiffres ont probablement augmenté depuis. Ce qu’Obamacare a fait pour les démocrates, la loi fiscale de l’an dernier le fait pour les républicain »…

Démocrate, républicain : peu importe. Une fois que la pâtée est dans l’auge, les porcs arrivent en courant.

Et rendent sa grandeur à l’Amérique ? Probablement pas.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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