Le Brexit, l’épreuve ultime pour les banques centrales

Rédigé le 28 juin 2016 par | Banques Centrales, Philippe Béchade Imprimer

Tout a basculé vers minuit, entre le jeudi 24 et le vendredi 25 juin : 00h16 fut la minute de la stupeur… une de ces minutes qui ont un avant et un après.

Un bouddhiste répliquerait que chaque seconde qui passe annihile un monde pour en faire advenir un autre. Cependant, il est rare qu’une différence de centaines de milliards de dollars de valeur boursière soit observée d’une minute à l’autre parce que les premiers dépouillements effectués dans une bourgade inconnue du nord de l’Angleterre révèlent des résultats aux antipodes des attentes.

C’est pourtant ce petit grain de sable, cette scorie, qui a déclenché une apocalypse monétaire à la vitesse de la lumière… puisque c’est précisément la limite physique du fonctionnement des super-ordinateurs gérant les positions des intervenants sur le Forex.

Ceci illustre à merveille le principe du battement d’ailes du papillon… ou, vu l’ampleur de la tempête financière et politique, le battement d’aile d’un cygne noir.

Certes, le référendum était risqué mais la perception du risque de Brexit avait été anesthésiée par la quasi-totalité des sondages diffusés depuis le 16 juin, et par le tragique assassinat de Jo Cox, qui défendait avec ardeur le maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne.

Tous les sondages… sauf un : celui diffusé le 22 juin, veille du scrutin, à 17h30. Il ne donnait pas le Brexit gagnant à coup sûr, mais rendait le Bremain vulnérable.

N’achetez PAS une once d’or… Avant d’avoir lu ce message !

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Tout est expliqué ici.

L’anxiété des marchés était dissipée dès l’ouverture le jeudi 23 par une succession de sondages donnant tous le « rester » largement gagnant. Un pronostic repris à l’unisson par les bookmakers, qui gonflaient la confiance de la City en affichant un 90/10 … ce qui rendait le piège du Brexit imparable.

Un piège aussitôt qualifié de cygne noir, puisque pour la première fois depuis des décennies, les bookmakers se sont trompés.

Les principales victimes ont été les banques d’affaires et les hedge funds repassés longs sur la livre

Une erreur à plusieurs centaines de milliards d’euros, de yens et de dollars. Les principales victimes ont été les banques d’affaires et les hedge funds repassés longs sur la livre. Ils s’étaient en effet rués à l’achat sur les actions et les ETF tout au long des cinq séances précédant le scrutin, faisant flamber les indices boursiers de +8,5% d’une seule volée.

George Soros a dû pavoiser !

Tout comme ceux qui détiennent des dettes souveraines de type « bunker » (T-Bonds, OAT, Bunds, etc.)… et ceux qui ont accumulé des métaux précieux sur nos conseils ! L’or était d’ailleurs au centre des thématiques abordées lors de notre conférence avec nos abonnés le 17 juin dernier.

Un jeu à somme nulle

Les centaines de milliards perdus par les uns ont été aussitôt gagnés par d’autres. Cela signifie que la valeur totale de l’ensemble des actifs financiers (actions + obligations) ne s’est pas désintégrée comme le 15 septembre 2008 : il ne s’agit donc pas d’un « instant Lehman ».

Il s’est bien produit un « flash krach » sur la livre, le CAC 40, le DAX, le MIB 30… et le FTSE 100 vendredi matin, mais l’onde de choc du Brexit est parvenue très atténuée aux rives de Manhattan.

Wall Street n’a cédé au final que 4% contre plus du double pour les places européennes qui dévissaient de 8,5% en moyenne.

Vu de Paris ou Francfort, en tenant compte de l’effet dollar, le recul des indices US n’a donc pas été de 4% mais de 2%. Par ailleurs, le billet vert est en hausse de 2,2% face à un panier de devises mondiales.

Le Dow Jones n’a cédé que 2,3% sur la semaine dernière, le S&P 500 perdant 2,5% et le Nasdaq reculant de 4,1%. Rien de spectaculaire donc.

Par ailleurs, les gestions « équilibrées » justifiaient parfaitement leur dénomination puisque les gérants ont engrangé des gains quasi-symétriques sur les marchés obligataires — de quoi relativiser les discours catastrophistes.

Ceci dit, ceux qui affirment qu’un séisme cause toujours des dégâts dont la gravité n’apparaîtra qu’au cours des prochaine répliques n’ont pas tort. Il suffit de jeter un coup d’oeil du côté du VIX associé à l’indice S&P 500. Il a explosé vendredi de +50% à 25,7, revenant à 10% (l’affaire de quelques minutes de stress supplémentaire) des records de début janvier et du 11 février… mais très loin encore des 53 du 24 août 2015 (dévaluation du yuan).

Brexit et inquiétudes

Trois autres constats peuvent inquiéter : le S&P a clôturé sous le support technique des 2 040 points (mais de très peu)… les volumes d’échanges ont explosé (de 300%), trahissant une vague de dégagements massifs… enfin le rendement des T-Bonds US a plongé de 1,74% vers 1,44% (un plancher depuis juin 2013) en quelques minutes, soit -30 points de base, ce qui représente l’équivalent d’une baisse de taux par la Fed.

Une telle contraction du rendement signifie que les anticipations de hausse des taux sont repoussées à fin 2017… si un nouveau QE n’est pas annoncé en urgence d’ici les présidentielles de novembre !

Le duo magique formé par les injections de monnaie et les réductions de taux directeurs n’est plus considéré comme une solution crédible

La Réserve fédérale, la BCE et la Banque du Japon ont certes déjà fait savoir qu’elles approvisionneraient les marchés en liquidités de façon illimitée, de façon coordonnée. Cependant, le duo magique formé par les injections de monnaie et les réductions de taux directeurs n’est plus considéré comme une solution crédible et engendre plus de problème qu’il n’en résout.

Le net affaiblissement de l’euro vendredi — tandis que le yen subissait une remontée contre-intuitive au-delà des 100/$ — constitue le symptôme d’un débouclement massif des carry trade.

Cela signifie que des opérateurs ayant vendu à découvert la devise nippone (la stratégie la plus consensuelle depuis le début des « Abenomics ») en espérant faire un bon coup sur la livre ou l’euro essuient des pertes considérables et se retrouvent contraints de réduire au plus vite leurs leviers spéculatifs.

Et vous nous avez vu et entendu affirmer à de nombreuses reprises que la réduction des leviers marquerait le début des vrais problèmes.

C’est synonyme de chute de la liquidité des marchés, d’un envol symétrique de la volatilité, d’une panique face à l’absence de contrepartie… A moins que les banques centrales « se mettent en face » et s’exposent à leur tour à subir des pertes illimitées. [NDLR : Comment vous protéger dès maintenant face à cette avalanche ? Toutes les réponses ici…]

Une rechute du CAC 40 sous les 3 900 points, du DAX 30 sous les 9 000, de l’EuroStoxx 50 sous les 2 700, du S&P 500 sous les 2 000 points prouverait que les interventions des banques centrales anticipées depuis vendredi ne suffisent plus à enrayer la spirale baissière.

Peu importe que le motif soit la situation politique espagnole, les divergences franco-allemandes, une nouvelle dévaluation du yuan ou un phénomène « château de cartes » sur les banques européennes et américaines…

Ceci contraindrait messieurs Kuroda et Draghi à émettre encore plus de fausse monnaie, provoquant cette fois l’effondrement de leurs devises respectives — notamment de l’euro. S’ensuivrait aussi la fuite des détenteurs de dettes souveraines réputées fragiles mais bénéficiant du soutien artificiel des banques centrales, uniques acheteuses en dernier ressort depuis mars 2009… et dont la crédibilité reste uniquement garantie par votre épargne, sans que vous ayez votre mot à dire.

Les citoyens du Royaume-Uni ont eu l’occasion de s’exprimer sur l’état du « système » tel qu’ils le perçoivent, sans y participer pleinement depuis 40 ans… et le résultat est loin de celui espéré par les élites.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

2 commentaires pour “Le Brexit, l’épreuve ultime pour les banques centrales”

  1. Un jeu à somme nulle
    non!

    notes
    pour l’anecdote cygne noir: taieb est pro brexit pro trump

    les bookies ne font que confronter les ordres: ils ont été trompés
    des ordres de 25000livres piece ont été passés (source zero hedge) pour le remain:
    contre en moyenne 5livres pour brexit , plus nombreux
    il s’agit de manipulation.
    en droit boursier on ne peut rien faire MAIS en droit des paris peut etre :
    En effet des manipulateurs ont infuencé non pas le match de boxe (en fait si la hausse d’avant),
    mais les paris eux mêmes! (qui a leur tour ont influencé le match de boxe)

    cela sera enterré:
    cameron ayant négocié hypothèque sterling chez HSBC (! delit d’initié?!) trois j avant le vote (presse uk)
    et soros était short 0.5% de la DBk (ft)

  2. M. Béchade: Je viens de trouver cet article qui me semble-t-il conforte votre point de vue.
    La planche à billets ne génère pas d’inflation… signe de catastrophe imminente
    http://www.bvoltaire.fr/christopheservan/la-planche-a-billets-ne-genere-pas-dinflation-signe-de-catastrophe-imminente,264918
    « Ce qui prend corps depuis deux ans est ce que les économistes redoutent le plus, l’apocalypse en économie : l’argent disparaît.
    C’est l’énigme du siècle : les quelque douze billions (mille milliards) de dollars (six fois le PIB de la France) imprimés par les banques centrales depuis la crise de 2008 n’ont pas produit une once d’inflation ….
    Les banques centrales
    n’impriment pas de la monnaie pour la distribuer directement aux consommateurs mais pour racheter aux banques leurs créances sur l’État. Celles-ci, une fois libérées de ces actifs encombrants, peuvent théoriquement combler le vide ainsi créé par de nouveaux prêts à l’économie réelle. Sauf que les entreprises n’investissent pas et le consommateur ne consomme pas. Pourquoi ? Parce que ni les uns ni les autres n’ont la moindre confiance dans la pérennité de leurs revenus, à commencer par les revenus de l’épargne, qui sont en chute libre du fait, précisément, de cette politique accommodante des banques centrales. »
    Au final, il s’agit donc bien d’ une crise aigüe de confiance envers nos politiques et nos dirigeants.

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