Bouilloires, seaux à glace et yeux bandés

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La Chronique Agora
Paris, France
Vendredi 09 mars 2007
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*** Bouilloires, seaux à glace et yeux bandés
Brûlants ou glacés ? Les marchés ne savent plus où ils en sont…

*** Normal ou anormal
Telle est la question…

*** Une vieille histoire
Nous dit-elle des choses utiles sur l’avenir et les marchés ?

*** La pollution, un enjeu colossal (2)
Attention, ça va chauffer !

—————————– (publ.)

Cinq conseils pour votre portefeuille…
… et l’investissement que vous devriez faire sans plus attendre !

Pour découvrir les principales tendances qui nous attendent dans les mois qui viennent — comment y réagir, cliquez ici…

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Bonjour,

*** BOUILLOIRES, SEAUX A GLACE ET YEUX BANDES

** Les opérateurs semblent avoir renoué avec une certaine forme d’allégresse qui leur était familière depuis la mi-juillet 2006. Avec les séances de hausse qui s’enchaînent en Europe — et une troisième journée de reprise consécutive pour un gain cumulé de 2,5% à Paris –, le sentiment d’une montée des périls s’estompe.

Des interrogations commencent à poindre au sujet de la réalité de la menace constituée par la liquidation des positions de carry trade et par l’impact de la crise du secteur immobilier (que certains spécialistes jugent comme la plus sévère jamais observée depuis 40 ans), puisque Ben Bernanke estime que le secteur a fini de manger son pain noir.

Nous avons souvent avancé l’hypothèse que les choses commenceraient à mal tourner aux Etats-Unis lorsque les consommateurs se verraient limités dans l’usage de leurs cartes de crédit. Le volume des nouveaux prêts à court terme s’est maintenu à des niveaux honorables au mois de février, avec +7,2 milliards de dollars, mais la baisse du pétrole a opportunément retardé l’échéance en soulageant le budget des ménages les plus vulnérables.

Si Wal Mart fait état d’une progression de seulement 0,9% des dépenses dans ses magasins le mois dernier (contre +1,3% anticipé), force nous est de reconnaître que cela n’a pas grand’chose à voir avec un "effet pauvreté" qui découlerait de la poursuite de la baisse du prix des maisons individuelles. C’est plutôt la baisse des températures et la hausse du niveau d’enneigement qui ont limité les capacités de déplacement — et donc la fréquence des allers-retours entre le domicile et les zones où sont implantés les centres commerciaux, dans le nord-est des Etats-Unis.

Mais les consommateurs américains n’ont pas trop à se plaindre de la météo — après tout, c’est encore l’hiver… et ils peuvent adresser une pensée compassionnelle aux populations qui habitent le nord de la Chine (provinces du Jilin et du Yantaï, situées à l’est de Pékin). Elles viennent en effet de recevoir les plus spectaculaires précipitation neigeuses des 50 dernières années, avec un cumul record de 30 centimètres en quelques heures et parfois plus de deux mètres sur les zones en remblai ; cela paralyse non seulement l’ensemble du réseau routier mais également — et c’est exceptionnel — le fonctionnement du réseau ferré. Il a fallu faire appel à plus de 100 000 soldats et bénévoles pour rétablir la circulation des trains entre la côte longeant la Mer de Corée et la capitale ces dernières 48 heures.

** Et ces intempéries nous évoquent un parallèle, dont nous vous laissons évaluer la pertinence, avec la tempête qui a secoué les marchés financiers : nous n’évoquerons pas l’aspect bourrasque du phénomène (l’image est usée jusqu’à la corde !) mais plutôt le ressenti thermique.

Les températures viennent de chuter brusquement dans l’Empire du Milieu… et ceux qui ont été conviés à pelleter la neige n’ont pas tardé à ressentir la morsure du froid. Cela les a incités à se précipiter sur tout breuvage fumant (thé, soupes, bouillons) synonyme de réchauffement des organismes.

Pour comprendre où nous voulons en venir, faites le test suivant, à une température comprise entre +15 et +19° centigrade : mettez en bandeau sur les yeux, tendez votre avant-bras dénudé devant vous et demandez à un de vos proches de verser, au hasard et sans vous fournir la moindre indication, soit un liquide ayant la température de la neige fondue (2° à 3°C), soit un liquide sortant d’une machine à café (mais sans le café naturellement) après trois minutes de refroidissement, pour que la température soit voisine de 50°C, ce qui évite de provoquer des dommages corporels.

Vous éprouverez dans les deux cas une sensation de brûlure — mais sans pouvoir déterminer si cela est dû à un liquide glacé ou brûlant. Dans la seconde hypothèse, et si la température était de 90° (ce qui peut provoquer de sérieuses lésions cutanées), votre système nerveux ne ferait pas davantage la différence. Ce n’est que la persistance de la douleur qui vous permettrait de réaliser que les dégâts risquent d’être sérieux, l’eau glacée étant parfaitement inoffensive… sauf en cas d’immersion prolongée de la totalité du sujet de l’expérience.

** Nous avons le sentiment que c’est exactement le genre de dilemme auquel sont confrontés les marchés financiers : ils avancent les yeux bandés, depuis des années, par certaines banques centrales et par la Fed en particulier (nous allons y revenir) — et viennent par accident de renverser la semaine dernière une cuve contenant des centaines de milliards de dollars de liquidités.

Les marchés ont ressenti une vive brûlure… mais une semaine après l’événement, il leur est encore bien difficile de déterminer s’ils ont été éclaboussés par un liquide en ébullition ou, à l’inverse, tout proche de se figer comme de la glace.

Les banques centrales leur interdisent en effet de retirer leur bandeau (la Fed dissimule depuis un an la progression de la masse monétaire américaine), et continuent de prétendre qu’il ne s’agissait que d’un peu d’eau froide… une correction naturelle après quelques excès spéculatifs en Asie, ce dont les opérateurs ne tarderont pas à se remettre en se laissant patiemment sécher les mains — ou en attrapant une simple serviette éponge ou un chiffon sec pour les plus chanceux.

Pour notre part, et à force de nous lire, vous savez que nous considérons que la marmite des liquidités est en pleine ébullition, depuis fort longtemps. Nous redoutons que les opérateurs ne soient pas en mesure de réaliser que les bulles fumantes du crédit viennent de les brûler au deuxième ou au troisième degré, ce qui nécessiterait d’étendre immédiatement de la gaze enduite de corps gras enrichis de produits antiseptiques et de calmants pour la douleur.

Dans un premier temps, les marchés vont donc continuer d’agir comme ils en ont pris l’habitude depuis quatre ans. Ils préfèrent faire confiance à Ben Bernanke, qui leur parle de lendemains qui chantent et de croissance qui demeure soutenue sur fond de stabilisation de l’activité dans l’immobilier… plutôt qu’à Alan Greenspan, qui explique qu’ils ont 33% de malchance de s’être plongé les bras dans l’huile bouillante de la récession et de la flambée du yen !

** En Europe, c’est la mécanique de la remontée des indices boursiers (+1,5% pour l’Euro-Stoxx 50) qui semblait soudain beaucoup mieux huilée : les investisseurs ont apprécié le ton plus modéré adopté par J.C. Trichet au sujet de l’inflation et son diagnostic économique globalement plus "équilibré" — il n’a été question que d’une "surveillance attentive" de l’évolution des prix.

La BCE continue cependant de juger que le risque reste à la hausse sur le front des coûts de production d’ici la fin de l’année, du fait de l’impact décalé de la remontée du prix de l’énergie et des matières premières. Elle s’alarme principalement de la croissance trop rapide de la masse monétaire, liée à une progression de l’investissement de la demande de crédit immobilier, qui témoigne de la vigueur de la conjoncture depuis un an.

Confirmant son diagnostic d’une croissance robuste en zone euro, le ministère allemand de l’Economie et du Travail a indiqué à la mi-journée que la production industrielle avait progressé de 1,9% outre-Rhin au mois de janvier, en données CVS. Le point d’orgue de cette semaine qui s’achève — du point de vue statistique — coïncidera ce vendredi avec la parution des statistiques de l’emploi aux Etats-Unis au mois de février. Certains économistes s’attendent à une déprime du marché du travail (moins de 100 000 nouveaux emplois attendus). Cependant, compte tenu du peu de fiabilité des chiffres officiels — révisés du simple ou double, voire du simple au quadruple, d’un mois sur l’autre — nous nous garderions bien de tirer des conclusions trop hâtives des données qui nous serons communiquées ce 9 mars ; il nous étonnerait beaucoup que les indices boursiers alignent une quatrième séance de hausse en fin de journée.

Et pour reprendre l’image du thermomètre économique américain… nous n’avons aucune confiance dans les niveaux qui s’affichent. Nous soupçonnons en effet que ledit thermomètre est placé — au gré des circonstances et de la nécessité du moment — tantôt dans le seau à glace, tantôt sous le bec de la bouilloire avant que nous soulevions un coin du bandeau qui recouvre nos yeux, afin qu’il révèle une température relativement correcte ou, de préférence, supportable.

Philippe Béchade,
Paris

PS : Retrouvez Philippe Béchade au 0899 707 009* dès 15h45 pour un suivi complet de la séance en cours — assorti du suivi de nos recommandations… sans oublier le conseil du jour, pour adapter votre portefeuille aux circonstances du moment.
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

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Eric J. Fry nous donne les dernières nouvelles de Wall Street

*** NORMAL OU ANORMAL

** La normalité est surestimée… et extrêmement mal comprise.

- Bien entendu, il est réconfortant d’avoir une pression sanguine normale, de boire une tasse de thé normale, ou de dormir normalement toute la nuit. Mais personne n’est jamais réconforté par un divorce normal, une opération normale des dents de sagesse ou un accès d’herpès normal.

- En fait, les plus beaux moments de l’existence relèvent du domaine de l’anormal. Un baiser mémorable pourrait-il être "normal" ? Ou un baiser "normal" pourrait-il être mémorable ? Nous chérissons les sensations et les expériences qui ne se produisent pas tous les jours. La plupart d’entre nous préfèreraient un après-midi de soleil anormal, par exemple, à une matinée normale d’opération à cœur ouvert.

- Même dans le domaine de la finance, nous préférons l’anormal. Nous adorons les marchés produisant des rendements d’investissement anormalement élevé, comme le grand marché haussier de 1982-2000. Durant cette période anormale longue de 18 ans, le S&P 500 a rapporté un rendement étourdissant de 18,4% annualisés — soit environ deux fois son rendement moyen de long terme habituel. Par contraste, un marché anormalement mauvais peut produire des résultats anormalement lamentables. Durant les 10 ans séparant 1989 de 1999, le Nikkei japonais a perdu la moitié de sa valeur.

- Mais il y a quelque chose de bizarre dans les anomalies de la vie : elles sont toutes parfaitement normales. Les marchés haussiers et baissiers peuvent sembler anormalement bons ou mauvais tandis qu’ils se développement, mais ils contribuent tous à la mosaïque de ce que nous considérons comme la "normalité". Voilà pourquoi "normal" est une épithète dangereuse… à laquelle il ne faudrait jamais faire confiance. On ne sait jamais quel visage cette créature schizophrène nous présentera (en fait, nous nous inquiétons du fait que le marché est sur le point de nous livrer une version de la normalité que bien peu d’investisseurs apprécieront).

** Le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, a récemment assuré aux investisseurs que la volatilité boursière actuelle ne valait pas la peine qu’on s’inquiète. Les marchés fonctionnent "bien", a-t-il dit, "et ils fonctionnent normalement".

- "Nous n’avons aucun doute sur ce point", répond Bill Bonner. "Il est normal que les prix grimpent à des niveaux irréalistes. Il est normal qu’une correction suive, lorsqu’ils retombent à des niveaux plus ordinaires. Il est même normal que les prix des actifs s’effondrent à l’occasion… ayant grimpé trop haut, trop vite".

- "Par contre, nous commençons à douter lorsque nous réfléchissons aux circonstances", continue Bill. "M. Bernanke a annoncé aux investisseurs que ses prévisions économiques restaient inchangées. Ses mots apaisants et son allure professorale les ont poussés à croire qu’ils ne devaient s’inquiéter de rien. Mais un marché normal est comme une tornade normale. Tous deux peuvent semer le chaos et renverser les cabanes de jardin".

- "Des marchés financiers ‘normaux’ tolèrent les fous et les fripons pendant très longtemps, mais jamais éternellement. Et la bonne chose, avec les marchés, c’est que les punitions tendent à correspondre aux crimes. Plus la tromperie et les machinations sont grandes… plus le châtiment est rude. Plus les prix s’éloignent de l’ordinaire… plus ils doivent évoluer pour revenir à la normale. Plus les investisseurs deviennent avides, plus ils perdent".

- "Si les marchés fonctionnent vraiment aussi bien que le pense Ben Bernanke", conclut Bill, "ils corrigeront bientôt les bulles sottes et absurdes gonflées par les excès de liquidités actuels… Normalement, on attendrait une correction".

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Paris

*** UNE VIEILLE HISTOIRE

** C’est ainsi : tous les grands empires commencent par une tromperie, se développent en farce, et terminent en désastre. La farce — qui a atteint son apogée durant les administrations Clinton et Bush — a été très amusante. Mais afin de voir ce qui nous attend, nous devons regarder en arrière. Et si nous remontons assez loin, nous voyons la Rome antique en plein déclin. Ceci dit, ce n’était pas une mauvaise époque, pour un homme ayant de l’argent et une villa sur la côte dalmate. Par contre, elle était beaucoup plus difficile pour qui devait se frotter aux masses en sueur dans le centre de la cité… ou essayer de repousser les barbares se pressant aux frontières. Les empereurs romains avaient dépensé trop d’argent — pour la guerre, pour le pain, pour les jeux. Ils devaient rogner leurs pièces, dévaliser leurs citoyens et exiger des tributs de tout l’empire afin de suivre le rythme. Mais cela ne pouvait durer éternellement. Les barbares ont fait preuve d’une audace croissante, tandis que les forces de l’empire déclinaient. En fin de compte, les Vandales ont passé la frontière et écarté les derniers défenseurs, tandis que Rome elle-même — la capitale du plus grand empire de l’histoire — était mise à sac.

* C’est une vieille histoire, cher lecteur. Nous dit-elle quelque chose d’utile sur l’avenir ?

* "S’il y a bien une chose qui puisse ruiner les Etats-Unis, ce sont les soins de santé", a déclaré le commissaire général aux comptes US David Walker.

* Walker a fait une série de discours, dernièrement, prévenant les Américains qu’ils dépensent trop d’argent. Durant l’émission télévisée 60 Minutes, il a expliqué que le programme Medicare mis en place par l’administration Bush représentait la législation la plus désastreuse qu’on ait jamais vu ces dernières décennies.

* Au centre de l’empire américain, on trouve une joyeuse bande de clowns, de menteurs et de lâches. Quant à la note d’honoraires Medicare, l’administration Bush a déclaré qu’elle coûterait 400 milliards de dollars durant ses 10 premières années. Selon Walker, la facture frôlera plutôt les 1 000 milliards de dollars. Au taux de croissance actuel, explique-t-il, Medicare et les retraites absorberont l’intégralité du budget fédéral d’ici 2040.

** Voilà qui, de toute évidence, ne laisserait guère d’argent pour repousser les barbares qui attendent aux portes. Mais là aussi, les dissimulateurs se précipitent au secours des idiots. Il était sot de gaspiller les troupes et la trésorerie nationale dans une guerre désordonnée en Mésopotamie. Rome l’a fait… et l’a regretté… plus d’une fois. A présent, des centurions américains patrouillent dans les rues de Bagdad, tandis que les Césars de Washington enflent le casus belli tout en dégonflant les estimations de coût.

* Que se passe-t-il ? Qu’est-ce qui va céder en premier ? Comment est-ce que ça finit ? Nous pouvons vous le dire : la farce se transforme en désastre. Tôt ou tard, les engagements ne peuvent être respectés. La valeur totale de la richesse des ménages aux Etats-Unis se monte à environ 50 000 milliards de dollars — quasiment le même montant que le "fossé de financement" total du gouvernement fédéral. Ce qui signifie, cher lecteur, que les Etats-Unis sont déjà ruinés.

* Mais ce ne sont pas uniquement les dépenses des fédéraux qui ont échappé à tout contrôle. Le déficit commercial US, né des dépenses de consommation galopantes, fonce lui aussi à vitesse maximale sur une route à lacets. Chaque année, dans les faits, le déficit transfère toujours plus de capitaux américains dans des mains étrangères. Selon les chiffres que nous avons trouvé hier, plus de la moitié de la nouvelle dette fédérale passe à l’étranger.

* Les comptes courants américains sont entrés en territoire négatif au milieu des années 80… à peu près au moment où Alan Greenspan prenait le contrôle de la Fed. Mais il a fallu vingt années supplémentaires avant que le total des actifs US à l’étranger devienne si vaste que le revenu net des investissements étrangers s’est retourné contre les Etats-Unis. Cette ligne a été franchie l’an dernier.

* Warren Buffett a décrit la situation dans son rapport annuel aux actionnaires la semaine dernière :

* "Les ‘revenus d’investissement’ de notre pays — jusqu’alors positifs depuis 1915 — sont devenus négatifs en 2006. Les étrangers gagnent désormais plus sur leurs investissements US que nous ne gagnons sur nos investissements à l’étranger. Dans les faits, nous avons vidé notre compte en banque et avons eu recours à notre carte de crédit. Et, comme toute personne ayant mis ses affaires en gage, les Etats-Unis subiront désormais "un effet de levier inversé", payant des intérêts croissant sur les intérêts… Nos citoyens seront également forcés, tous les ans, d’expédier une portion significative de leur production actuelle à l’étranger, simplement pour payer les coûts de notre immense position débitrice. Il ne sera pas agréable de travailler une partie de la journée pour rembourser la surconsommation de vos ancêtres. Je pense qu’à un moment ou à un autre, les travailleurs et les électeurs américains trouveront ce ‘tribut’ annuel si onéreux qu’il se produira une réaction politique sévère. Il est impossible de prévoir comment cela se répercutera sur les marchés — mais attendre un ‘atterrissage en douceur’ ressemble de près à prendre ses désirs pour des réalités".

* En général, les empires n’atterrissent pas en douceur.

* Ils explosent… bruyamment.

—————————– (publ.)

Assez d’attendre les profits ?

Des gains de +50%… +69,77%… +67,86… +88,10% depuis début mai 2006… et des plus-values de 106,90%… 100%… 104%… 91,80%… 117,10% et même 679%… engrangées durant la première partie du 1er semestre 2006 !

Parfois, c’est encore le court terme le plus performant. Découvrez pourquoi…

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*** La Chronique Agora présente ***

Protocole de Kyoto et régulation mondiale des rejets de gaz polluants — les sujets abordés hier par Sylvain Mathon font la une de la presse grand public ces derniers temps… et pourraient faire la une des journaux financiers demain. Aujourd’hui, suite et fin des explications…

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LA POLLUTION, UN ENJEU COLOSSAL — 2ème PARTIE
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Par Sylvain Mathon (*)

La pollution a déjà son marché
Au fil des longues et difficiles négociations qui ont entouré le protocole de Kyoto, l’intérêt s’est porté sur les mécanismes de marché comme outil de régulation concertée. Le protocole prévoit, pour 2008, de mettre en place un marché international de droits d’émission de gaz à effet de serre (GES). Ses objectifs : inciter les sociétés à investir dans des procédés rejetant moins de pollution ; donner aux états les moyens de gérer le respect du protocole ; et inciter, sans les contraindre, les pays en développement à participer au processus.

L’Europe a pris les devants dans cette voie. Dès 2003, Bruxelles a décidé que chaque état membre de l’Union allouerait à son industrie lourde des quotas d’émission à l’année, calculés en fonction des émissions passées, des prévisions de croissance et d’un objectif de réduction : diminution de 8% des émissions de CO2 d’ici à la fin 2012, conformément au protocole de Kyoto.

Ces droits, mesurés en tonnes de CO2 rejeté, sont désormais échangeables et négociables, de gré à gré ou sur un marché — exactement comme vous pouvez traiter du pétrole ou de l’énergie. En 2005 ouvrait à Paris la Bourse européenne du CO2 : Powernext Carbon. En 2005, l’Allemagne, premier pollueur de la zone euro, a reçu 1 493 millions de tonnes (Mt) en droits d’émission. Viennent ensuite le Royaume-Uni et la Pologne (736 et 717 Mt). La France, en raison de son nucléaire, n’arrive qu’en sixième position, avec un quota d’émissions de 469 Mt.

Comprenez bien que je vous parle là d’un marché à part entière. Désormais les rejets des entreprises européennes sont vérifiés et les dépassements non compensés soumis à une amende. L’entreprise qui dépasse son quota doit acheter des permis supplémentaires sur le marché ; celle qui pollue moins a la possibilité de vendre son surplus de droits. Et des contrats à terme sont apparus sur Powernext, permettant de se couvrir ou de spéculer.

Le mécanisme de contrôle est simple comme la loi de l’offre et de la demande. Si l’activité industrielle engendre un surplus de pollution, on va s’arracher les droits d’émission sur le marché, faisant varier le cours à la hausse. Les sociétés seront donc incitées à investir dans des technologies moins polluantes. Powernext Carbon est influencée par la croissance économique mais aussi logiquement par la météo (comme le prix de l’électricité). Un temps clément diminue la demande en énergie et, par répercussion, réduit le rejet de GES. Mais un temps trop sec tarit le niveau des fleuves, ce qui réduit la capacité de production en énergie hydraulique, peu pollueuse, en faveur des centrales au charbon, par exemple.

Des débuts difficiles…
Les premiers mois de Powernext ont été couronnés de succès. Pour 2005, le montant des transactions s’élevait à 7 milliards d’euros ; le prix de la tonne culminait à plus de 30 euros en avril 2006. Depuis, c’est le krach. Les états membres ont présenté des surplus de droits (19 Mt de tonnes pour la France, 21 Mt pour l’Allemagne). Certes, nombre d’entreprises ont investi dans des technologies moins polluantes — un secteur qui a le vent en poupe ; mais ces excédents proviennent aussi d’une distribution trop généreuse des droits à polluer par les états eux-mêmes. Il va de soi qu’au-delà des bonnes intentions, les gouvernements hésitent à taxer trop lourdement leurs propres entreprises nationales.

Du coup, la communauté européenne pense à inclure de nouveaux agents économiques dans le principe : pour le moment, les secteurs visés ne représentent qu’un bon quart de la pollution. L’agriculture, les transports ou l’habitat n’en font pas partie. Par ailleurs, les quotas sont émis par les états et attribués gratuitement : la communauté pourrait être tentée de les mettre aux enchères…

Une chose est sûre : si le marché s’étend au monde ; si les USA se joignent au concert des autres nations ; et si les PED sont raccrochés au processus… de tels protectionnismes risquent de devenir difficiles — à peu près autant que les protectionnismes douaniers dans l’Europe d’aujourd’hui. Je ne vous dis pas que cela se fera du jour au lendemain, mais ce nouveau marché a un bel avenir devant lui : imaginez une vraie mondialisation des droits à polluer, appuyée sur un marché vraiment efficient… Et songez qu’en 2004, rien que pour la France et malgré son nucléaire, ce sont 562,6 millions de tonnes de CO2 qui ont été rejetées…

A tout bien considérer, toute société est émettrice de GES, que ce soit pour le chauffage de ses bureaux ou pour son alimentation en électricité. Au train où vont les choses, je ne m’étonnerais pas que vous et moi, en tant que particulier, ayons à réduire nos rejets de dioxyde de carbone. Le processus a déjà commencé avec l’instauration de l’éco-taxe sur les produits polluants. Vous l’avez sans doute constaté si vous avez acheté un réfrigérateur ou un ordinateur récemment.

… qui n’étaient qu’un coup d’essai
En attendant un marché mondial, les démêlés du jeune Powernext sont intéressants.

Hormis un soubresaut mai 2006 (début d’été trop chaud en Espagne), l’abondance de droits à la vente a continué d’entraîner le marché à la baisse. Actuellement, le cours de la tonne du CO2 avoisine 1 euro ! Autant dire que le mécanisme anti-pollution ne fonctionne plus — il ne coûte pratiquement rien à une entreprise de dépasser ses quotas. La conclusion est claire : il ne faut surtout pas investir sur ce produit financier.

Mais tout n’est pas perdu : la semaine dernière, les ministres de l’environnement de l’Union ont accentué la pression en fixant un objectif de réduction des émissions de GES de 20% d’ici à 2020, par rapport à la pollution constatée en 1990. La période 2003/2008 est donc à considérer comme un coup d’essai. La commission européenne prépare déjà la prochaine étape. Elle surveille étroitement les nouveaux quotas proposés par les gouvernements et vient de prier l’Allemagne et la France de revoir leur copie.

Les opérateurs ont compris que les quotas seraient distribués au compte goutte : le cours du CO2 pour la période 2008/2013 s’en ressent d’une façon spectaculaire. Il cote actuellement un peu au-dessous des 30 euros : on est très loin des 0,90 euros de la première période ! Et comme je vous l’ai expliqué, dès qu’une volonté politique (je pense surtout aux USA) va permettre à ce marché naissant de fonctionner de façon efficiente au niveau mondial, ce sera comme un coup d’accélérateur gigantesque… Avec des profits colossaux à la clé.

Meilleures salutations,

Sylvain Mathon
Pour la Chronique Agora

(*) Globe-trotter invétéré et analyste averti, Sylvain Mathon, est un peu "notre" Jim Rogers… Après avoir travaillé durant dix ans au service de grandes salles de marché, il met depuis février toute son expertise en matière de finances et de matières premières au services des investisseurs individuels dans le cadre de Matières à Profits — une lettre consacrée exclusivement aux ressources naturelles… et à tous les moyens d’en profiter. Pour en savoir plus, continuez votre lecture…

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