Ne blâmez pas Trump mais les élites

Rédigé le 29 août 2017 par | Bill Bonner, Dette Imprimer

Pas de vraie croissance, une dette qui grossit… Presque tous les problèmes auxquels nous sommes confrontés nous ont été imposés par les élites internationales.

Nous avons passé le week-end dans notre lieu favori : l’atelier.

Au premier plan se trouve un vieil autel : nous le restaurons pour notre petite chapelle.

L'atelier de Bill, chez lui, dans la campagne française

L’atelier de Bill, chez lui, dans la campagne française

La chapelle de la propriété, dans le Poitou

La chapelle de la propriété, dans le Poitou

L’un de nos fils, qui travaille en Chine, nous a appelé dimanche et raconté la chose suivante :

« Ce matin, je suis allé au pub irlandais, Paddy’s Place, ici, à Pékin. Je voulais regarder le combat entre Conor McGregor et Floyd Mayweather.

C’était intéressant car Mayweather n’a jamais perdu un combat de boxe… et McGregor n’en a jamais remporté un. C’est un champion de MMA [NDR : arts martiaux mixtes] mais c’était son tout premier combat de boxe professionnelle.

Je pense que les organisateurs ont pensé que cela allait rapporter beaucoup d’argent. Et c’est probablement le cas. Lorsque je suis arrivé chez Paddy’s, le pub était bondé… et il y avait foule jusque dans la rue. Il y avait essentiellement des Anglais et des Irlandais, et un petit groupe d’Américains également.

Tout le monde était pour McGregor. Des drapeaux irlandais voguaient. Les gens buvaient des chopes de Guiness et chantaient ‘Too-Ra-Loo-Ra-Loo-Ral’. Un dimanche matin à 9 heures 30. C’était surprenant.

McGregor n’était vraiment pas à la hauteur de Mayweather. Il s’est bien battu. Il a même remporté les premiers rounds. Mais Mayweather a pris son temps… et l’a laissé s’épuiser comme Ali le faisait avec sa technique du ‘rope-a-dope’ [NDR : attitude de défense].

Puis, à peu près au cinquième round, Mayweather a pris les choses en main. Au bout du compte, le combat a dû être interrompu au dixième round car McGregor subissait une telle correction que les arbitres se sont inquiétés. »

La roulette russe n’est pas le meilleur pari

La cote de McGregor était à 5 contre 1.

Mais comme il avait la préférence du public, les bookmakers étaient énormément exposés. S’il avait gagné, ils auraient dû verser énormément d’argent.

Selon Ecclésiaste : « la course ne revient pas aux plus rapides, ni le combat aux héros ».

« Mais c’est la meilleure façon de parier », disent les professionnels.

« Pas tout à fait », ajoutons-nous. Ce qui compte réellement, c’est la probabilité d’un évènement multipliée par le gain ou la perte potentiels.

Si vous mettez une balle dans un revolver et que vous faites tourner le barillet, vous n’avez qu’une chance sur six de vous faire sauter la cervelle. Mais bien que les probabilités soient en votre faveur, les conséquences potentielles en font un mauvais pari.

Ici, en Amérique, une inondation qui avait peu de chances de se produire a recouvert le sud du Texas. Houston n’avait jamais vécu une telle tempête depuis 50 ans, selon les commentateurs.

Et en France, une canicule estivale tardive roussit les champs et flétrit les fleurs. Dans la région côtière de Chesapeake, des températures de 32°C l’été, sont aussi banales que les shorts et le piment de cayenne. Mais ici, avec peu de climatisation, les Français transpirent à grosses gouttes.

Réformer pour préserver le système et non le changer

« Vous savez, tout le monde veut critiquer Trump », nous a confié un sympathique gestionnaire de fonds par un vendredi soir de forte chaleur.

« Nous, les Français, nous sommes fiers que notre homme, Macron, soit mieux éduqué, plus poli, plus sophistiqué… et même plus beau. Mais c’est totalement absurde.

« Le problème est très similaire. Comme celle de Trump, la popularité de Macron est en baisse dans les sondages. Mais il bénéficie encore de nombreux soutiens. Macron est jeune. Dynamique. Intelligent. Et il sait que nous avons besoin de réformer le système car, sinon, il fera faillite.

« Mais son idée de reformer le système, c’est de le modifier juste assez pour que l’élite au pouvoir puisse régner sur quelque chose. Il ne veut pas vraiment changer le système. Il veut le préserver… le protéger… lui permettre de survivre. Je ne pense pas que ce soit possible.

« En Amérique, c’est très similaire. Votre président est d’un type différent. Là où Macron prend soin de dire ce qu’il faut, Trump est imprudent et débite tout ce qui lui passe par la tête.

« Et là où Macron maîtrise son sujet – il a été ministre des Finances – Trump ne semble pas savoir grand-chose du fonctionnement du gouvernement, ni des problèmes auxquels il est confronté.

« Ce qui est important, également, c’est que vous devez entretenir un empire. Nous, nous avons seulement un Etat-providence qui coûte cher.

« Et alors que Macron est soutenu par une grande partie de l’élite… de l’intelligentsia… et des médias, Trump, lui, se les est mis à dos.

« Mais au bout du compte, les problèmes sont plus ou moins les mêmes. Tout le monde a vécu sur un grand pied, pendant les années de croissance : je dirais jusqu’à la fin du siècle dernier. Nous programmons nos dépenses en fonction d’un monde où la croissance du PIB persistait au même rythme.

« Les politiciens étant ce qu’ils sont… leurs promesses ont dépassé largement ce qu’ils pouvaient faire. A présent, nous ne pouvons remplir nos obligations et nos attentes ne sont pas réalisables.

« La population française vieillit… consomme davantage de ressources… produit moins… et contribue moins aux recettes fiscales.

« Le taux de croissance économique en France a chuté à des niveaux jamais enregistrés depuis l’ère napoléonienne. La France ne s’est toujours pas remise de la crise de 2008-2009. Aux Etats-Unis, il n’y a eu qu’une faible reprise ».

Les élites créent les problèmes et ne les résolvent pas

« Les élites aggravent la situation, en rajoutant toujours plus de restrictions et d’exigences, afin d’aider leurs compères et de promouvoir leurs projets préférés », a poursuivi notre invité.

« Donc, il est plus difficile de mener des activités… et plus difficile de gagner de l’argent. [NDLR : comment aider de jeunes entreprises à croître ? Rejoignez les « nouveaux millionnaires » qui y investissent en dehors des marchés financiers et des banques… et multiplient leur investissement par 10 et plus, obtiennent un rendement quatre fois supérieur à celui d’une assurance-vie. Pour connaître et appliquer leur méthode, cliquez ici.]

« Voilà pourquoi les petites entreprises disparaissent, en France. Les gens qui les ont créées – dans les années 1970 et 1980 – partent à la retraite. Et les jeunes ne les reprennent pas.

« C’est trop difficile… trop compliqué… et il y a trop de paperasse. Un jeune peut vivre presque aussi bien avec les aides sociales qu’en gagnant un salaire de débutant. Alors il apprend à ne rien faire.

« Lorsque vous appelez le plombier ou le menuisier du coin, vous découvrez qu’il a pris sa retraite. Et vous ne trouvez personne d’autre capable de faire ce travail.

« C’est également vrai dans l’agriculture. Ici, c’est une région agricole. Mais tous les agriculteurs des alentours ont la cinquantaine ou la soixantaine… et leurs enfants se sont installés à Paris. Je ne sais pas ce qu’il va se passer lorsque cette génération partira à la retraite.

« Comme vous l’avez indiqué – oui, je suis un lecteur de la Chronique – les nouvelles technologies ne semblent pas rapporter comme avant. Amazon peut accélérer la façon de faire des achats et en réduire le prix. Mais cette entreprise ne réalise pas beaucoup de bénéfices.

« Alors le capital n’augmente pas réellement. Ses clients ne s’enrichissent pas, eux non plus. Et lorsque les gens passent des heures sur leurs iPads et sur leurs iPhones, c’est surtout une perte de temps : cela pénalise la production réelle.

« A part la question des technologies, tous ces problèmes ont été créés par l’élite. Elle et elle seule en tire profit. Et elle contrôle le gouvernement, aussi bien en France qu’en Amérique. Donc, elle ne va pas changer ce système qui lui rapporte.

« A présent, nous vivons dans un monde à faible croissance économique et à forte croissance de l’endettement. Nous aimerions bien parier que Trump ou Macron va régler le problème.

« Nous aimerions bien croire que nous pourrions acheter des actions et attendre pendant les 30 prochaines années. Et peut-être que les 30 prochaines années seront au bout du compte comme les 30 dernières… assorties de gains de 2 000%.

« Mais les actions, elles aussi, sont évaluées selon le monde de ces 20 dernières années.

« J’achète toujours des actions car mes clients me le demandent. Mais on dirait bien que c’est un mauvais pari. »

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Ne blâmez pas Trump mais les élites”

  1.  » Et lorsque les gens passent des heures sur leurs iPads et sur leurs iPhones, c’est surtout une perte de temps : cela pénalise la production réelle.  » les jeunes passent du temps sur leurs iPads, sauf qu’ils ne regardent littéralement plus la TV, le temps global devant un écran au final n’est pas vraiment impacté, en revanche ce qui change c’est que l’on choisit les contenus (souvent informatifs, éducatifs et non censurés ou contrôlés par les grands médias grâce à la décentralisation de la production de l’information) et que l’on regarde beaucoup moins de publicités.

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