Le Bitcoin : une nouvelle tulipomanie ?

Rédigé le 4 septembre 2017 par | Bill Bonner, Bitcoin et autres cryptomonnaies, Crypto Monnaies, Guerre des monnaies, Investissement Imprimer

Les crypto-monnaies sont-elles une nouvelles bulle financière ou un avatar capable de sauver le monde du désordre monétaire ?

Le cours du Bitcoin s’approche du seuil psychologique des 5 000 $.

Nous ignorons ce que cela signifie.

« C’est comme la Tulipomanie… c’est juste une bulle », nous a dit un ami hier soir.

« Eh bien… oui et non », avons-nous répondu, sans jugement hâtif.

« C’est peut-être une bulle… mais ce n’est pas qu’une bulle ».

En juin, l’un de nos fils a insisté pour que notre famille place de l’argent dans le bitcoin et, au moins, une autre crypto-monnaie.

Nous avons tenté de l’en dissuader, tout en avertissant les jeunes que ce n’était que « pur pari » … et « pure spéculation ».

Nous leur avons bien fait comprendre que Papa a Raison : le bitcoin n’était pas le lieu où placer notre épargne.

Nous étions plutôt convaincus que cela leur exploserait au visage… mais nous avons accepté, jugeant que la perte inévitable était un modeste prix à payer pour une leçon de morale.

Jusqu’à présent, toutefois, ils retiennent la mauvaise leçon.

« Notre investissement a doublé », nous a-t-on informé ce matin ».

« Euh, ce n’est pas un investissement », avons-nous répondu ».

« D’accord, mais c’est la meilleure spéculation que nous n’ayons jamais réalisée ».

La conversation tournait autour du bitcoin, hier soir : comment fonctionne-t-il ? Jusqu’où grimpera-t-il ? Est-il simplement utilisé pour le blanchiment d’argent et le trafic de drogue ?

L’un de nos autres fils, Henry, qui était présent, nous a répondu.

Plus de 1 000 crypto-monnaies

« Désormais, il existe plus de 1 000 crypto-monnaies », a-t-il dit pour commencer.

« Toutes sortes de nouvelles monnaies sont arrivées sur le marché… chacune d’entre elles possédant sa propre particularité ».

Il y a Monero (totalement anonyme), Dash (paiements instantanés), Ripple (transferts bancaires internationaux), Litecoin (transactions journalières), Ethereum (totalement programmable)…

L’une d’elle – le PutinCoin – possède le nom d’un chef d’Etat [NDR : Poutine]. Certaines de ces monnaies sont adossées à l’or. D’autres intègrent des points-fidélité, telles que le WhopperCoin, en Russie. Il offre des points aux clients de Burger King, qui peuvent ensuite les utiliser dans cette chaîne de fast-food.

Et la semaine dernière, l’Estonie a déclaré qu’elle envisageait de lancer une crypto-monnaie officielle, soutenue par l’Etat : ‘l’Estcoin’.

« C’est une bulle », a poursuivi Henry, « dans le sens où énormément de gens espèrent des choses qui n’arriveront jamais ».

« Par exemple, prenons la blockchain, la technologie à la base de toutes les crypto-monnaies. Il est peu probable qu’elle crée tout un nouveau genre de ‘contrats intelligents’ — des contrats exécutés par code informatique – comme certains le pensent.

« La blockchain fonctionne pour les transactions monétaires, mais elle ne fonctionnera probablement pas très bien pour l’exécution automatique de contrats d’assurance ou de mutations de propriété.

« Les gens extrapolent à tout va. C’est comme au siècle dernier, lorsque les voitures ont été inventées. Les gens pensaient qu’ils auraient bientôt des voitures volantes. Cent ans plus tard, il n’y en a toujours pas. C’est parce que cette technologie permet uniquement aux voitures de rouler, et non de voler.

« Et puis il y a eu la bulle internet… période à laquelle les gens pensaient que l’accès immédiat à l’information révolutionnerait le monde.

« Ils pensaient que les gens, dans un lointain village africain, pourraient se servir d’internet et construire leurs propres imprimantes 3D. Au lieu de cela, ils jouent à des jeux, simplement.

« D’ailleurs, voilà encore une chose qui ne marchera pas comme prévu : les imprimantes 3D. Ce sont des gadgets… et non des choses qui révolutionneront la production.

« Et souvenez-vous de cet engouement pour les nanotechnologies. Apparemment, un laboratoire japonais avait construit une machine miniature… aussi petite qu’un grain de riz. Et il allait pouvoir recréer tout un monde, molécule par molécule. Mais qu’est-ce devenu ?

« Vous allez me dire que c’est pareil pour l’intelligence artificielle. Les gens en parlent depuis des années. Mais il n’en ressort jamais rien. L’intelligence réelle, c’est déjà assez difficile à trouver. Alors l’intelligence artificielle : on ne sait même pas ce que c’est.

La monnaie numérique privée

« Donc, il y aura quelques grosses déceptions et de grosses pertes, aussi, avec les crypto-monnaies. Peut-être bien que tout le dispositif va exploser.

« Mais d’après ce que nous avons vu, jusqu’à présent, la blockchain fonctionne… pour la monnaie. Et la monnaie, c’est précieux.

« Pas parce qu’elle est soutenue par l’Etat. Ou adossée à l’or. Ou portée par une banque. Elle est précieuse car elle fonctionne… en tant que monnaie numérique. Contrairement aux bulbes de tulipes. Voilà pourquoi c’est nouveau et exaltant. Et personne ne sait jusqu’où cela ira. »

Dernièrement, Henry a interviewé l’un des experts français en matière de crypto-monnaies : Philippe Herlin. Lorsqu’il lui a demandé jusqu’où pouvait aller le cours du bitcoin, voici ce qu’Herlin a répondu :

« Quel cours pourrait-il atteindre un jour ? Certains disent environ 100 000 €. Cela représenterait un marché de 2 500 Mds$ seulement. Pas grand-chose, comparé aux autres marchés d’actifs.

Ce n’est que l’équivalent de la totalité des actifs de BNP Paribas, ou de la dette publique française. Donc, 100 000 € est un chiffre atteignable. Le bitcoin est un actif qui prend de la valeur avec le temps. Même à 100 000 €, il y a encore un potentiel de croissance. Cette prédiction n’est pas irréaliste. »

« Le plus intéressant », a poursuivi notre fils, « c’est que rien… ni les dot.com… ni l’or… ni même les bulbes de tulipes… n’a jamais gagné autant d’argent. »

« Et rien de semblable ne s’est jamais produit auparavant. Satoshi, le type qui est censé avoir inventé le bitcoin, possède quelque 2 Mds$ de pièces. Elles ne valaient rien il y a huit ans. Il n’y a jamais touché. Pourquoi ? »

« On pourrait imaginer qu’il ait envie de retirer un peu de son argent. Peut-être est-il mort. Ou peut-être qu’il a perdu le mot de passe de son ‘portefeuille’ de bitcoins. »

« C’est ce qu’il y a de nouveau, notamment, autour du bitcoin. Il vient de nulle part mais il peut également y retourner ».

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Le Bitcoin : une nouvelle tulipomanie ?”

  1. Toute cryptomonnaie est adossée… à un gaspillage honteux d’énergie. Coupez le courant et tout s’évanouit… Pire, aucun code n’est vraiment sécurisé et c’est le royaume de la délinquance internationale légalisée. Le « Schengen » des mafieux. Pas d’autre chose à dire. Que les « numéricables » s’amusent….

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