Bitcoin vs Gold : comment stocker de la valeur ?

Rédigé le 22 novembre 2016 par | Investissement, Or et Argent Imprimer

Les comportements de l’or et du bitcoin lors de l’élection de Donald Trump ont été différents, avec un avantage au bitcoin. Une cryptomonnaie peut-elle concurrencer l’or pour stocker de la valeur ?

Depuis 2011 qu’il s’échange sur des places de marché en euros, le bitcoin semble faire l’objet d’une tendance haussière de long terme que rien ne semble pouvoir arrêter. Au contraire, l’or a atteint ses plus hauts en euros en 2011-2012 et a ensuite subi une sévère correction dont il se remet encore.

Les commentateurs étaient unanimes : une élection de Donald Trump le 8 novembre allait être perçue comme très stressante par les marchés, entrainant de facto un rebond significatif du cours de l’or.

En réalité, un peu moins d’une semaine plus tard, l’or a chuté de 1 175 euros à 1 132 euros en clôture. Dans le même temps, après avoir dessiné quelques pics jusqu’à +7% en clôture, le bitcoin est revenu à son cours du 8 novembre en euros (aux alentours des 640 euros), et affiche seulement 2% de pertes en dollars (environ 690 dollars).

Le bitcoin aurait-il dépassé l’or en tant que protection vis-à-vis des risques extrêmes ? Faut-il désormais oublier l’or et lui préférer le bitcoin pour stocker de la valeur en vue de la prochaine crise ?

L’or et le bitcoin : devises alternatives pour échapper à la répression financière

L’or comme le bitcoin existent dans des quantités données et non extensibles.

Sauf percée de la recherche scientifique permettant de produire de l’or en laboratoire, ou exploitation aurifère d’astéroïdes à un coût compétitif (dans les deux cas, on en est encore loin), la quantité de métal jaune exploitable par l’homme est estimée avec une précision satisfaisante.

Indestructible, l’or ne peut disparaître que lorsqu’on l’égare. Fin 2015, selon le World Gold Council, le syndicat des producteurs d’or, environ 186 700 tonnes d’or avaient été extraites au cours de l’Histoire, dont seulement un peu plus de 2% ont été portées disparues.

En face de ce stock, les réserves minières d’or identifiées par l’United States Geological Survey (USGS, l’Institut d’études géologiques des Etats-Unis) se montaient à 56 000 tonnes en 2016 (23% du total de l’or existant sur terre ou en-dessous de l’écorce terrestre), ce qui laisse supposer, au rythme de production actuel (environ 3 000 tonnes extraites en 2015), un épuisement théorique des ressources en 2035. Il est à noter qu’en 2013, à l’époque où je publiais mon livre, les réserves étaient estimées à 51 000 tonnes et l’année théorique d’épuisement était 2030. La prospection minière continuera à faire apparaître de nouveaux gisements, mais un jour viendra où les ressources terrestres exploitables de manière rentable seront épuisées.

Au niveau de production actuel, le taux d' »inflation aurifère » ne se monte qu’à 1,6% par an. Si celui-ci devait doubler d’une année sur l’autre, ce taux ne serait jamais que de 3,2% par an. C’est un niveau bien en deçà de l’accroissement de la masse monétaire dont ont fait l’objet la plupart des devises papier au cours des dernières années. Voilà la réalité que recouvre l’expression selon laquelle « l’or ne s’imprime pas ». L’extraction de nouvel or ne représente qu’une goutte d’eau par rapport au stock présent à la surface de la terre, ce qui exclut la possibilité d’un choc d’offre.

Ce ratio stock/flux élevé distingue le métal jaune de l’ensemble des autres matières premières qui sont consommées par l’industrie (cuivre, argent, etc.). Avec un gros stock en comparaison de petits flux, l’or est beaucoup moins sensible aux évolutions de l’offre et de la demande que ne le sont les autres matières premières.

Pour le bitcoin, la situation est encore plus radicale. Par conception, la production de cette cryptomonnaie est déterminée mathématiquement. Tant son stock que ses réserves et son taux d’inflation sont connus à l’avance et ne peuvent donc faire l’objet d’aucune surprise.

Du fait de ces caractéristiques, l’or comme le bitcoin ont un statut de devises alternatives.

Alternatives bien sûr aux devises nationales dont les cours sont à la merci des mesures prises par le personnel politique et par les dirigeants de banques centrales.

Au contraire, l’or, depuis que son cours n’est plus déterminé administrativement et qu’il fait l’objet d’une cotation libre sur les marchés financiers, est censé être libéré de l’emprise du politique. Le bitcoin est quant à lui par définition en dehors du champ d’intervention du pouvoir politique, en tous cas en ce qui concerne la fixation de son cours. En témoignent par exemple le rapport qu’entretient le bitcoin avec la politique mise en œuvre en Chine et la relation entre l’or et les devises en grande difficulté, comme c’est notamment le cas en Ukraine. En tant que devises alternatives, l’or et le bitcoin constituent un moyen d’échapper aux mesures étatiques de répression financière. Dans leur dernier rapport, les analystes Stöeferle et Valek pointent d’ailleurs le fait que la remise en cause du monopole de l’or en tant que devise alternative par les cryptomonnaies constitue « une nouveauté historique ».

Le bitcoin détrônera l’or en tant que devise alternative ?

S’ils présentent un point commun majeur, le bitcoin et l’or se distinguent sur bien des plans.

Le bitcoin présente l’avantage d’un niveau d’anonymat plus élevé que l’or en ce qui concerne son achat et sa détention. En France, il est en effet possible de stocker des bitcoins dans son portefeuille électronique à l’insu de l’administration fiscale mais en toute légalité, alors que tout achat de métaux précieux en bonne et due forme laisse des traces.

Pour autant, l’or possède une caractéristique qui fait défaut au bitcoin. Il a une valeur intrinsèque, là où le bitcoin en est dépourvu.

Les cryptomonnaies sont des parangons de « reputation money » dont la valeur dépend uniquement du bon vouloir des utilisateurs. Du fait de leur indépendance des pouvoirs publics et de leurs caractéristiques technologiques, elles se situent donc à mi-chemin entre la monnaie marchandise (l’or) et les « monnaies fiat«  que sont les devises nationales contemporaines, acceptées par la population par le simple fait que les pouvoirs publics en ont décidé ainsi (« fiat » signifie en latin « qu’il soit fait »).

Au contraire – et c’est un aspect fondamental du point de vue de l’épargnant –, l’or possède une valeur intrinsèque. Parce qu’il est universellement reconnu pour sa valeur, rare, coûteux à produire, l’or est un métal précieux. Son ratio stock/flux élevé explique pourquoi il est partout et de tous temps accepté comme monnaie d’échange.

Comme sa valeur intrinsèque ne peut pas être dépréciée, l’or bénéficie d’une valeur plancher en deçà de laquelle son cours ne peut pas descendre. Ce graphique sur le très long terme en témoigne :

Cours de l'once d'or en dollars constants (1720-2012)

Non seulement le bitcoin est un actif très récent dont la valeur intrinsèque est proche de son premier taux de change – 0,001 dollar le 5 octobre 2009 – mais son jeune âge interdit tout recul en vue d’apprécier sa résilience face à ses concurrents.

Alors que l’or écrase tous ses challengers depuis des millénaires, que restera-t-il de la valeur actuelle du bitcoin le jour où l’un de ses concurrents le dépassera sur le plan des avantages qu’il présente en matière de technologie ? Zcash, une cryptomonnaie lancée le 28 octobre 2016 (code ZEC) qui promettait un niveau d‘anonymat encore plus élevé que le bitcoin, a connu un lancement impressionnant, avant de voir sa valeur s’effacer dans les limbes. Mais cette énième cryptomonnaie n’est que la dernière d’une longue liste à venir, leur nombre étant potentiellement illimité.

Enfin, comment ne pas évoquer la question de la sécurité ? Après plusieurs cybercasses sur des plateformes bitcoin, une faille de code a valu à etherum un hack à quatre millions d’euros en juin 2016.
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L’or, en revanche, est un actif tangible qui ne peut pas être hacké. Et si des épargnants ont bien été victimes d’escroqueries auprès de prestataires proposant des solutions de garde en plus de la simple commercialisation du métal, ces affaires n’ont jamais eu pour origine les leaders mondiaux du marché.

On ne s’étonnera donc qu’à moitié que de nombreuses cryptomonnaies aient pour sous-jacent l’or.

Qu’en conclure pour vos investissements ?

Comme l’a souligné Taleb, les choses qui ont duré longtemps survivent dans la plupart des cas aux choses qui émergent. L’or est en ce sens « robuste ». Dans 20 ans, votre or aura encore de la valeur. Il est possible qu’il en aille de même pour vos bitcoins, mais c’est beaucoup plus incertain.

Pour le moment, la cryptomonnaie évolue selon une tendance haussière de long terme, et elle fera certainement l’objet de nouvelles bulles dont il faudra profiter. Mais il serait sage de transformer vos plus-values en or.

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Nicolas Perrin
Nicolas Perrin

Nicolas Perrin est l’auteur de l’ouvrage de référence « Investir sur le Marché de l’Or : Comprendre pour Agir ». Diplômé de l’IEP de Strasbourg, du Collège d’Europe et titulaire d’un Master 2 en Gestion de Patrimoine, il est conseiller en gestion de patrimoine indépendant en région lyonnaise et à La Réunion.

2 commentaires pour “Bitcoin vs Gold : comment stocker de la valeur ?”

  1. Fondamentalement (algorithmiquement) rien ne s’oppose à la création d’une monnaie alternative… au bitcoin.
    je pense qu’un mathematicien peut demontrer qu’un algorithme est trouvable (je ne vois pas pourquoi)

    peut etre le bitcoin peut il être récupéré (aapl ? fed?)

    faut voir ça comme un billet de nécessité (donc temporaire) mais secure

  2. Le bitcoin s’envole à 962 dollars et 914 euros.

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