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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Mardi 23 mai 2006
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*** Bis repatatras
Effondrement général hier… mais pourquoi ?
*** Coup de balai
Pourquoi la classe moyenne paie toujours les pots cassés…
*** Le glorieux empire de dette américain (2)
Quel bonheur, quel fierté d’être Américain…
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Bonjour,
*** BIS REPATATRAS
** Vous nous pardonnerez ce mauvais calembour dérivé du trop conventionnel bis repetita… mais si le scénario de la fin de séance d’hier ressemble graphiquement à un copier/coller de celui observé mercredi dernier, cette nouvelle débâcle boursière de -2,5% sur le Vieux Continent n’a fondamentalement guère de points communs avec la précédente.
Le catalyseur de la baisse n’a, de fait, rien à voir avec une mauvaise statistique américaine concernant l’inflation ou la santé du secteur immobilier. Le timing est également bien différent de celui observé une semaine auparavant : la bourrasque boursière avait commencé à souffler tôt hier matin sur les marchés asiatiques.
Les places européennes avaient elles aussi très mal entamé la séance, perdant rapidement 2% pour s’aligner sur les -1,85% enregistrés à Tokyo puis les -2,25% encaissés par Hong Kong.
De tels écarts apparaissaient bien modestes, cependant, en comparaison des 10% perdus en fin de matinée à Bombay. L’indice BSE Sensex s’effondrait dès les premières transactions. En fait, la débâcle a pris une tournure si incontrôlable que les autorités indiennes ont pris la décision de suspendre les échanges — le temps de permettre aux acheteurs de s’organiser face à un raz-de-marée d’ordres de ventes qui s’auto-alimentait à mesure que des seuils de soutien annuels volaient en éclat les uns après les autres.
Au final, Bombay parvenait à combler la moitié de ses pertes, à 10 550 points… mais certainement pas celles de toute une frange d’opérateurs qui n’ont connu que la hausse depuis deux ans, c’est-à-dire depuis le 17 mai 2004, où le BSE avait plongé de 6,5% du fait de la victoire surprise du parti de Sonya Gandhi. Alors qu’il était parti d’un plancher de 4 800 points, l’indice s’est envolé jusque vers 12 600 en 24 mois… mais vient de rechuter — en l’espace de quelques heures — sous 9 850, soit 25% perdus en moins de huit séances.
Comme beaucoup de nouveaux venus en bourse en l’an 2000, et grisés par des mois de succès facile, les actionnaires indiens — qui n’ignorent rien des mécanismes des marchés à terme — ont usé sans modération de l’effet de levier et des achats à crédit. Les ordres de ventes à tout prix observés lundi matin caractérisaient la capitulation (ou la liquidation automatique) des spéculateurs pris à la gorge dès lors que la volatilité a franchi les limites du connu : le cap de -10% fut atteint à peine 90 minutes après l’ouverture.
Parallèlement, de nombreux fonds anglo-saxons ont liquidé massivement leurs positions dès que les graphiques ont confirmé l’invalidation de la tendance haussière. Ils n’avaient cessé de renforcer leur exposition sur les jeunes pousses qui foisonnent autour de Bengalore, et sur les principaux trusts immobiliers qui surfent sur une vague de folie depuis l’an 2000 dans le nord-est du pays — Bombay est devenu en six ans une des capitales économique les plus chères du monde.
Les investisseurs manifestent brusquement leur crainte de voir la hausse de l’inflation peser sur la demande internationale, et la hausse des taux impacter la consommation et l’investissement : la pire équation envisageable sur un marché émergent qui demeure relativement étroit, et vient de quadrupler sa valeur depuis l’été 2003.
** A Moscou, la chute des indices russes à atteint 9,1% : les groupes énergétiques et miniers représentent un poids écrasant… mais contrairement à l’Inde, la Thaïlande ou la Malaisie, les étrangers (fonds britanniques ou nippons) sont peu présents.
En Europe, le trou d’air initial de 2% provoqua quelques sueurs froides, mais les opérateurs tentèrent de se rassurer en estimant que la carlingue pouvait résister à des secousses bien plus violentes.
Porté par l’espoir que Wall Street limiterait les dégâts (les futures ne cédaient guère plus de 0,5%), le CAC 40 était parvenu à remonter de 4 845 à 4 920 points vers midi, avant de reperdre progressivement de l’altitude jusque vers 16h30, où tout a basculé.
Les indices américains ne semblaient pas disposés à s’effondrer comme les bourses de Sao Paulo ou Buenos Aires (-6,5% lundi soir), mais un mouvement de panique s’est propagé sur l’ensemble des marchés occidentaux à une demi-heure de la clôture. Dès que le seuil des -2% a été retracé à Paris, avec le plancher des 4 840 points, une nouvelle rafale d’ordres de vente stop s’est déclenchée. Le CAC 40 a finalement dévissé de 2,65%, à 4 813 points, après avoir touché un plus-bas de 4 798 points, et affiché 2,95% de repli.
Les places européennes dans leur ensemble ont chuté de 2,5% en moyenne ; Milan et Amsterdam plongeaient de 3,7%, Madrid de 2,85%, Francfort ou Londres de 2,25% à 2,35%… et Oslo de 5%.
** A la différence de mercredi dernier, les marchés obligataires se sont inscrits d’entrée de jeu en forte progression dès le début de la matinée d’hier, amplifiant leurs gains au fil des heures (+0,45%), tandis que les rendements se détendaient de 3,97% à 3,91% sur les Bunds 2016 et 5,00% sur les T-Bonds US de même maturité — contre 5,06% vendredi.
L’embellie apparaît un peu moins spectaculaire outre-Atlantique, dans la mesure où Wall Street s’est imposé comme la dernière ligne de défense contre une débâcle boursière planétaire. Le mot d’ordre était de tenir, et le Dow Jones a tenu (-0,2%). Le Nasdaq, lui, rechute de 1% à 2 165 points, après un timide rebond vendredi.
Cette relative modération du recul des indices américains devrait favoriser aujourd’hui un rebond technique des valeurs moyennes du SRD, lesquelles ont dévissé de 5%. Le SBF 80 a perdu pied dans le sillage de Vallourec (-9,5%) ou Pinguely (-14%)… puis Euronext (-9,5%), dont le cours s’aligne sur celui du NYSE — le rapprochement entre les deux plates-formes s’opérant sans prime pour les actionnaires européens.
** Ce second épisode de correction impulsive démontre que le faux pas du 17 mai n’était pas un accident isolé, un malheureux concours de circonstances. Le CAC 40 n’est plus qu’à 1% du support oblique majeur long terme des 4 750/4 760 points ; l’enfoncement de la MM 150 (4 875 points, plancher du 8 février) pour la première fois depuis trois ans mérite toute votre vigilance.
Au plus fort de la débâcle ce lundi, le gap des 4 794 points du 25 janvier a bien failli être comblé. Sous les 4 760 points, le CAC 40 pourrait vite se retrouver au contact des 4 630 points (zénith du 4 octobre 2005) puis 4 520 points (zénith du 9 août dernier).
Il se confirme également que les 4 960 points constituent maintenant un sérieux obstacle à la reprise à court terme. Il en découle que le retracement de la MM 100 vers 5 040 points devient un objectif de plus en plus incertain.
En l’absence d’actualités macro-économiques jusqu’à mercredi aux Etats-Unis, les mouvements boursiers asiatiques ont surpris par leur brutalité. Les opérateurs n’ont pas identifié de catalyseur, mais des effets de seuil ont pris le relais devant l’absence de "nouvelles" économiques : ce phénomène est typique d’un manque — mais tout est relatif — de liquidités.
L’argent demeure abondant, il est juste un peu plus cher pour cause d’anticipation de hausse de taux au Japon et en Europe au cours du second semestre 2006. L’or noir a rechuté de 10% en une quinzaine de jours, sous les 67,5 $ : ce qui vient de disparaître sur les marchés, c’est très précisément l’excès de liquidités en provenance de l’afflux de pétrodollars — lesquels découlaient d’un baril passé de 58 $ à 75 $ en quelques semaines.
Des pétrodollars qui cherchaient à se recycler dans le système financier sous forme d’actifs faisant figure d’alternative au billet vert : or, argent, euro, yen, métaux industriels, paniers de valeurs libellées en euro… Reste maintenant à deviner où les liquidités, qui semblent avoir disparu dans les sables mouvants des récentes consolidations, vont ressurgir, et en quelle quantité !
Nous avons bien notre petite idée… dont nous vous ferons part dès notre prochaine Chronique.
Philippe Béchade,
Paris
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** COUP DE BALAI
** "Une grande partie de la classe moyenne a été balayée."
* C’est ce qu’a déclaré notre avocat de Buenos Aires à propos de la dernière crise financière qui s’est produite en Argentine.
* "Ceux qui comprenaient ce qui se passait n’ont pas perdu un centime. Nous avions notre argent en dollars ou en euros, avec des comptes en Suisse ou à Miami. Mais lorsque le gouvernement a laissé dériver le peso, puis instauré un contrôle empêchant de retirer l’argent des banques alors qu’il chutait… vous pouvez imaginer quel effet cela a eu sur les gens. C’est toujours la classe moyenne qui souffre."
* L’Argentine est en train de se remettre. Les gens travaillent. Les rues sont pleines de monde, et il y a foule dans les restaurants. Le peso, qui valait autrefois autant que le dollar, ne vaut plus qu’un tiers. Mais l’année dernière, le peso a grimpé. C’est le dollar qui chute, à présent.
* Et qui sera balayé cette fois-ci ?
* Nous nous posons la question. Si l’on en croit les illusions populaires, la Fed réussira à contrôler le déclin du dollar. Petit à petit, les planches à imprimer feront leur travail au sein du Trésor US… les dollars s’accumuleront à l’étranger… et le billet vert chutera par rapport aux devises étrangères — et à l’or — au cours d’un atterrissage si moelleux que personne ne s’en apercevra. Les investisseurs se réveilleront simplement un jour en découvrant que leurs obligations américaines et leurs dollars ne valent qu’une fraction de ce qu’ils croyaient. Les débiteurs des Etats-Unis s’en tireront à bon compte.
** Les choses peuvent-elles être aussi simples et lisses, cher lecteur ?
* Nous avançons une petite analyse. A court terme, comme le dit Warren Buffett, les marchés sont une machine à voter. Les gens obtiennent tous les résultats farfelus qu’ils souhaitent. Vox populi, vox dei. Mais à long terme, les marchés fonctionnent en fait comme une balance. Les masses restent muettes. Sola vox dei loquitur. Seul Dieu parle. Seuls les fondamentaux comptent. Seule la vérité est entendue.
* Les classes moyennes américaines ont mis toute leur confiance dans diverses images gravées : Ben Franklin, Andrew Jackson, George Washington — des présidents morts, imprimés sur du papier vert. Elles ont voté pour de plus en plus de dépenses, de plus en plus de pain, de plus en plus de jeux, de plus en plus de guerres étrangères. Elles clament leur religion, mais placent leur foi dans les princes et les puissances de ce monde — les emplois, le crédit, le gouvernement. Leur économie vaudoue est construite sur du papier monnaie magique, et dirigée par des sorciers. Tout le monde sait qu’ils font des erreurs, mais personne ne s’attend à les voir se prendre les pieds dans le tapis.
* Et plus que tout encore, la classe moyenne américaine compte sur les maisons. La plupart des Américains ne possèdent que peu de patrimoine en dehors de leurs maisons. Ils n’ont pas de comptes secrets en Suisse. Pas d’euros. Pas de Picasso ou de Bugattis. Ils n’ont pas d’or. Et avec le remboursement de leur maison, même le peu qu’ils ont leur est enlevé. Un modeste déclin des prix de l’immobilier laisserait des millions de gens sur le carreau — avec des remboursements plus élevés que le prix de leur maison.
* Fut un temps où les Américains payaient leur maison entièrement durant leur vie professionnelle ; ils y vivaient ensuite — libres et sans aucune dette — pendant leur retraite. En général, les maisons étaient ensuite léguées à la génération suivante. A présent, elles remplissent un nouveau rôle. Elles sont censées payer les factures, du berceau à la tombe. Plutôt que sur l’épargne ou leur plan-retraite, les gens comptent sur la valeur croissante de leur maison pour couvrir leurs dépenses actuelles… mais aussi celles de leur retraite. Nombre de gens prennent des prêts immobiliers sur leurs résidences principales, déclare USA Today, afin d’acheter leur résidence secondaire. L’âge de la retraite venu, ils prévoient de vivre dans leur résidence secondaire toute l’année — et de financer leur train de vie en vendant leur résidence principale. Qui va acheter toutes ces maisons ?
* En tout cas, nous ne saurions trop leur conseiller de ne pas attendre longtemps. Rappelez-vous que les votes finissent par céder la place à la vérité. Et la vérité, c’est que les maisons sont déjà si chères dans de nombreuses régions que peu de gens peuvent encore se les permettre.
* Les booms engendrent les krachs. Un krach de l’immobilier ruinerait beaucoup d’Américains au pire moment possible — lorsque leur vie professionnelle prend fin. Un véritable effondrement du marché immobilier emporterait une bonne partie de la classe moyenne américaine — quoi qu’il arrive au dollar.
* "Les ventes de maisons dans la région de la baie de San Francisco chutent sévèrement", déclarait un journal avant-hier. Cela ne présage rien de bon.
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*** La Chronique Agora présente ***
L’empire américain, ses dettes, ses obligations, ses coûts, sa réputation… Bill Bonner continue son état des lieux dans cet extrait de son dernier livre, L’Empire des Dettes, disponible ici…
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LE GLORIEUX EMPIRE DE DETTE AMERICAIN — 2ème PARTIE
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Par Bill Bonner (*)
Sur le sujet du déficit commercial, les économistes diront ce que les sénateurs et les consuls veulent entendre, comme Levey et Brown l’ont fait dans le magazine Foreign Affairs : "le déficit courant et la dette étrangère des Etats-Unis ne représentent pas de menace importante pour leur position mondiale, comme le prétendent certains oiseaux de mauvais augure. La puissance américaine est fermement enracinée dans la supériorité économique et la stabilité financière, et cela ne se terminera pas de sitôt". En fait, toute l’histoire du commerce international circa 2005 est la fable la plus ridicule jamais entendue de mémoire d’économiste. Un pays achète des choses qu’il ne peut se permettre et dont il n’a pas besoin avec de l’argent qu’il n’a pas. Un autre vend à crédit à des gens qui ne peuvent pas payer, et construit des usines pour augmenter la production.
Tous les niveaux sont de connivences pour que l’escroquerie se poursuive. Sur les rives du Potomac, des gens de toutes les classes, tous les rangs, toutes les stations se plaisent à croire que tout va bien. Et là, dans les bureaux de la Réserve fédérale, on trouve une autre caste de menteurs loyaux. Non seulement Ben Bernanke et ses collègues comploteurs poussent les citoyens à hypothéquer leurs maisons, acheter des 4×4 et commettre d’autres actes de témérité gratuite, mais ils contrôlent également la devise de la nation et s’assurent qu’elle suit la fraude. Ils n’ont même pas à extraire le métal précieux des pièces impériales : elles n’en contiennent pas.
Du centre jusqu’aux garnisons les plus éloignées à la périphérie, des rangs les plus bas au plus élevés — tout le monde, partout, participe volontiers, avec bonheur et fierté, à l’une des plus grandes tromperies de tous les temps. Au plus bas échelon de l’empire, les esclaves salariés gaspillent de l’argent emprunté en gadgets importés. Les plébéiens parient sur des prêts hypothécaires à taux variable. Les patriciens parient sur des fonds de couverture spéculant sur d’énormes quantités de dette hypothécaire. Près du sommet, on trouve des économistes de la Fed qui les poussent à le faire ! Et au sommet, on trouve un chef à l’image d’Auguste, qui baisse les impôts en augmentant les dépenses en pain, jeux et guerres périphériques (on pourrait ajouter que certains des plus grands mensonges de l’histoire de la guerre ont été racontés au lumpen-public américain afin de susciter le soutien à la guerre contre l’Irak, mais il ne semble vraiment pas utile de le mentionner).
Le spectacle est à couper le souffle — et d’une infinie distraction. Nous sommes écrasé par la majesté de tout cela. Partout où nous regardons, nous voyons un équilibre exquis mais précaire entre des choses d’une absurdité égale, bien qu’opposées. D’un côté du globe — dans les pays occidentaux en général et les Etats-Unis en particulier — on trouve les consommateurs. De l’autre côté — principalement en Asie — on trouve les producteurs. Un côté fait, l’autre prend. L’un épargne, l’autre emprunte. L’un produit, l’autre consomme. Ce n’est pas ainsi que les choses étaient censées être. Lorsque les Etats-Unis se sont abaissés à devenir un empire, leur économie était en hausse, robuste, énergique, innovante, jeune. Et durant les six premières décennies de son empire — entre 1913 et 1977, environ — les USA ont profité de leur position compétitive. Chaque pays à qui ils ont pu offrir leur pax dollarum est devenu client. Leurs entreprises ont fait des profits.
Mais peu à peu, l’avantage commercial des Etats-Unis s’est affaibli, et leurs industries ont pris de l’âge. Le processus d’épandage de la douce et tiède protection américaine sur la planète semblait la rendre plus fertile. Des concurrents durs et vivaces ont germé dans tous les coins de l’empire — en Europe pour commencer, ensuite au Japon, puis, plus tard, dans toute l’Asie.
Au début du 21ème siècle, les coûts de maintien du rôle de seule superpuissance mondiale et unique puissance impériale avaient dépassé les 5% du PIB des Etats-Unis, soit 558 milliards de dollars par an. Non seulement ils n’avaient jamais trouvé un bon moyen de se faire payer pour maintenir l’ordre mondial, mais voilà en plus que cet ordre fonctionne contre eux. Les économies à la périphérie ont cru plus rapidement. Elles ont des industries meilleures, plus récentes. Elles ont des taux d’épargne plus élevés et des coûts de main d’oeuvre plus bas. Le pain et les jeux ne leur coûtent pas cher — et elles n’ont pas à financer la police de l’empire. Elles sont plus libres, plus légères, plus rapides. Chaque jour, les compétiteurs prennent une plus grande part des entreprises, des actifs et de la devise américains. Si l’empire était une entreprise, les comptables diraient qu’elle perd de l’argent.
L’empire ne rapporte plus parce que le monde occidental tout entier — Japon compris — a perdu son avantage compétitif. La globalisation de l’ère de la pax dollarum a bien servi aux Etats-Unis après la Seconde guerre mondiale. Le système économique mondial de l’époque était parfaitement équilibré. Et pour chaque dollar de demande en provenance des Etats-Unis, on trouvait un dollar d’offre attendant déjà son tour dans un conteneur à Hong Kong. Mais alors que le système de finance impérial était sans défauts, ses perfections étaient dévastatrices.
Pour l’instant, les Américains saluent l’étendard impérial. Ils affichent le drapeau avec gratitude : sur les vitres de leurs voitures, sur leurs vestes, leurs chapeaux, leurs verres de bière, leurs chemises et même leurs sous-vêtements. Les Américains sont fiers de leur empire — avec raison. Sans lui, ils n’auraient jamais pu s’endetter à un tel point. Quel banquier central emplirait ses coffres de pesos argentins ou de dollars du Zimbabwe ? Quel dealer de drogue accepterait d’être payé en zlotys polonais ? Quelle compagnie d’assurance voudrait acheter des obligations du Pérou ou du Kirghizstan pour couvrir ses risques à long terme ?
Voilà 34 ans que le dollar n’a pas été convertible en or. Pourtant, les gens le traitent comme s’il valait autant que l’or — en mieux. En fin de compte, prêter de l’argent à un gouvernement, c’est parier que le gouvernement en question mettra ses propres citoyens sous pression pour s’assurer que vous serez remboursé. Les Etats-Unis n’ont même pas à le faire. Lorsqu’un prêt étranger arrive à échéance, les autres pays font quasiment la queue pour le refinancer. C’est comme s’ils apportaient des pâtisseries à un homme extrêmement gros, pour le contempler bouche bée en se demandant quand il va exploser.
Meilleures salutations,
Bill Bonner
Pour la Chronique Agora
(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (450 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur des livres "L’inéluctable faillite de l’économie américaine" et "L’Empire des Dettes".
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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