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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Lundi 24 avril 2006
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*** Bicyclette et sueurs froides
Pétrole et dollars causent des angoisses aux marchés…
*** Smith & Wesson et les initiés
Pourquoi PDG et directeurs s’intéressent aux armes à feu…
*** Une reprise évasive (1)
Toutes les bulles finissent par se dégonfler… même aux Etats-Unis…
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Bonjour,
*** BICYCLETTE ET SUEURS FROIDES
** "Un de mes collègues a vendu sa BMW Z3, en fait, pour racheter une Peugeot 307 CC. Au prix où est l’essence en ce moment…"
Et voilà comment une conversation avec mon père m’a appris que la situation est vraiment grave : si les consommateurs en viennent à mettre de côté leur besoin d’épater les voisins pour prendre des décisions de simple bon sens, le doute n’est plus permis: la fin est proche !
Mais il faut bien avouer qu’un baril à plus de 75 $ (75,17 $ pour le WTI New York vendredi dernier) a de quoi faire réfléchir même l’amateur le plus féru de 4×4 dévoreurs d’essence. En fait, si je n’avais pas peur d’un jeu de mots plutôt lamentable pour un lundi matin, j’irais jusqu’à dire que cet argument a de quoi mettre un peu de "sans-plomb" dans la tête des automobilistes…
Et les choses ne sont pas près de s’arranger, si l’on en croit La Tribune. Le journal affirmait ce matin que le sommet du G7 (qui s’est tenu à Washington le week-end dernier) n’avait pas tenu toutes ses promesses : "les ministres des Finances des sept pays les plus riches du monde, réunis à Washington le week-end dernier, ont demandé aux Etats exportateurs de pétrole d’accroître leur production et de prévoir davantage d’investissements en ce sens. En guise de réponse, l’OPEP les a renvoyés à leurs propres responsabilités en termes de capacité de raffinage et ont imputé une partie de la flambée des cours aux tensions avec l’Iran".
Une fin de non-recevoir polie mais ferme, indiquant que l’offre n’allait pas augmenter de sitôt — du moins pas celle provenant des pays de l’OPEP : quelque chose me dit qu’il faudra bientôt échanger même les 307 CC contre la force du mollet et la bicyclette à l’ancienne…
** Le pétrole et le dollar : voilà les deux facteurs qui causent des sueurs froides aux investisseurs en ce moment. Puisque nous avons vu le premier dans les paragraphes ci-dessus, intéressons-nous au second… Et décidément, il s’en est passé des choses, au G7, puisque la Russie y a tout bonnement affirmé que, selon elle, le dollar n’était pas (ou plus ?) la devise de référence "absolue". "Le dollar n’a pas été très stable ces dernières années, notamment face à l’euro", a déclaré Alexeï Koudrine, ministre des finances russes.
La Suède est bien de cet avis : on apprenait vendredi que sa banque centrale, la Riksbank, avait réduit de 17% ses avoirs en dollars, les faisant passer à 20% de ses réserves — tandis que la part de l’euro augmentait de 13% à 50%. Cela a d’ailleurs permis à la monnaie européenne de grimper, terminant la semaine à 1,2339 $.
** Et les marchés, dans tout ça ? Ils hésitent, cher lecteur, ils hésitent, entre les bons résultats des entreprises et les inquiétudes générées par l’or noir et le billet vert.
Du côté européen, vendredi, on a choisi de privilégier la hausse : le CAC 40 a ainsi terminé la séance sur un gain de 0,88%, à 5 252,38 points. Le Footsie et le Dax, quant à eux, ont terminé la semaine sur des sommets qu’on n’avait plus vus depuis 2001.
Sur les rivages opposés de l’océan Atlantique, les places américaines se sont montrées plus timides. Le Dow Jones est ainsi resté inchangé, clôturant vendredi à 11 347,45 points ; le S&P 500 a suivi son exemple, restant sans bouger à 1 311,28 points. Le Nasdaq, par contre, a été mis à mal par la chute de Dell — l’indice technologique a donc terminé la semaine dernière sur une dégringolade de 0,83%, le mettant à 2 342,86 points.
** Et pour terminer… une dépêche est tombée tandis que je rédigeais ces lignes : l’once d’or a grimpé de plus de 10 $ au premier fixing de Londres, passant des 623 $ de vendredi à 634 $ ce matin.
Eh oui, quand les Z3 de la finance tombent en panne… on se rabat sur le bon vieux vélo en métal jaune…
Françoise Garteiser,
Paris
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Pourtant, il vous aurait permis de doubler votre mise en six mois…
Pour savoir comment, continuez votre lecture…
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James Boric nous donne les dernières nouvelles de Wall Street
*** SMITH & WESSON ET LES INITIES
** "Les initiés peuvent vendre leurs actions pour bon nombre de raisons", a déclaré Peter Lynch, gestionnaire de longue date du fonds d’investissement Magellan, "mais ils ne les achètent que pour une seule : ils pensent que le prix va grimper".
- Appliquant le raisonnement de Lynch, Tweedy Browne (l’un des gestionnaire de fonds de petites valeurs les plus respectés de Wall Street) a découvert que suivre les achats des initiés — quand c’est légalement possible — est l’un des cinq moyens les plus fiables de faire des profits en Bourse. Je suis d’accord avec lui.
- En fait, j’en suis venu à croire qu’aucune information de contient plus de valeur, pour investir, que les achats des initiés.
** Un exemple le démontre : le cas de Smith & Wesson Holding Corp. Ces derniers mois, les initiés de l’entreprise ont acheté des actions à des cours de plus en plus hauts. Ces achats sont faciles à comprendre lorsqu’on considère la forte tendance haussière des profits de l’entreprise.
- Smith & Wesson est sans doute l’un des fabricants d’armes les plus connus au monde. L’entreprise existe depuis 1852. Depuis, des centaines de forces de police et gouvernementales ont utilisé les armes à feu de Smith & Wesson. En fait, le .38 Special est en production continue depuis 1899. A ce jour, plus de six millions d’unités ont été produites.
- En général, quand on pense à une société vieille de plus de 150 ans, les termes "mature" et "ennuyeuse" viennent à l’esprit. On envisage rarement les possibilités de croissance — mais dans le cas de Smith & Wesson, on aurait tort de penser ainsi.
- Pour le prouver, voici un petit aperçu des récents succès de l’entreprise…
- Smith & Wesson a remporté sa quatrième commande (au cours des neuf derniers mois) de pistolets Sigma 9VE, destinés à être vendus au gouvernement fédéral américain, qui les utilisera en Afghanistan. Il s’agissait d’une commande de 15 millions de dollars (dont la majeure partie sera réalisée au cours de l’exercice fiscal 2007). Depuis décembre dernier, l’entreprise a enregistré des commandes provenant de neuf organismes chargés de l’application de la loi — huit américains et un étranger — pour ses pistolets en polymère M&P. Et en février de cette année, Smith & Wesson a présenté ses fusils tactiques M&P durant un salon dans le Nevada. L’entreprise a déjà commencé à envoyer des unités de test et d’évaluation à des organismes dans tous les Etats-Unis.
- Avec tous ces facteurs de croissance, l’entreprise a déclaré s’attendre à ce que ses ventes grimpent de 20% en 2006 — puis 20% à nouveau en 2007. Toutes ces bonnes nouvelles ont poussé les initiés de l’entreprise (dont le PDG, un vice-président et plusieurs directeurs) à ouvrir leurs portefeuilles afin de profiter de l’occasion. Depuis décembre dernier, ils ont acheté 145 000 actions, à des prix allant entre 3,62 $ et 6,12 $.
- Les initiés achètent des actions Smith & Wesson à des prix plus élevés ces derniers mois. Cela signifie que les gens qui sont aux commandes sont confiants quant aux perspectives de long terme de leur propre entreprise. On peut également constater que des initiés ont acheté les actions de leur entreprise quasiment au même moment. Dans le cas présent, le PDG de la société, le vice-président et plusieurs directeurs ont tous acheté sur une très courte période.
- L’acquisition la plus récente a été faite le 29 mars, à 6,12 $ — proche des cours actuels.
** Malgré tous ces achats, je ne peux ignorer les deux ventes majeures effectuées par Colton Melby, un des directeurs de la société. Mais même si elles ont été conséquentes, je ne pense pas qu’elles aient beaucoup d’importance, parce qu’elles ne font que continuer un schéma de vente propre à cette personne. Il vend probablement pour diversifier son propre portefeuille. Nous savons ceci parce que a) il vend à tous les prix, qu’ils soient hauts ou bas, et b) les achats en nombre et les perspectives fondamentales sont plus significatifs que les ventes d’un individu isolé (en plus, le titre a joliment grimpé après chacune de ses ventes).
- Depuis que les achats d’initiés ont commencé en décembre dernier, les actions Smith & Wesson ont grimpé de 54%.
- En fin de compte, Smith & Wesson est typiquement le genre de société qu’il est bon d’avoir en portefeuille : elle possède une niche essentielle dans un marché établi. Elle a engrangé des millions de contrats — qui restent à réaliser. Et ces quatre derniers mois, les initiés de la société ont dépensé plus de 500 000 $ afin de mettre les actions en portefeuille.
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Nous sommes sans nouvelles de Bill Bonner, toujours dans les pampas argentines… mais nous avons bon espoir de le retrouver fidèle au poste dès demain.
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*** La Chronique Agora présente ***
Nous vivons dans une économie de bulle… et toutes les bulles finissent par se dégonfler — même aux Etats-Unis. La grande question est de savoir si l’atterrissage se fera "en douceur"… ou douloureusement. Le Dr Kurt Richebächer se penche sur la question.
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UNE REPRISE EVASIVE — 1ère PARTIE
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Par le Dr Kurt Richebächer (*)
Au début des années 2000, M. Greenspan a remporté l’honorable titre de "faiseur de bulles en série". Craignant un effondrement douloureux de la bulle boursière, il a favorisé et encouragé une bulle obligataire afin de stimuler la bulle immobilière. Si l’on se fie à la récession la moins sévère depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, le succès de ces opérations semble retentissant. Mais si l’on tient compte de la reprise anémique qui a suivi — et en particulier la performance désastreuse de l’emploi et des revenus — cela a été un échec politique total.
Toute évaluation doit également tenir compte du fait que le gouvernement américain et la Réserve fédérale ont soutenu cette reprise avec des largesses fiscales et monétaires sans précédent. Les baisses d’impôts ont diminué les revenus du gouvernement de 870 milliards de dollars, tandis que la Fed mettait le taux directeur à 1%, son niveau le plus bas depuis la Grande dépression.
Les échecs décisifs de ces politiques sont visibles dans les investissements des entreprises et dans l’emploi, ces deux domaines montrant des manques sévères par rapport à la croissance du PIB annoncée.
L’expérience historique et la théorie économique ne laissent aucun doute sur le fait que l’investissement des entreprises et l’emploi jouent un rôle crucial pour fournir à la croissance économique la puissance nécessaire à sa durabilité. Alors qu’elle est dans sa cinquième année, la reprise économique américaine actuelle reste complètement dépendante de la bulle immobilière pour nourrir la bulle de consommation.
Tout cela, d’ailleurs, s’applique plus ou moins à tous les pays anglo-saxons. Au cours des dernières années, tous sont devenus dépendants aux stéroïdes de l’inflation des prix immobiliers, qui fournissait le nantissement nécessaire pour des emprunts et des dépenses de consommation démesurés. Parmi les autres caractéristiques communes, on compte de profonds déficits budgétaires (sauf l’Australie), des taux d’épargne très bas et des déficits commerciaux considérables (sauf pour le Canada).
Dans les faits, toutes ces économies sont devenues des économies de bulle. Cela signifie que la politique monétaire influe sur l’économie en premier lieu par le biais de l’inflation des actifs, qui stimule et facilite ensuite les dépenses de consommation financées par le crédit.
Toutes les bulles d’actifs et de crédit possèdent un défaut majeur : elles brisent fondamentalement le schéma de croissance d’une économie. Dans tous les pays anglophones, les excès de crédit ont principalement servi à gonfler les prix des maisons. Utilisant cette inflation comme nantissement, les consommateurs ont pu profiter de facilités d’emprunt sans précédent, qui leur ont permis de dépenser comme jamais — dépassant de loin leur revenu actuel. Cela a eu pour conséquence de déséquilibrer profondément ces économies.
Inévitablement, au cours du temps, une demande faussée déformera également l’offre. Dans tous ces pays, les dépenses ont de plus en plus largement dépassé la production interne. Par ailleurs, les niveaux bas d’épargne et d’investissement freinent la croissance de la production. Résultat infaillible : dans tous ces pays, excepté au Canada, on enregistre des déficits commerciaux profonds et chroniques. Evidemment, tout cela est structurel, et non cyclique.
La suite dès demain…
Meilleures salutations,
Kurt Richebächer,
Pour la Chronique Agora
(*) Economiste, écrivain et banquier international respecté, le Dr. Kurt Richebächer écrit régulièrement pour le Wall Street Journal, Barron’s, l’édition américaine de la Fleet Street Letter et d’autres publications financières bien établies. En France, Le Figaro lui a consacré un article pour avoir été "l’homme qui a prédit la crise asiatique".
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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