Les banquiers centraux nagent sans maillot de bain

Rédigé le 24 mai 2018 par | Banques Centrales Imprimer

Le Dow a légèrement ralenti ; le rendement du T-Bond US à 10 ans tient le coup à 3,07%.

Tant que ni l’un ni l’autre ne revisite leurs récents sommets, nous partons du principe que la « tendance primaire » pour le marché obligataire comme pour le marché actions est à la baisse. Le reste n’est que du bruit.

Qu’en pensent les dieux ?

Nous explorons le « syndrome du méchant ».

Depuis leur fondation, les Etats-Unis ont envahi 70 pays. L’Iran, zéro.

Les Etats-Unis ont des armes de destruction massive et ont prouvé qu’ils étaient prêts à les utiliser ; ils ont largué une bombe atomique par deux fois — sur des civils à chaque fois. L’Iran n’a pas l’arme atomique.

Les Etats-Unis ont des troupes en Afghanistan et en Irak, d’où ils pourraient facilement frapper l’Iran… et ont à présent des exigences qu’aucune nation souveraine qui se respecte n’accepterait.

L’Iran n’a pas de troupes au Mexique ou au Canada… et n’a pas d’exigences.

Alors qui est le « méchant » ?

Peu importe ce que nous en pensons. Ou ce que vous en pensez. Qu’en pensent les dieux ?

Nous reviendrons à cette question dès demain.

Pas de profits boursiers avant 2028… au moins

D’ici là… restons-en à la tendance primaire. Si la tendance primaire pour les actions est réellement à la baisse… il est peu probable que les actions nous rapportent de l’argent sur les 10 ou 20 prochaines années… au moins. C’est ce que dure généralement un marché baissier.

Il se peut que des actions individuelles grimpent… mais ce ne seront probablement pas des actions que vous aurez en portefeuille.

[NDLR : Probablement pas… sauf si vous bénéficiez des conseils de cet homme : découvrez des valeurs inconnues du grand public mais pleines de potentiels — et qui ont tout pour grimper même si les marchés s’enlisent. Cliquez ici pour tout savoir.]

Les prix nominaux pourraient augmenter, mais une fois l’inflation prise en compte, vous verrez que vous aurez perdu de l’argent.

Et si la tendance primaire pour les obligations est à la baisse, vous devriez sortir du marché du crédit… et ne pas y revenir… pour le reste de votre vie.

Il faut toute une vie pour que les marchés du crédit complètent un cycle entier. Il y a donc peu de chances que nous voyions un nouveau sommet. Nous aurons de la chance si nous pouvons assister à un autre plancher : il pourrait arriver dans 10, 20 ou 30 ans.

Lors d’un marché baissier primaire des actions, les investisseurs prennent une volée de bois vert. Un marché baissier primaire des obligations, en revanche, c’est comme être prisonnier à Guantanamo — douloureux, humiliant et effrayant.

Selon un rapport de la Fed publié mardi, 40% des ménages américains sont dans l’incapacité de mobiliser 400 $ pour une urgence. Un ménage sur cinq ne parvient pas à payer ses factures mensuelles.

Qu’arrive-t-il à ces gens lorsque les taux d’intérêt grimpent et que le crédit facile disparaît ?

Les entreprises ferment. Les ménages font faillite. La foule désespérée se met en rogne, les autorités paniquent… et c’est là que le bourreau sort le chalumeau et les tenailles.

Qui nage nu ?

Des nouvelles révélatrices nous sont arrivées cette semaine. Le Financial Times en parle :

Le secteur du shadow banking chinois s’est révélé être une source majeure de prêts spéculatifs pour l’économie mondiale. Mais 2018 a sifflé la fin de partie, [ce marché] s’effondrant de 64%, en termes de renminbi, entre janvier et avril par rapport à la même période l’an dernier (274 Mds$ en termes de dollar US).

 Xi est clairement conscient qu’une dure bataille l’attend pour freiner l’endettement et les effets de levier, étant donné la créativité dont les banques ont fait preuve pour augmenter leurs prêts sur la dernière décennie. Le programme de relance a lui aussi créé ses propres partisans dans les secteurs de la construction et affiliés, de grosses sommes ayant inondé les marchés immobiliers chinois avant de se frayer un chemin vers les marchés étrangers.

Mais M. Xi est désormais le dirigeant chinois le plus puissant depuis Mao, et il semblerait déraisonnable de parier qu’il ne parviendra pas à ses objectifs de désendettement, même si cela nuit à l’économie à court terme, à mesure que le shadow banking est maîtrisé.

La bulle de prêt chinoise est désormais majoritairement terminée et la marée de capitaux se retire. Il n’est donc pas surprenant que les taux d’intérêt mondiaux soient en hausse, le 10 ans américain ayant franchi la barre des 3%. Les investisseurs et les entreprises feraient sans doute bien de se préparer à de gros chocs. Comme l’a remarqué avec sagesse Warren Buffett, ‘ce n’est que lorsque la marée se retire qu’on découvre qui nageait nu’.

Chine : prêt du shadow banking

Source : Financial Times

Les prix des actifs flottent sur une mer de liquidités — du crédit injecté dans les marchés par les banquiers centraux.

A présent, toutes les grandes banques centrales de la planète — à l’exception peut-être de la Banque du Japon — lâchent la pompe, voire drainent carrément le cash et le crédit.

La Fed resserre… augmentant ses taux directeurs par mini-étapes trimestrielles de 0,25%.

Les Européens se préparent à mettre fin à leur programme de QE, le contrôle de la banque centrale européenne.

Les valorisations flottent sur une marée de liquidités qui baisse passant aux Allemands.

La Banque d’Angleterre a adopté une politique neutre.

Et la Chine, comme vu ci-dessus, ferme les robinets de cash et le crédit.

Philippe Artus, analyste chez Natixis, estime la base monétaire mondiale totale à 24 000 Mds$ environ. Pendant 10 ans, elle s’est développée à des taux à deux chiffres.

En mars 2018, elle augmentait encore au taux annuel de 13% par rapport aux 12 mois précédents. C’est là l’argent qui a maintenu le Dow au sommet et lui a permis de dépasser les 26 000 points en janvier.

A présent, cette marée — qui dure depuis 38 ans — se retire.

Sur les 12 prochains mois, Artus estime que la croissance des liquidités n’atteindra que 3% — ce qui est insuffisant, et de loin, pour soutenir les marchés financiers ou l’économie.

Donc… couvrez-vous les yeux, cher lecteur. Les eaux se retirent. Vous êtes sur le point de voir des choses abominables… enlisées dans la boue.

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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Un commentaire pour “Les banquiers centraux nagent sans maillot de bain”

  1. « Les banquiers centraux nagent sans maillot de bain »: vive le naturisme!

    D’ailleurs, quoiqu’en ait dit Warren buffet, quand la mer se retire, on se retire avec, on ne se retrouve pas au sec.

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