1,4 million de dollars… passés au broyeur

Rédigé le 17 octobre 2018 par | Indices, marches actions, strategies, Richesse Imprimer

Banksy est à l’art ce que le marché gonflé à l’argent factice est à la finance. Mais lorsque actions et obligations s’autodétruiront, il n’est pas sûr que la cote finale soit plus élevée.

Les Anglais sont arrivés dans les Bermudes par accident, lors d’un naufrage au XVIIème siècle. Nous y sommes venu à dessein… pour une conférence sur l’investissement. Nous vous en reparlerons au fil de la semaine.

En attendant…

Il s’est passé quelque chose de remarquable lors d’une vente chez Sotheby’s plus tôt ce mois-ci.

Un peu comme sur les marchés boursiers ces derniers jours, des valeurs douteuses ont été passées au broyeur — littéralement. 

Dépenser de l’argent factice pour acheter de l’art factice

Dans le monde de l’art tout comme dans le monde des cryptomonnaies, un provocateur anonyme a fait la fortune de beaucoup de monde. « Satoshi » a donné au monde le bitcoin. « Banksy », lui, nous a donné sa marque bien particulière de vandalisme.

Banksy — quel que soit son vrai nom — a commencé à laisser sa trace, une parodie espiègle et maligne de l’art et de la politique, à Bristol dans les années 1990.

Il peignait des images simples au pochoir sur les façades d’immeubles publics. En 2000 environ, nous avons remarqué les dégâts à Londres, où il continuait son activité.

 

Banksy - art

 

Sa renommée a augmenté, et le commerce de ses œuvres s’est développé. Elles étaient faciles à reproduire. Mais tout comme Satoshi a créé une limite sur le bitcoin, Banksy a inventé un moyen de limiter sa propre offre.

Il a créé une agence, appelée Pest Control, dont le but est de certifier — d’une manière qui est loin d’être fiable — celles de ses œuvres qui sont authentiques. Farceur, ironique, Banksy est venu répondre aux désirs du marché de l’art, qui souhaite par-dessus tout être à la mode et se nourrit d’auto-références.

Lorsque l’argent s’en mêle, tout devient possible.

L’argent est censé représenter des ressources réelles — et surtout le temps. Mais quand l’argent factice prend le dessus, on ne connaît plus la valeur des choses. Et lorsque le rendement réel de l’argent que vous épargnez est de zéro — voire moins — tout ou presque peut être une bonne alternative.

Donc si des investisseurs sains d’esprit peuvent acheter des obligations à taux d’intérêt négatifs — impliquant qu’ils sont prêts à attendre qu’il gèle en enfer avant de gagner de l’argent… pourquoi des amateurs d’art en pleine possession de leurs facultés mentales ne dépenseraient-ils pas de l’argent factice pour acheter de l’art factice ?

Banksy s’est moqué de cette idiotie en 2014 lorsque Sotheby’s a vendu aux enchères un cadre doré censé être de l’artiste lui-même. A l’intérieur était écrit au pochoir : « Je n’arrive pas à croire que vous achetez vraiment cette m***e, bande de crétins. »

De l’art léger aux actions creuses, la rotation du XXIème siècle

 On pourrait dire la même chose de centaines d’actions et d’obligations — surtout dans le secteur des technos.

Tout comme durant la bulle des dot.com en 1999, nombre de ces actions se vendent bien plus cher que toute attente raisonnable de revenus compensatoires. Tout comme les œuvres d’arts furtives, les gens achètent ces actions juste parce qu’elles leur donnent l’air cool… et parce qu’ils pensent que leur valeur pourrait grimper.

Il faut dire que les probabilités étaient de leur côté. La Fed prête toujours à un taux quasiment égal à celui de l’inflation des prix à la consommation… et la Banque centrale européenne ainsi que la Banque du Japon offrent encore de l’argent à des taux nominaux négatifs.

Avec autant d’argent gratuit s’engouffrant dans de l’art léger et des actions creuses… que pourraient-ils faire d’autre, sinon flotter ?

Mais la plaisanterie finit par tourner à l’aigre — lorsque l’argent factice disparaît.

Vendredi, les commentateurs parlaient du fait qu’il se produisait « une rotation des capitaux, des actions vers les obligations »… comme s’il ne s’agissait que de traverser la route. Mais l’argent factice ne fait pas que déménager d’un étage.

Il quitte la ville.

Quelqu’un achète une action 50$ un jour. Le lendemain, il ne peut trouver personne qui soit prêt à la lui racheter pour plus de 40$. La différence de 10$ n’a fait aucune rotation. Elle s’est évaporée.

De la même manière, tout un marché peut être gonflé à coup d’argent factice… puis dégonflé, comme un pneu troué. L’argent n’a jamais existé sinon en tant qu’air électronique.

Ensuite, lorsqu’assez de gens appuient sur la touche « vente »… il disparaît.

L’amour est à la poubelle

C’est ce que Banksy semble avoir récemment voulu dire à sa propre manière. Sotheby’s a mis l’une de ses œuvres en vente — une reproduction de son fameux pochoir La petite fille au ballon — dans un cadre étrangement lourd.

Durant la vente, l’œuvre fut achetée 1,4 M$. Mais lorsque le marteau eut frappé, une alarme se déclencha, activant un broyeur intégré au cadre. Sous les cris de la foule, l’œuvre fut découpée en lambeaux.

Nous ne savons pas ce qu’en a pensé l’acheteuse. Sotheby’s — le teneur de marché — a sans doute immédiatement appelé ses assureurs. Maintenant que l’œuvre était en lambeaux, valait-elle quelque chose ?

Mais l’acheteuse n’aurait pas enchéri si elle n’avait pas souhaité participer à la farce.

Par ailleurs, avec la ruée médiatique qui s’est ensuivie, le prestige et le statut de l’œuvre ont peut-être en fait grimpé. Le Banksy en question était une imitation, par un artiste anonyme, d’un pochoir fait par un autre (peut-être le même ?) blagueur anonyme.

Qui sait ? La nouvelle propriétaire l’a pris de bonne grâce lorsque l’artiste l’a rebaptisé L’amour est à la poubelle. A présent, l’œuvre est connue à l’international… et sa provenance est enregistrée en vidéo.

Pour la toute première fois, un artiste mystère, contrôlant un broyeur à distance, a produit une œuvre originale sous les yeux de la foule ébahie.

L’acheteuse a peut-être fait une bonne affaire, en fin de compte. Peut-être que le résultat vaut encore plus que ce qu’elle a payé.

En revanche, nous doutons que les investisseurs s’en sortent aussi bien. Ils ne seront pas aussi cools quand ils perdront de l’argent. Et une fois déchiquetées par le marché baissier, leurs actions et obligations ne vaudront pas un clou.

[NDLR : Pour éviter de voir votre argent passer au broyeur… suivez les conseils d’un trader qui sait comment transformer les baisses boursières en opportunités de gain ! Tout est expliqué ici.]

 

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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