Qui va payer les baisses d’impôts de Trump ?

Rédigé le 29 septembre 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

Les allègements d’impôts prévus par Trump ne sont financés par aucune réduction des dépenses fédérales. C’est donc une arnaque de plus.

L’art de l’imposition consiste à plumer l’oie pour obtenir le plus possible de plumes avec le moins possible de cris. – Jean-Baptiste Colbert, Contrôleur général des finances (1665-1683)

Une autre bataille perdue d’avance a débuté.

Cette fois, juste après l’échec de la révocation de l’Obamacare et de la primaire en Alabama, les républicains du Sénat et Donald J. Trump s’attaquent, bras dessus bras dessous, au code fiscal.

Dans le Los Angeles Times :

« Selon le projet présenté mercredi par les cadres du parti républicain, beaucoup d’entreprises verraient leur facture fiscale se réduire énormément, et beaucoup d’Américains de la classe moyenne bénéficieraient d’allègements. Le projet réduirait le nombre des tranches d’imposition à trois, au lieu de sept, et doublerait quasiment la déduction forfaitaire.

‘C’est l’occasion d’offrir aux Américains une baisse d’impôt historique, qui ne se présente qu’une fois en une génération’, a déclaré Trump, lors d’un discours prononcé à Indianapolis, mercredi, au cours duquel il a présenté le projet.

‘Ca faisait longtemps que j’attendais ça.’ […]

‘Mon projet est pour les gens qui travaillent et mon projet est pour l’emploi », a-t-il dit, avant de quitter Washington pour se rendre dans l’Indiana. ‘Je pense qu’il bénéficiera très peu aux gens riches' ».

Un changement de saison ?

Ici, nous savourons l’automne, délicieux.

Hier, le soleil a brillé toute la journée. Nous avons déjeuné dehors et dégusté des pommes de terre et de la salade venant tout droit du jardin… puis de la compote de pommes de notre verger. Les saucisses avaient été achetées au marché du village.

Quel dommage d’assombrir des journées si radieuses avec les dernières nouvelles. Mais la saison change… et nous profitons des dernières journées de chaleur, comme si nous savourions les dernières gorgées d’un bon vin dans les tranchées de Dien Bien Phu, ou les dernières heures d’un pique-nique sur les hauteurs de Pompéi.

Même si nous avons très envie de rester exactement là où nous sommes, la terre continue de tourner. Les journées raccourcissent, la rosée du matin rend l’herbe glissante… et nous basculons vers l’hiver.

Tout comme bascule tout espoir de véritable reprise… de renouveau économique… en Amérique, voire même de rafistolage du rêve américain

Comme tous les rêves, il s’agissait d’avenir. Demain, nous serions plus riches. Demain, nous serions plus minces. Demain, notre pays serait meilleur, dans un monde que nous allions contribuer à rendre meilleur.

Comment ?

Nos inventeurs allaient trouver quelque chose : comme Facebook ou le Viagra. Nos hommes d’affaires allaient innover : comme ils l’ont fait avec Toys “R” Us… Hewlett-Packard… et Sears. Et nos politiciens allaient « restituer sa grandeur à l’Amérique ».

On pourrait sûrement passer une loi pour résoudre nos problèmes… et le réaliser enfin, cet Eden en Amérique.

Et si on réduisait les impôts ?

Oui, une réduction d’impôt !

Nous n’avons jamais craché sur une réduction d’impôt. En revanche, nous avons un faible pour les bonimenteurs de foire et les charlatans. Ce sont de sympathiques imposteurs.

Les réductions d’impôt permettent aux gens de conserver une part plus importante de l’argent qu’ils ont gagné.

Ensuite, ils le dépensent… l’investissent… leurs jardins s’épanouissent… et leurs constructions s’élancent vers le ciel. Les réductions d’impôt sont toujours une bonne chose. Plus de gagnant-gagnant et moins de gagnant-perdant.

Mais attendez… il y a un hic.

A moins que l’Etat ne réduise les dépenses en même temps que les impôts, il faut bien que l’argent vienne de quelque part. Au bout du compte, toute la richesse provient des accords gagnant-gagnant conclus par les gens ordinaires. Et toutes les taxes détournent cette richesse de ceux qui l’ont gagnée en direction de ceux qui n’en ont rien fait.

D’un point de vue macroéconomique ensuite, comment, quand et qui paye, ce n’est qu’une question de détail.

Comme l’Etat, inconstant, n’a pas réussi à maîtriser les dépenses de santé ou le coût de l’empire, toute réduction fiscale ayant lieu maintenant n’est qu’une tromperie de plus. Peu importe comment, les électeurs devront donner encore plus d’argent aux élites, leurs maîtres.

Et le pays basculera un peu plus vers la faillite…

L’art et la manière de plumer l’oie grasse

Qu’un milliardaire dans un lupanar obtienne ou pas ce qu’il veut, il dépense son propre argent.

Au moins, il aura ce qu’il a mérité.

Pour les initiés du Deep State, c’est différent. Ils dépensent l’argent des autres. Et ils se le procurent – selon la description fournie par Jean-Baptiste Colbert – en plumant le plus possible avec le moins de cris possible.

Les premières estimations indiquent que cette proposition fiscale pourrait générer un trou de 2 500 Mds$ dans les recettes.

Et encore, cela dépend du nombre de niches qui vont se refermer mais aussi s’ouvrir. Lorsque l’objectif de la caméra zoomera sur la dernière manigance de la Maison Blanche… et que les gros titres se focaliseront sur une nouvelle crise clownesque… les lobbyistes du Deep State – qui maîtrisent tous les points de détail – glousseront et sortiront leurs stylos.

Ils feront en sorte que leurs niches préférées demeurent intactes. Et, d’un coup d’annotation en marge, ils en créeront de nouvelles.

Le coût réel sera plus proche des 4 000 ou 5 000 Mds$.

Autrement dit, même si cette réforme passe – ce qui est peu probable – ce ne sera pas du tout une réforme.

Simplement des accords gagnant-perdant en plus, aux frais des gens.

Tôt ou tard, cependant, l’automne arrive et tout change : le milliardaire… le marché haussier… l’empire… et le lupanar.

Les lendemains viennent à manquer. Il se met à geler… et le rêve se transforme en cauchemar.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

2 commentaires pour “Qui va payer les baisses d’impôts de Trump ?”

  1. Si vous êtes contre Trump vous êtes contre le peuple.

  2.  » A moins que l’Etat ne réduise les dépenses en même temps que les impôts, il faut bien que l’argent vienne de quelque part.  »

    La réduction des impôts va permettre d’augmenter le taux de croissance structurelle en encourageant l’investissement, le travail et l’esprit d’entreprise. Par conséquent la base sur laquelle la fiscalité est assise s’élargira plus rapidement, de sorte qu’après quelques années la mesure peut s’autofinancer, et même à long terme aider à résorber le déficit fédéral.

    Bien sûr il faut qu’elle soit bien ciblée. Par exemple il ne fait aucun doute que la suppression des droits de succession et la réduction du taux d’impôt sur les bénéfices va s’autofinancer rapidement. Ces deux impôts sont une parfaite illustration de la célèbre formule « The power to tax is the power to destroy ».

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