Avec les compliments du jury !

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Mercredi 26 avril 2006
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*** Avec les compliments du jury !
Pourquoi les marchés ont beaucoup en commun avec le Golden Gate…

*** Un flirt lourd de conséquences
Eric Fry considère les voluptueuses courbes du pétrole d’un oeil mitigé…

*** Tranche de vie au ranch
Bill Bonner et sa famille prennent possession de leurs pénates…

*** Une reprise évasive (3)
Les chiffres sont parfois si absurdes qu’ils méritent d’être approfondis…

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Bonjour,

*** AVEC LES COMPLIMENTS DU JURY !

** C’est presque un bonheur que de parier que les scénarios boursiers les plus improbables sont ceux qui s’avèrent inéluctables en cette mi-avril, tant les raisons pouvant étayer le pronostic d’un repli des indices semblent évidentes pour tout le monde.

La matinée avait débuté sur la confirmation d’une glissade du dollar sous les 1,24/euro. Elle s’est poursuivie par une chute verticale des Bunds, car de lourds dégagements ont pesé sur les marchés obligataires dès la publication d’un indice IFO — mesurant le moral des chefs d’entreprises allemands — en hausse de 0,5 point à 105,9 (contre 105,4), son plus haut niveau jamais enregistré depuis avril 1991, au lendemain même de l’achèvement de la première guerre du Golfe.

Les Bunds à 10 ans ont vu leur rendement s’envoler presque instantanément jusque vers 3,985%, contre 3,935% la veille. Cependant, leur dégradation s’est accélérée après 16h avec l’annonce d’un indice de confiance des ménages américains qui s’inscrit également à un zénith (109,2 contre 107,5 en mars) dont l’équivalent doit être recherché quatre ans en arrière.

Les vendeurs qui avaient sévi en matinée puis relâché leur étreinte au fil des heures se sont soudain réveillés. Redoublant leurs attaques contre les Bunds et autres OAT, ils ont propulsé leur rendement par-delà le cap des 4% (et même 4,02%)… mais quelques rachats techniques en toute fin de séance ont permis de limiter la casse ; les taux longs flirtaient encore avec 3,98% à Francfort et 4% à Paris mardi soir.

** Aux Etats-Unis, c’est également la série noire pour les marchés obligataires. Les opérateurs parient systématiquement sur des signaux de ralentissement économiques qui ne viennent pas : les reventes de logements anciens en mars étaient attendues en baisse, de -2% à -3%, mais elles progressent malgré tout de 0,3%, à 6,92 millions de transactions en rythme annuel.

De quoi s’arracher les cheveux… car les T-Bonds affichent ce soir des rendements records de 4,95% pour le 2 ans, 5,08% sur le 10 ans, tandis que le 30 ans atteint le seuil des 5,15%.

Et la robustesse de l’économie américaine n’est pas le souci immédiat pour les détenteurs de produits de taux américains : le dollar vient de casser en 48 heures tous ses supports graphiques semestriels, et chute de 3% en une semaine face à l’euro, au yen ou au franc suisse.

Le G7 vient de donner le feu vert aux vendeurs de dollars, qui avaient manifestement senti le vent tourner dès jeudi dernier. Les ministres des finances réunis à Washington ce week-end ont en effet rédigé un communiqué qui laisse clairement transparaître la possibilité d’un rééquilibrage de la balance commerciale américaine via une décrue compétitive du billet vert.

C’est la seule alternative envisageable dans le cadre d’un appel à plus de "flexibilité" des systèmes monétaires, puisque Pékin a fait savoir il y a 48 heures que le moment était mal choisi pour orchestrer la réévaluation du yuan ; l’analyse des flux de liquidités entre l’Empire du Milieu et le reste du monde permet d’observer que le second semestre offre davantage de marge de manoeuvres aux autorités monétaires chinoises, le gros des commandes étrangères étant alors bouclées.

Le dollar va donc reperdre le terrain gagné depuis l’été 2005 avec les compliments du jury et la bénédiction du G7. Il ne faudrait pas pour autant que la glissade prenne une tournure incontrôlable : la Fed peut être amenée à calmer le jeu en prenant prétexte de chiffres alarmants sur le front de l’inflation pour accréditer la thèse d’un relèvement du prime rate jusque sur le seuil des 5,25%.

** Pour l’heure, le dollar se dirige avec assurance vers les 1,25/euro et les 114 yens… et cela ne semble pas susciter beaucoup d’émotions. Le scénario baissier est cousu de fil blanc, les cambistes connaissent leurs classiques et ne quittent pas leurs graphiques des yeux.  

Les lignes de support et de résistance sur l’euro/dollar sont aussi faciles à identifier que la silhouette du Golden Gate à la sortie de la baie de San Francisco : le tablier du pont se situe à 1,26/euro et le sommet d’un des piliers à 1,3665 (c’était le 31/12/2004)… car bien entendu il manque un autre pilier historique à 1,36 ou 1,37/euro.  

Mais les investisseurs croient déjà le deviner par-delà les brumes de l’avenir — qui n’ont rien à envier à celles qui stagnent sur les côtes californiennes au petit matin –… et en particulier ceux qui accumulent de l’argent et de l’or depuis deux ans et qui n’ont pas cessé leur ramassage même lorsque le billet vert culminait vers 1,17/euro (et 120 yens).  

Le métal précieux reste très proche de son récent zénith des 640 $ — un nouveau pic vient de se dessiner vers 635 $. Ceci nous conduit à observer que les "double sommet" sont devenus des figures graphiques récurrentes ces derniers jours, ces dernières semaines ou ces derniers mois sur les indices boursiers : le Nasdaq sous 2 360, le Dow Jones sous les 11 350, l’Euro-Stoxx sous les 3 880, le CAC 40 sous les 5 255.  

** Toutes les classes d’actifs ne sont pas soumises au même régime. Les exceptions les plus remarquables sont le pétrole, qui a débordé la zone des 70 $ pour accéder aux 75 $, l’or, qui pourrait doubler de valeur avant de retrouver son pouvoir d’achat des années 80-85, et enfin le cuivre, qui culmine à 6,000 $ la tonne.  

En sens inverse, les marchés obligataires cassent des planchers remontant à l’été 2002 ; les Bunds pourraient enfoncer le seuil des 115 avant la fin de la semaine, les T-Bonds à 30 ans celui des 90 "tout rond".  

Les marchés de taux et les marchés de matières premières ont choisi leur camp : une tendance (antagoniste) moyen terme est fermement établie et ne donne aucun signe de faiblesse… Et c’est dans ce domaine que les indices boursiers tendent à se démarquer. Les "double sommet" — qui ressemblent effectivement à des structures de type Golden Gate — caractérisent de façon relativement fiable un risque de défaillance de la tendance sous-jacente, que chacun s’accorde à reconnaître haussière sur les actions européennes alors que le doute s’installe au sujet des blue chips américaines.  

Si le CAC 40 parvenait hier à se maintenir au contact des 5 250 points (rebond de 0,27% et quatrième séance passée au-dessus des 5 220 points), c’est principalement grâce à l’impact positif de l’envol de 7% du titre Renault. Qu’il nous soit permis de juger paradoxal ce soudain engouement pour le constructeur franco-japonais alors que le carburant n’a jamais coûté aussi cher depuis 20 ans… et que dire du crédit automobile ?  

** Aux Etats-Unis aussi, le carburant coûte cher — non seulement à la pompe mais également en points de popularité pour le président Bush : d’après un des derniers sondages, 32% des Américains seulement se disent satisfaits de la façon dont leur président gère les questions énergétiques.  

Et les démocrates ne se privent pas de souligner la collusion entre "W" et les producteurs texans — sans oublier les bataillons de conseillers tout droit issus des hautes sphères d’Enron qui avaient investi la Maison-Blanche au cours des 18 premiers mois de la nouvelle administration républicaine… dont certains sont toujours en poste mais couverts par un anonymat de type secret défense.

Puisque le pétrole est devenu un enjeu doublement stratégique, G.W. Bush vient d’annoncer qu’il allait ordonner que l’on puise dans les stocks du même nom : "une manière immédiate de montrer aux gens que nous sommes sérieux".  

Ce qui l’est moins, c’est que pour dissiper certains soupçons, il a ordonné au département de la Justice d’enquêter sur d’éventuelles manipulations des prix. Il ne prend pas grand risque, puisque, compte tenu de l’opacité des marchés à terme, aucune procédure de ce genre n’a jamais abouti à l’identification d’un seul coupable depuis le début des années 80.  

Et si la Maison-Blanche en cherchait un qui ne cherche pas trop à se cacher (ni à dissimuler son hostilité pour les Etats-Unis), il lui suffit de stigmatiser les provocations du président iranien… qui vient de rejeter tout idée de coopération avec l’AIEA, agence en charge de la non-prolifération nucléaire sur la planète.  

L’Iran rejette totalement l’ultimatum lui enjoignant de cesser tout activité visant à enrichir l’uranium, lequel expire le 28 avril, c’est-à-dire dans moins de 48 heures. Les "manipulateurs de cours" vont pouvoir s’en donner à coeur joie, à nouveau avec les compliments du jury des fonds spéculatifs qui n’espèrent qu’une chose : qu’il y ait toujours plus de suspens et de mouvements incontrôlables dans tous les sens (ce jeu de mot phonétique était décidément trop tentant, nous avons succombé !).

Philippe Béchade,
Paris

PS : Les conditions de marché actuelles ont entraîné bon nombre de prises de profit dans notre portefeuille. Pour les retrouver en détails, composez dès maintenant le 0899 707 009* (NB : Philippe Béchade mettra une nouvelle analyse en ligne dès 15h45 cet après-midi — nous vous conseillons donc de ne pas attendre pour prendre connaissance des derniers changements apportés à nos positions).
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

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Acheter pour le long terme, c’est bien…
… mais 2 291,08% de gains en trois mois, c’est mieux !

Découvrez un système de trading décidément pas comme les autres ; il suffit de continuer votre lecture pour accéder à un potentiel de profit lui aussi hors du commun…

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Eric Fry nous donne les dernières nouvelles de Wall Street

*** UN FLIRT LOURD DE CONSEQUENCES

** Le marché du brut envoie des signaux aussi contradictoires que lors d’une histoire d’amour à ses débuts. Le profil de cours attirant du brut semble dire "viens me rejoindre"… alors même que cette délicieuse créature nous murmure à l’oreille "je crois qu’il est temps que tu partes".

- Une telle ambiguïté mène rarement à une issue satisfaisante… que ce soit en amour ou dans la finance. Voilà pourquoi nous aurions tendance à rester loin du marché du pétrole pendant un petit temps.

- Le pétrole brut est devenu une matière première brûlante… et séduisante. Les réserves de brut américaines sont pas moins de 11% supérieures à leur moyenne de cinq ans pour cette époque de l’année. Les réserves de gaz naturel sont elles aussi considérables.

- Malgré cela, le prix du brut continue de grimper, et les spéculateurs haussiers continuent d’affluer sur le marché. Selon un rapport du CFT [Commission américaine du trading en futures sur les matières premières, ndlr.], les "grands spéculateurs" détiennent une position longue record sur le brut. De l’autre côté de la transaction, on trouve les traders "commerciaux"… qui, eux, détiennent une position courte record sur le brut.

** Comme nous l’avons déjà noté à plusieurs reprises, les "Commerciaux" sont considérés comme étant "l’argent intelligent", étant donné leur tendance à se positionner correctement sur les points d’inflexion importants. La position courte considérables des commerciaux est donc de mauvais augure pour le prix du brut… et pour tous les spéculateurs qui parient sur une continuation de sa hausse.

- Le Marketvane, sondage concernant les conseillers en futures sur matières premières, valide également les implications baissières du rapport du CFTC. Selon le Marketvane, 76% des conseillers en futures sont haussiers sur le brut. Ce chiffre extrême est très proche du sommet de deux ans, à 84%, et augmente les possibilités de voir le trop populaire marché du brut s’affadir quelque peu bientôt.

- Tous ces signes avant-coureurs nous poussent à tourner le dos à cette matière première trop aguicheuse… et nous vous suggérons de faire de même pendant un petit temps. Flirtez avec cette allumeuse si vous le voulez… mais nous n’aimerions pas que vous vous y brûliez les ailes.
[NDLR : Le pétrole est trop dangereux pour l'instant ? Qu'à cela ne tienne : Marc Dagher s'est positionné sur la Chine et... l'inflation. Les gains promettent d'être au rendez-vous -- pour en profiter grâce à un outil d'investissement pas comme les autres, continuez votre lecture…

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, en Argentine

*** TRANCHE DE VIE AU RANCH

** "A partir de maintenant", a déclaré Francisco en arrêtant la voiture, "tout ce que vous voyez fait partie du ranch."

* Ce qui donnait toute sa portée à cette phrase n’était pas la manière dont elle était prononcée, mais bien l’endroit d’où elle l’était. Une chaîne de montagnes se trouvait à environ 1,5 km. Nous avons regardé à gauche : une autre chaîne de montagnes, plus loin, marquait la frontière nord. Ce qui s’étendait entre nous appartenait.

* "Mais papa", observa Henry. "Il n’y a rien du tout, entre les deux. Juste un désert."

* "Je ne me sens pas très bien", annonça Elizabeth.

* "On ne pourrait pas retourner à Colome ?" demanda Maria.

* "Oh vous, hommes de peu de foi", répondîmes-nous. "Allez, on continue"…

* Nous étions arrivés à Gualfin à 10h35 lundi matin. Nous avons noté l’heure simplement pour voir combien de temps il faudrait à Francisco pour nous conduire de la route principale à la maison elle-même.

* Vingt minutes en tout.

** "Vous voyez, ce n’est pas si épouvantable", avons-nous déclaré, bien avant que quiconque ait eu la possibilité d’en voir assez pour se faire une opinion, bonne ou mauvaise.

* Il faut dire que la nature nous est venue en aide. C’est l’automne dans l’hémisphère sud. La maison se tient dans une futaie plantée en rangées régulières, de manière à l’encadrer sur trois côtés. De loin, nous avons pensé voir des trembles — les arbres étaient couleur d’or vif, comme dans le Colorado. Mais ce sont des Alamos, nous a-t-on dit plus tard. Pour l’instant, en tout cas, ils semblaient remarquablement chatoyants… et remarquablement accueillants. Sans eux, l’immense vallée serait vide et quasiment incolore.

* "Ca n’a pas l’air si terrible", fut la première réaction prudente d’Elizabeth. Tandis que nous approchions, nous découvrîmes qu’il y avait en fait deux rangées d’arbres, chacune d’un côté de la route, jusqu’à la maison. L’effet, à cette époque de l’année, était étonnamment majestueux, presque élégant. En nous concentrant uniquement sur la route, on aurait pu croire être en Virginie, voire en Angleterre. Mais dès qu’on regardait au-delà des arbres, on réalisait qu’on se trouvait dans un oasis au beau milieu d’une vaste et haute vallée.

* Et dans l’oasis se tenait la maison elle-même. Faite de granit, c’est un grand rectangle avec une cour centrale qui — au cas où elle ne remplirait pas ses devoirs d’habitation — pourrait parfaitement remplir le rôle d’une prison pour fous criminels, assez loin de la civilisation pour ne représenter aucune menace — même s’ils s’évadaient.

* Francisco nous présenta les gardiens de l’endroit, Jorge et Maria — un couple d’une cinquantaine d’années, à la mine avenante et aux visages tannés par les ans et le soleil. Pendant que Jorge nous faisait visiter la maison, Maria retourna à ses fourneaux.

* La grande maison est quasi-abandonnée depuis sa construction, il y a cinquante ans de cela ; Jorge et Maria n’utilisent que quelques pièces. Les autres attendent les visites très occasionnelles du maître des lieux. Mais les chambres avaient été aérées en prévision de notre visite, et équipées de couvertures bigarrées. Les lits eux-mêmes ressemblaient à ce que l’on trouve sur le trottoir la veille du ramassage des "ordures encombrantes" — sauf qu’au lieu de ressorts de métal soutenant le matelas, il y avait des lanières de cuir brut.

* Tandis que nous progressions, nous avons remarqué la peau sanguinolente d’une chèvre suspendue à un arbre. Il y avait également des morceaux de viande et d’organes internes — pour les conserver hors de portée des chiens, avons-nous supposé. Tout cela grouillait de mouches.

* Toutes les pièces sont sombres et d’apparence vieillotte, avec des murs passés à la chaux et des sols en béton. La cuisine, par contre, n’est pas seulement démodée, mais pratiquement préhistorique. Le fourneau fonctionne au bois, et crache des nuages de fumée qui, au cours des ans, ont déposé assez de suie pour noircir complètement les murs et le plafond. La fumée était si épaisse que nous avions peine à voir les femmes qui travaillaient. Maria était devant le fourneau, tandis qu’une femme plus jeune, qui se présenta plus tard sous le nom de Clemencia, se tenait à ses côtés.

* Dans la cour, à l’extérieur, brûlait un brasier ouvert. Il fumait et pétillait, la graisse de la viande placée sur un grill coulant directement dans les flammes.

* "Nous vous avons préparé un chevreau", déclara Francisco. "Vous aimez ça ?"

* "Oui, bien sûr", avons-nous répondu.

* "Et nous avons aussi du vin que mon grand-père a fait il y a 26 ans de ça. Il a été fabriqué à Colome, avant que le Suisse ne rachète l’endroit."

** Après le déjeuner, quelques gauchos firent leur apparition, accompagnés de chevaux prêts à être montés. C’était des animaux vigoureux, divers mélanges de races péruviennes et espagnoles. Il y avait également un cheval à l’air très solide, avec une tête énorme.

* "Lui, c’est un percheron", dit Francisco, "et nous avons aussi quelques mules."

* Tandis qu’Edward montait l’une des mules, le reste d’entre nous prit les chevaux, les assortissant aux cavaliers selon la taille et le tempérament.

* C’est ainsi que la vie à Gualfin prit un tour qui ne dura que quelques jours — des jours magnifiques et ensoleillés, passés à découvrir le ranch à dos de cheval. Le premier jour, nous avons traversé la plaine — comme des voleurs après la mise à sac d’une banque. Nous avons chevauché d’un côté à l’autre — c’est-à-dire des collines d’un côté à celles du côté opposé — suivant le cours d’une rivière qui traverse la vallée puis coupe à travers les montagnes pour rejoindre une propriété adjacente. Nous avons voulu continuer afin de rencontrer nos voisins, mais Francisco nous rappela où nous nous trouvions.

* "Il n’y a qu’une petite piste suivant la rive. C’est très dangereux, par endroits. Même les chevaux n’arrivent pas à passer. Il faudrait y aller à pied — et en plus, il vous faudrait au moins cinq heures pour rejoindre Pucara."

* Le jour suivant, nous avions l’intention de faire un voyage plus long. Nous voulions aller visiter des ruines indiennes si lointaines que nous ne pourrions en revenir le même jour. Il nous faudrait camper durant une nuit, et dormir à la belle étoile.

* "Ca devrait être amusant", avons-nous tous déclaré.

* "Oui, les gauchos le font tout le temps", nous assura Francisco, l’air vaguement satisfait de sa profession, "mais il faut vous rappeler que nous sommes très haut — environ 2 800 mètres d’altitude. Il fait très froid, la nuit. Enfin, ne vous inquiétez pas, nous vous avons acheté des sacs de couchage qui vont jusqu’à -12°C. Il ne fera pas plus froid que ça."

* Nos patients lecteurs se demandent peut-être pourquoi nous passons tant de temps à conter les détails de notre séjour en Argentine. Après tout, la Chronique Agora s’intéresse aux finances, non aux voyages.

* Mais là, nous aimerions souligner qu’on ne gagne pas simplement de l’argent. Il faut également s’en débarrasser. Aucun sou n’a été gagné qui n’ait ensuite été perdu. Pour beaucoup de gens, c’est cette seconde partie qui compte le plus ; ils ne le gagnent que pour le perdre plus tard de la manière qui leur est la plus agréable. D’autres préfèrent gagner l’argent — et laisser aux générations futures le soin de le perdre. Votre correspondant se situe entre les deux.

* Le comptable en lui recommande de protéger soigneusement le moindre centime grâce à des investissements de long terme sensés. Mais son tempérament de poète lui rappelle que les fleurs qui éclosent aujourd’hui seront fanées demain. Il essaie donc de trouver des moyens de conserver sa richesse de la manière la plus amusante pour lui. Acheter un ranch en Amérique du Sud semblait satisfaire ses exigences. Il peut s’imaginer chevauchant dans le soleil couchant, littéralement aussi au propre comme au figuré, laissant le ranch derrière lui — valant autant que lorsqu’il a acheté l’endroit…

* A suivre, cher lecteur, à suivre…

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La principale erreur commise par votre conseiller financier…
… ET COMMENT EVITER D’EN SUBIR LES CONSEQUENCES !

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*** La Chronique Agora présente ***

Suite et fin de l’essai du Dr Richebächer sur les bulles et le mal qu’elles font à l’économie — aujourd’hui, nous nous penchons plus particulièrement sur les profits des entreprises.

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UNE REPRISE EVASIVE — 3ème PARTIE
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Par le Dr Kurt Richebächer (*)

Depuis 2000, nous assistons aux Etats-Unis au plus grand boom de profits de toute la période d’après-guerre. Assez étonnamment, il soutient même la comparaison avec la performance des profits durant les années de boom du "Nouveau paradigme", entre 1995 et 2000.

Les profits de tout le secteur non-financier étaient de 401 milliards de dollars en 1995 et 413,4 milliards en 2000. Mais de 2001 à la fin 2005, ils ont quasiment triplé, de 322 milliards de dollars à 868,5 milliards. L’industrie financière s’est bien entendu emparée de ces chiffres avec avidité. Mais pour nous, ils sont si absurdes qu’ils méritent d’être approfondis.

Pour commencer, il s’agissait d’un boom du crédit extrêmement déséquilibré, reflétant une reprise économique extrêmement déséquilibrée. Cette reprise n’avait littéralement rien en commun avec les cycles économiques passés. Intrinsèquement, cela démontre un schéma de profits radicalement divergent.

Le fait est que la bulle de l’immobilier a joué un rôle essentiel — non seulement pour créer de la demande et de la croissance du PIB, mais également pour créer des emplois et des profits.

Le plus étonnant, bien entendu, c’est le bond des profits de 534,2 milliards de dollars en 2004 à 863,3 milliards en 2005. On peut facilement identifier deux causes factices. La première est un déclin sévère des amortissements, de 804,3 milliards de dollars à 668 milliards. Les amortissements sont une dépense pour les entreprises, bien entendu. Si une société cesse d’investir, elle augmente ses profits… mais ce n’est pas vraiment le moyen le plus désirable d’y parvenir. La seconde cause majeure de la hausse soudaine des profits, c’était une incitation fiscale qui a poussé les entreprises à rapatrier une vaste quantité de profits étrangers aux Etats-Unis.

Mettons de côté les chiffres de profit grossièrement déformés de 2005, et concentrons-nous sur la période 1997-2004. Au cours de ces sept années — comprenant les années de boom du "Nouveau Paradigme" –, les profits globaux ont à peine grimpé.

Il faut ensuite reconnaître la considérable différence de performances entre les secteurs. Pour tous les secteurs produisant ou transportant des biens, cela a été sept ans de profits désastreux — et de détérioration constante, qui plus est.

Par contraste, cela a été sept années de vaches grasses pour le secteur des ventes au détail et du commerce de gros — sans compter la construction et les agents immobiliers, qui ont été les principaux contributeurs.

Nous dirions que dans l’ensemble, c’est une performance morose pour les profits, ne justifiant en aucun cas un boom du marché de l’immobilier. Si l’on mesure cela par rapport au PIB nominal, qui a grimpé de 41% entre 1997 et 2004, c’est même un effondrement.

Le principal problème, ce sont donc des profits bien maigres dans leur globalité… mais il y en a un autre : un extrême déséquilibre entre secteurs. Manifestement, ce déséquilibre dans le schéma de profits reflète parfaitement l’incroyable inégalité du schéma de croissance de l’économie américaine durant toutes ces années. Les bulles de l’immobilier et de la consommation font la loi.

Il nous amuse toujours de voir messieurs Greenspan et Bernanke critiquer le gouvernement américain pour ses déficits budgétaires. L’ironie, c’est que les dépenses déficitaires chroniques de la part du consommateur, provoquées par leurs politiques monétaires faciles, causent à l’économie des dommages structurels bien plus considérables.

Meilleures salutations,

Kurt Richebächer,
Pour la Chronique Agora

(*) Economiste, écrivain et banquier international respecté, le Dr. Kurt Richebächer écrit régulièrement pour le Wall Street Journal, Barron’s, l’édition américaine de la Fleet Street Letter et d’autres publications financières bien établies. En France, Le Figaro lui a consacré un article pour avoir été "l’homme qui a prédit la crise asiatique".

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