Vous reprendrez bien un petit coup de glyphosate ?

Rédigé le 2 décembre 2017 par | A la une, Desinformation, Simone Wapler Imprimer

Le 27 novembre dernier, une prolongation pour cinq ans de l’autorisation du glyphosate a été votée par la Commission européenne (à 19 contre 9 et une abstention).

Tollé médiatique en France.

Entre temps, une étude de grande ampleur a été publiée par le Journal of the National Cancer Institute (1). Cette étude, réalisée à partir de 1993 sur plus de 54 000 agriculteurs, tire la conclusion qu’aucune association statistique solide n’a pu être détectée entre l’apparition de tumeurs et le glyphosate.

Gentil lecteur bucolique qui pensez que de nos jours tout est dangereux et que nous allons tous mourir (surtout de peur), passez cette Chronique. Allez plutôt directement lire celle de mon collègue Nicolas Perrin.

Lecteur sceptique, ceci est pour vous avant que vous ne profitiez du froid sec d’un bon week-end d’hiver (c’est le réchauffement climatique qui veut ça) pour partir en promenade.

Les faits

Le glyphosate est le désherbant le plus utilisé dans le monde. Il est utilisé dans l’agriculture classique (non « biologique ») dont il a contribué à augmenter la productivité depuis presque 50 ans. Pulvérisé sur les feuilles, il permet d’éliminer une plante sans détruire la vie microbiologique du sol qui l’entoure (au contraire de la bêche). En injection, il permet d’éradiquer certaines espèces envahissantes (renouée du Japon).

Des dizaines d’études ont été menées sur sa « dangerosité ».

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une organisation qui dépend de l’OMS, a classé le glyphosate dans la catégorie 2A, dite « probablement cancérogène pour l’homme » (2).

Dès la publication de ce classement, la ministre de l’Ecologie de l’époque, Ségolène Royal, a estimé qu’il fallait retirer ce produit de la circulation, car trop risqué pour la santé, et l’a donc interdit en vente libre pour les jardiniers amateurs (3).

Ce classement du CIRC n’évalue pas le risque, mais le danger.

Risque ? Danger ?

Voici la différence, cher lecteur.

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Source

Presque tout ce qui nous entoure est dangereux. Des choses très anodines deviennent risquées à haute dose. Le risque correspond à la probabilité d’être exposé, multipliée par le danger de l’agent en question.

Le glyphosate est livré aux professionnels en concentré à diluer à 100 pour 1 et il est déconseillé d’en mettre pur dans la gamelle de votre chien… Tous les agriculteurs que je connais l’utilisent et aucun n’est encore mort.

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Pourquoi ce traitement médiatique en France (pays dont la population ne passe pas pour plus écologique que celles de la Suède, du Danemark, de la Norvège ou de la Suisse, pour ne citer que celles-là) ?

Pour vous forger votre opinion, je vous invite à lire cet article de Contrepoints ici. Je vous livre sa conclusion au cas où vous seriez pressé de sortir vous promener :

« Le cas du glyphosate pose des questions légitimes sur les conflits d’intérêts dans les agences gouvernementales, sur les processus de mise sur le marché des produits phytosanitaires et sur l’arbitrage entre coûts et risques sanitaires.

Toutefois, le rôle des médias n’est pas de décrédibiliser la science et d’alimenter les peurs là où elles n’ont pas lieu d’être. »

Notons que le glyphosate n’est pas utilisé que par les agriculteurs. Selon Challenges, « la SNCF dépense chaque année 30 M€ pour désherber ses 60 000 kilomètres de voie ferrée. Sans glyphosate, l’addition s’élèverait à 500 M€ ». Là, c’est nous qui payons.

Oui, la pollution est une réalité. Oui il existe des produits dangereux et des scandales sanitaires (le sang contaminé, par exemple). Oui, il n’y a pas grand inconvénient à se passer de sacs plastiques. Mais le traitement biaisé de certaines informations est dangereux. [NDLR : si l’approfondissement de ces questions vous intéresse, je vous recommande le Petit manuel d’anti-écologie à l’usage des lecteurs méchants que vous pouvez vous procurer ici.]

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(1) https://academic.oup.com/jnci/advance-article/doi/10.1093/jnci/djx233/4590280

(2) L’utilisation conventionnelle du glyphosate ne présente pas de risque significatif selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments, Santé Canada, l’Agence de protection de l’environnement des Etats-Unis, l’Agence européenne des produits chimiques, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires suisse, l’Office fédéral de l’agriculture suisse, l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques et l’Autorité australienne des pesticides et des médicaments à usage vétérinaire.

(3) IARC Monographs on the Evaluation of Carcinogenic Risks to Human, CIRC, consulté le 02/11/17

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Simone Wapler
Simone Wapler
Rédactrice en Chef de Crise, Or & Opportunités et de La Stratégie de Simone Wapler

Simone Wapler est ingénieur de formation. Elle a travaillé dans le secteur de l’ingénierie aéronautique. Cette double casquette ingénieur/analyste financier est un véritable atout qu’elle met au service des abonnés.

Elle aborde les marchés avec l’œil du professionnel, de l’ingénieur, de l’industriel, et non celui du financier.

Son expertise, notamment dans le secteur des métaux de base et des métaux précieux, lui donne une longueur d’avance, une meilleure compréhension des vrais tenants et aboutissants du marché des ressources naturelles — un marché par ailleurs en pleine expansion, dont Simone Wapler connaît parfaitement tous les rouages, notamment au niveau de l’offre et de la demande.

Pour en savoir plus sur Crise, Or & Opportunités et La Stratégie de Simone Wapler.

Visitez le site officiel de Simone Wapler : www.Simone Wapler.fr

8 commentaires pour “Vous reprendrez bien un petit coup de glyphosate ?”

  1. Madame Wapler ,laissez moi vous dire qu’en défendant le glyphosate, je pense qu’il doit vous manquez pas mal d’information…Pour avoir vendu pendant plus de 40 ans des produits chimiques destinés à l’agriculture ,y compris bien évidemment le glyphosate que j’ai connu des ses premieres heures de commercialisation,j’ai eu le temps et la reflexion pour me faire une opinion ..Le glyphosate est la première molécule (et il y en a d’autres) que l’on retrouve dans l’eau potable distribuée au robinet ; cette seule raison devrait etre suffisante pour interdire le glyphosate….Il y a là un problème de santé publique,qui pourrait déboucher sur un énorme scandale ….D »expérience,je puis vous assurez que les firmes de produits chimiques sont sans pitié : seul compte les milliards de dollar ramassés….

  2. Une remarque au sujet du coût de cette interdiction : on voit l’impact colossale au niveau de la SNCF, il faut également voir que cela va faire exploser la facture pour les collectivités locales (donc impact direct sur les impôts) ainsi que pour les entreprises (impact sur les prix de revient, donc l’emploi et l’inflation).

  3. Jclaudio :  » .Le glyphosate est la première molécule (et il y en a d’autres) que l’on retrouve dans l’eau potable distribuée au robinet ; cette seule raison devrait etre suffisante pour interdire le glyphosate….  »

    Donc on va interdire toutes les substances qui se retrouvent dans les nappes phréatiques ? Ca ne serait pas plutôt une raison d’investir d’avantage dans la qualité du traitement de l’eau ?

  4. Un vrai régale votre article sur le glyphosate !

    De toute façon même d’un point de vue collectiviste, à l’échelle de l’ensemble de l’économie (collectivités locales, sociétés de transport collectif, agriculture) cette réglementation aurait coûté des milliards d’euros au minimum, argent qui produirait des bénéfices bien plus importants en terme de « santé publique » s’il était investi dans l’amélioration de la qualité du traitement de l’eau ou la recherche contre le cancer (je ne dis pas qu’il faut injecter davantage de fonds publics, je parle simplement en terme d’analyse coût/bénéfice).

  5. Cher Monsieur Maurice ,pour votre information les principales molécules retrouvées aujourd’hui dans l’eau potable sont l’isoproturon,le chlotoluron et l’atrazine…..Et elles sont toutes interdites d’utilisation en agriculture depuis longtemps…..Il faut savoir que certaines de ces molécules insolubles dans l’eau,migrent tres lentement dans les sols,et se dégradent tres lentement ; ce qui a pour conséquence de les retrouver dans les eaux ,alors qu’elles ne sont plus utilisées depuis plusieurs années(10-20ans)……Ces molécules sont tres actives ,et techniquement il est impossible aujourd’hui de les éliminer dans les stations de pompage de l’eau…..Et certaines de ces molécules se dégradent sous forme d’autres produits que l’on appelle des métabolites et qui sont tout autant dangereux pour la santé.La vérité c’est que l’industrie chimique est très puissante et riche pour faire pencher la balance de son coté….Je précise que la société allemande Bayer est en train de racheter Monsanto (les inventeurs du glyphosate),et que cela explique le revirement de l’Allemagne en matière d’autorisation d’utilisation du glyphosate pour 5 ans ….Macron s’est fait  » doubler »…….

  6. Jclaudio : ok mes arguments en réaction à votre commentaires n’était pas adaptés, les arguments déroulés dans l’article restent en revanche totalement justes.

  7. Un vieil agriculteur de mon village , a la retraite , me faisait part de sa conviction : de nos jours , il vaut mieux vivre en ville qu’ a la campagne dans une region de culture , tellement les pulverisations sont toxiques , glyphosate en vedette .
    Je me suis longuement interesse aux OGM , et les polemiques liees sans trop comprendre .La conclusion , a mon sens , est la suivante : Les OGM ne sont pas nuisibles par eux-memes , mais par ce que la finalite de leur manipulation permet : survivre a la pulverisation de toxiques . tout est detruit , sauf la plante en question qui trone fierement , peu importe ce qu ‘on lui assene .
    L’ argument economique me semble totalement depasse . Chaque agriculteur s’est deja vu accuse de produire des excedents , des surplus impossibles a ecouler . Et l ‘argument de rencherissement de certains entretiens me semblent totalement hors propos . Betonnons tout , ce sera plus simple ….

  8. Inoffensif le glyphosate ? Parlez-en aux 3500 agriculteurs américains qui ont porté plainte contre Monsanto à cause de la leucémie dont ils souffrent et qui est liée directement à ce produit !
    C’est amusant que vous preniez pour argent comptant les déclarations des organismes européens ou américains concernant la santé alors que vous n’y croyez pas quand il s’agit d’économie !
    Parlez de sujets que vous connaissez ça évitera à vos lecteurs de perdre du temps !
    L’Obs a fait une véritable enquête sur le sujet : https://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20171003.OBS5502/glyphosate-le-pire-scandale-sanitaire-du-xxie-siecle.html

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