Au four et au moulin

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Mardi 11 juillet 2006
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*** Sorti sur un coup de tête
Fin de la Coupe du Monde, retour à la réalité…

*** Au four et au moulin
Le pauvre Ben Bernanke ne sait plus où donner de la tête…

*** Un torrent de ténèbres (4)
Ces fermes peuvent fournir de l’énergie pour de grands centres démographiques côtiers, où les terrains disponibles sont limités.

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Bonjour,

*** SORTI SUR UN COUP DE TETE

** L’entame du second semestre apparaît nettement plus laborieuse que celle de l’année 2006. Cela ne manque pas de nous alerter, puisque le quatrième trimestre de l’année 2005 avait été marqué par un très net ralentissement de la croissance aux Etats-Unis, tandis que les six premiers mois écoulés devraient se solder par un rythme moyen supérieur ou égal à 5%.

Le consensus des analystes table sur une progression moyenne de 10% des profits des entreprises (9,7% pour être très précis) à l’issue du second trimestre 2006. Cependant, les premiers résultats et prévisions disponibles depuis le milieu de la semaine dernière ont été caractérisés par une série de déceptions dévoilées par AMD, Red Hat, 3M, Business Objects et EMC ce lundi même. Certains titres comme Sandisk chutent même de manière abyssale (-12% en quatre séances), sans qu’aucune information émanant de l’entreprise ni avis négatifs de brokers n’expliquent les dégagements qui s’opèrent de façon particulièrement agressive.

Le Nasdaq continue de sous-performer très largement les indices historiques comme le Dow Jones ou le S&P, la disgrâce de certaines vedettes emblématiques comme eBay, Lucent, Yahoo!, Qualcomm, JDS Uniphase, Flextronics étant difficilement compensée par la bonne tenue d’Apple ou de Google depuis le début de l’année.

L’explication semble résider dans la combinaison de facteurs fondamentaux comme la concurrence effrénée dans le secteur des semi-conducteurs et des équipements de réseaux. Elle concerne également, de façon plus mécaniste (mais tout se rejoint), le tarissement progressif des liquidités consécutif aux 17 tours de vis successifs orchestrés par la Fed, alors que l’afflux de pétrodollars ne compense plus le manque de marge de manœuvre interne des gérants américains.

Certes, le baril de pétrole vient d’établir un nouveau record algébrique à 75,5 $, mais n’oublions pas qu’en septembre 2005 puis en avril 2006 — second test des 75 $ –, le billet vert se traitait entre 1,20 et 1,22/euro, c’est-à-dire 5% à 7% au-dessus des niveaux actuels. Une fois convertis en euros, les revenus des pays producteurs sont en retrait par rapport aux précédents pics historiques des neuf mois écoulés, et la balance ne pencherait en leur faveur qu’avec le débordement du seuil des 80 $ sur le NYMEX.

Parmi les facteurs récurrents qui menacent la sérénité des investisseurs jugeant les actions bon marché dans un contexte d’inflation maîtrisée, il y a l’hypothèque géopolitique : les provocations coréennes, le soudain silence entourant le dossier iranien (où rien n’est réglé), les guérillas incessantes au Nigeria, l’instabilité politique du Venezuela… et nous passons rapidement la situation au Proche-Orient puisque dans ce cas précis, les médias assurent une couverture relativement serrée des tensions israélo-palestiniennes.

** La Coupe du Monde a quelque peu distrait certains opérateurs des pesanteurs du climat géopolitique international. Une Coupe du Monde placée sous le signe de la lutte contre le racisme mais dont l’épilogue — et notamment l’expulsion de l’icône de l’équipe tricolore à la 110ème minute — pourrait démontrer que le combat à mener est encore long et que certaines provocations verbales plongent leur racines dans un terreau de xénophobie entretenu par certaines formations politiques extrémistes qui ne dissimulent pas leur rejet d’une société plurielle.

Les instances judiciaires internationales jugeront s’il y a matière à poursuivre certains joueurs; ce serait effectivement le cas si les propos tenus dimanche soir sur le terrain en fin de match sont bien ceux que certains médias britanniques ont rapportés.

Après le clash des banlieues en France l’automne dernier, la finale du dimanche 9 juillet pourrait à son tour révéler à quel point les fractures sociales provoquent une aggravation des crispations sociales et une montée des communautarismes — aux antipodes des principes qui ont présidé à la construction de l’Europe depuis plus d’un demi-siècle.

En l’espace de deux générations, beaucoup d’illusions se sont dissipées. Certains économistes veulent pourtant croire que le Mondial 2006 suscitera une nouvelle vague d’optimisme et un rebond de la confiance des ménages se soldant par 0,3 points de croissance supplémentaire d’ici la fin de l’année.

Mais les conditions macro-économiques ont changé… Le boom technologique de 1998/2000 est révolu, et la bulle immobilière 2002/2005 ne submerge plus les marchés américains de liquidités provenant de l’extraction de valeur.

** Les gérants de fonds action ont déjà pris en compte ce basculement, et adaptent leur stratégie à une hypothèse d’assèchement progressif des flux alimentant non seulement Wall Street, mais également les marchés émergents.

Voilà probablement pourquoi les valeurs à faible et moyenne capitalisation apparaissent délaissées depuis trois mois. Cela se confirme d’ailleurs en ce début de second semestre : le CAC 40 affiche +0,4% depuis le 3 juillet tandis que le SBF 80 recule de 1,45%, soit un différentiel de pratiquement 2% — et le contraste est encore plus saisissant depuis le 10 mai dernier.

Les opérateurs n’ont donc pas quitté le terrain des petites ou des moyennes capitalisations sur un coup de tête. Il s’agit d’une tactique mûrement réfléchie, qui s’inspire du principe selon lequel en période de sécheresse, il vaut mieux se tenir sur les berges d’une rivière paresseuse mais dont les eaux — devenues tièdes — sont profondes… plutôt qu’au bord d’un torrent dont les eaux sont certes plus rafraîchissantes mais dont le débit est susceptible de se tarir au bout de quelques journées de fortes chaleurs.

En l’occurrence, ce sont les taux qui commencent à faire transpirer les investisseurs ; des rendements de 5,15% à 5,50% d’ici la fin de l’été risquent d’exercer une concurrence féroce par rapport à des actions qui peinaient à trouver un second souffle ce lundi, non seulement aux Etats-Unis mais également en Europe, où l’Euro-Stoxx 50 plafonne, depuis le 3 juillet, sous les 3 670 points.

Philippe Béchade,
Paris

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—————————– (publ.)

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Une performance moyenne de 23,84%
Des gains de +50%… +69,77%… +67,86… +88,10%… depuis début mai 2006…
Sans compter les plus-values de 106,90%… 100%… 104%… 91,80%… 117,10% et même 679%… engrangées durant la première partie du 1er semestre 2006 !

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** AU FOUR ET AU MOULIN

** Pauvre Ben Bernanke. Le malheureux doit être à la fois au four et au moulin, de Stamford Bridge à Hastings, luttant contre les Vikings puis contre les Normands. L’inflation ici et la déflation là. Oui, il combat sur deux fronts.

* Publiquement, sa grande bataille se livre contre l’inflation. Les taux ont grimpé d’un quart de point supplémentaire il y a une semaine de cela, pour la 18ème fois consécutive. Et voilà que les journaux nous annoncent qu’il portera un autre coup à l’inflation le mois prochain. Nous en sommes également convaincu — mais pour des raisons complètement perverties, que nous allons expliquer.

* "D’ici août, la Fed pensera à baisser les taux", déclare le vétéran Richard Russell.

* Russell a généralement raison. Et nous admettons être quelque peu désorientés, à la Chronique Agora. Mais quelle guerre Bernanke mène-t-il vraiment — est-ce contre l’inflation ou contre la déflation ? Laquelle représente la plus grande menace ?

* Si nous regardons avec attention un graphique des rendements obligataires, nous en arrivons à la conclusion que le grand marché haussier des obligations est terminé. Il a pris fin il y a trois ans de cela. Cela signifie que le crédit est en train de devenir plus cher, et non meilleur marché. Et si nous avons raison, cette tendance ne peut être stoppée en actionnant quelques leviers et en tournant des boutons à la banque centrale. Trop de gens sont trop endettés. Ils doivent rembourser leurs dettes, les liquider et s’en sortir. C’est ce qui doit se produire avant qu’un nouveau round d’inflation du crédit puisse commencer. Mais ce processus peut prendre des années. Une génération entière de grands dépensiers doit apprendre une leçon importante : dépenser de l’argent ne vous rend pas plus riche. Ce n’est pas une leçon facile, et on ne l’apprend pas du jour au lendemain. En fait, il ne serait pas surprenant qu’il faille une décennie ou plus. Et en attendant, vous pouvez vous attendre à pas mal de grincements de dents.

** Tout le monde apprécie un boom du crédit. Tout le monde pense avoir plus d’argent. C’est là le sale petit secret des banques centrales modernes. Elles ne fonctionnent que par la ruse et la fraude, débauchant silencieusement la devise, de manière à ce que les gens fassent des erreurs. L’homme d’affaires pense qu’il y a plus de demande pour ses produits qu’il n’y en a en réalité. Le consommateur pense avoir plus de pouvoir d’achat qu’il n’en a réellement. Le prêteur pense que l’emprunteur est un meilleur risque qu’il n’est réellement. Tous ces faux points de vue mènent aux dépenses, à l’investissement et au prêt — qui ressemblent en tous points à un boom véritable.

* Mais c’est en réalité un ersatz de boom, un spectacle public fondé sur la fraude, développé en farce et se finissant en désastre. En fin de compte, tout le monde finit par trop s’endetter. La bulle trouve ensuite une épingle quelque part, et l’air s’en échappe. C’est la période que personne n’apprécie. Parce que c’est là que les gens découvrent qu’ils ont fait des erreurs, qu’ils sont trop engagés et qu’ils se sont fait avoir.

* Si, comme nous le pensons, nous sommes dans les premières étapes d’un désastre, le véritable ennemi de la Fed n’est pas du tout l’inflation ; c’est la déflation. En général, la contraction du crédit lamine tout sur son passage. Les revenus baissent. Les dépenses de consommation sont réduites. La croissance du PIB chute, ou passe même dans le négatif. Et les prix de la plupart des actifs financiers font le grand plongeon.

* Tant Bernanke que Greenspan ont reconnu l’ennemi : la déflation. Et ils ont haussé les taux non pour lutter contre l’inflation (même si c’est ce qu’ils semblaient faire) mais pour "recharger le fusil". Ils devaient augmenter les taux — afin de pouvoir les baisser dans leur lutte contre la déflation. A présent, avec 525 points entre maintenant et zéro, la Fed a au moins assez de munitions pour tirer une salve.

* Mais qu’est-ce qui les fera appuyer sur la gâchette ? Le signal de déflation le plus probable est un ralentissement des dépenses de consommation. Dans la mesure où les revenus des consommateurs stagnent ou déclinent, les dépenses de consommation dépendent de la santé et de la prospérité continue du marché immobilier. Et pour cela, le marché immobilier doit être arrangé comme un cadavre pour des funérailles. La Fed doit essayer d’empêcher les prix du logement de s’effondrer — à tout prix ! Cependant, le marché de l’immobilier dépend des taux longs, non des taux courts. Les prêts hypothécaires sont de la dette de long terme. Et les taux de long terme dépendent en grande partie de la vision qu’ont les prêteurs de l’inflation. S’ils pensent qu’un véritable guerrier de l’inflation est à la Fed, ils prêteront plus probablement à des taux bas. Par contre, s’ils voient que la Fed a les genoux qui flageolent… ou les mains sur la hampe d’un drapeau blanc… ils voudront probablement des taux plus élevés.

* Voilà pourquoi la Fed augmente encore les taux, même si elle considère la déflation comme la plus grande menace. Cela explique pourquoi Ben Bernanke pourrait augmenter les taux une fois encore en août, même si c’est la déflation qu’il craint vraiment ; il essaie simplement de maintenir les paiements immobiliers au plus bas, de manière à ce que le marché du logement ne tombe pas en pièces.

* Nous voyons désormais la stratégie de la Banque de Bernanke plus clairement : elle doit écraser les attentes inflationnistes tout en se préparant à lutter contre la déflation dès qu’elle apparaîtra. Lorsque les prix des actifs américains craqueront — c’est-à-dire lorsque les actions, les obligations et l’immobilier commenceront à l’effondrer –, on assistera à une nouvelle ruée de baisse des taux.

* Cela a si bien marché la dernière fois, de 2001 à 2004, que nous en avons été surpris. Dommage que ce ne soit pas le genre de tour qu’on peut réutiliser encore et encore.

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*** La Chronique Agora présente ***

Parmi les alternatives au pétrole et au gaz naturel, on compte l’énergie éolienne, nous expliquait Byron King hier… Aujourd’hui, il nous en dit un peu plus long sur le sujet.

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UN TORRENT DE TENEBRES — 4ème PARTIE
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Par Byron King (*)

En Europe, les cibles globales pour la croissance de l’énergie éolienne sont substantielles, même sans tenir compte de l’ambitieux programme suédois visant à s’affranchir des énergies fossiles. D’ici 2010, l’énergie éolienne devrait représenter 33% de toute la nouvelle capacité de génération énergétique, et fournir de l’électricité à plus de 86 millions de personnes.

Les turbines éoliennes offshore sur le marché peuvent fonctionner plus efficacement que leurs équivalents terrestres. Avec des pales pouvant balayer une surface aussi étendue que celle d’un terrain de football et une envergure équivalent à un immeuble de 30 étages, ces turbines éoliennes offshore peuvent être développées dans les "fermes éoliennes" de grande échelle. Ces fermes peuvent fournir de l’énergie pour de grands centres démographiques côtiers, où les terrains disponibles sont limités. En 20 ans, une ferme éolienne de 100 mégawatts remplacera un million de tonnes de charbon, ou près de 600 millions de m3 de gaz naturel.

Si l’on prend les éoliennes déjà en place d’un seul fabricant à titre de comparaison, l’utilisation de turbines, par rapport à la génération de carburant traditionnelle, permet d’empêcher l’émission de plus de 11 millions de tonnes de gaz à effet de serre par an. Les turbines éoliennes en place de cette société fournissent la même quantité d’électricité que celle nécessaire pour nourrir environ 1,5 millions de foyers américains. Ces turbines peuvent générer une quantité d’électricité similaire à l’énergie produite par 9,5 millions de barils de pétrole.

Il ne fait donc aucun doute que l’énergie éolienne, avec sa capacité à réduire l’émission de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, représente une opportunité d’investissement pour l’avenir.
[NDLR : Et si vous voulez mettre cette opportunité au service de votre portefeuille, il suffit de continuer votre lecture...]

Meilleures salutations,

Byron King
Pour la Chronique Agora

PS : Le titre de cet article provient de la première ligne d’un poème romantique d’Alfred Noyes, The Highwayman ("Le voleur de grand chemin", ndlr.), publié en 1906. "Le vent était un torrent de ténèbres parmi les arbres venteux", écrivait Noyes, en contant l’histoire d’un homme à cheval qui détroussait les gens sur les routes d’Angleterre. Le poème n’a rien à voir avec le charbon ou l’énergie éolienne, mais j’aimais le rythme et la sonorité des mots dans le contexte qui nous a occupés jusqu’à aujourd’hui.

(*) Byron King est diplômé de la faculté de Droit de Harvard et exerce actuellement en tant qu’avocat à Pittsburgh, en Pennsylvanie. Il est également rédacteur au sein de la lettre d’information e-mail quotidienne Whiskey & Gunpowder

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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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