Attache moi

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Jeudi 29 juin 2006
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*** Bientôt les soldes dans l’immobilier américain
Philippe Béchade va au-delà du "médiatiquement correct"…

*** Les junkers sont bien morts
Les Américains n’ont rien à voir avec les vaillants officiers de Frédéric le Grand

*** Attache-moi (1)
Les fédéraux américains ont fait tourner leur fidèle planche à billets, ces derniers temps. Heureusement pour eux, le Mogambo est attaché à une chaise dans la cuisine…

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Bonjour,

*** BIENTOT LES SOLDES DANS L’IMMOBILIER AMERICAIN ?

** Les places européennes nous ont offert un bien médiocre spectacle hier. Les scénaristes de ce très oubliable épisode boursier ont semblé s’acharner à ce que la trame de l’action demeure floue et les forces en présence incapables de prendre l’ascendant l’une sur l’autre plus de quelques poignées de minutes. Résultat, des scores nuls et vierges à Paris, Francfort, puis à Wall Street (mi-séance) pour un Euro-Stoxx en recul de 0,03%.

Les baissiers n’ont pas su se saisir de l’opportunité que leur procurait une chute de 1,6% du Nasdaq mardi soir, suivie d’une rechute de 2% de Tokyo mercredi matin. Le clan des optimistes n’a pas pu imposer sa conviction que ni la décision de la Fed aujourd’hui ni le diagnostic économique de Ben Bernanke ne sauraient faire davantage reculer Wall Street après la purge de la mi-juin.

Une posture d’autant plus pertinente que le nouveau secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, ne s’est jamais fait remarquer — lorsqu’il présidait aux destinées de Goldman Sachs — par ses appels résolus en faveur d’un dollar fort. Le problème de fond reste la quantité de liquidités drainée par l’économie américaine au cours des dernières semaines et l’évolution de la masse M3 (monnaie fiduciaire + crédit), dont la Fed a cessé de rendre compte depuis le milieu du mois de mars dernier.

** Nous avons horreur de ce genre de cachotteries ; nous avons donc tenté de brosser un portrait en creux de la situation, en nous concentrant sur la variable la plus sensible et la plus délétère, c’est-à-dire le crédit immobilier et le refinancement des prêts hypothécaires par des établissements spécialisés.

Aucune donnée macroéconomique officielle émanant d’un ministère ou d’un organisme parapublic américain n’étant disponible, nous sommes allé pêcher quelques précieuses informations du côté des comités interprofessionnels, tels que la Mortgage Bankers Association (MBA) ou la PMI Mortgage Insurance Company (MIC, membre du PMI Group).

Nous avons été sevrés de chiffres par la Fed ou le Département du Commerce depuis lundi : nous avons donc décidé de regarnir le tableau, non pas par plaisir masochiste (rien de plus ennuyeux que le déferlement d’une batterie de chiffres sur un tableur Excel)… mais bien parce que ce que nous avons extrait de la masse des données disponibles est significatif.

Pour résumer l’analyse du MBA puis du MIC (mentionnés au paragraphe précédent), les signaux de ralentissement conjoncturels dans le secteur immobilier sont contrebalancés par la vigueur de la croissance. Cette dernière entretient une demande soutenue dans les zones où les créations d’emploi sont en progression cette année — autrement dit, là où les constructeurs automobiles ou les industriels du textile n’ont ni usines, ni sous-traitants.

Si aucun "choc extérieur inattendu" ne survient, la tendance à une décélération globale des prix devrait se poursuivre à un rythme mesuré. Elle aboutirait à un équilibre entre une correction salutaire au sein des états "maritimes" (Californie, Washington/Seattle, états historiques de la côte Est répartis entre le Canada et la Caroline du Nord, Grands Lacs) et des états continentaux, avec une explosion de l’activité et des prix dans le Nevada et l’Arizona (Las Vegas et Phoenix), puis la Floride — avec une invasion de riches papy boomers exemptés d’impôts sur les revenus d’actions depuis 2003) –, le plus riche état du Sud, dont le gouverneur n’est autre que le frère (et futur successeur ?) de l’actuel président des Etats-Unis.

Voilà pour la version médiatiquement correcte de la conjoncture immobilière aux USA…mais nous ne résistons pas à la tentation de gratter le vernis et de vérifier l’état interne de la robinetterie du secteur bancaire spécialisé : quelques surprises nous attendent !

Les dépôts de dossiers de demande de prêts hypothécaires ont chuté de 6,7% la semaine dernière pour atteindre leur plus faible total depuis mai 2002 ; la décrue atteint -33% par rapport à juin 2005.

Les demandes de refinancement de prêts hypothécaires ont chuté simultanément de 7,5% et de 47% par rapport à la période correspondante de 2005

L’activité refinancement ne représente plus que 35% des dossiers, contre 80% à l’automne 2003. Les prêts à taux variables, de leur côté, ne représentent plus que 29% des demandes, contre 36% en mars dernier et 60% au printemps 2004 — juste avant le début du cycle de resserrement des taux de la Fed… lequel se prolongera aujourd’hui d’un 17ème tour de vis, et peut-être d’un 18ème fin août. C’est en tout cas ce que les analystes vont tenter de déterminer demain soir en décortiquant le communiqué final de Ben Bernanke.

Avant même que la Fed ait porté le taux directeur à 5,25%, les prêts à 30 ans ont bondi de 13 points en une semaine — de 6,73% à 6,86% (le coût le plus élevé depuis avril 2002). Le seuil psychologique des 7% devrait être atteint dès ce jeudi si l’inflation demeure le thème central du FOMC qui s’achève demain soir.

Peut-être trouverez-vous le raccourci un peu radical… mais quel jugement porterait n’importe quel analyste sur un secteur d’activité affichant une contre-performance aussi spectaculaire que celle que nous venons de dépeindre ?

Si le secteur du crédit immobilier était coté sous forme d’un warrant, il devrait un jour ou l’autre se mettre à évoluer de façon comparable au cours d’EADS le 14 juin, lorsque les marchés ont découvert que Noël Forgeard avait liquidé un joli paquet de stock options avant que les retards du programme Airbus A 380 soient révélés au grand public !

Philippe Béchade,
Paris

PS : Pour retrouver l’analyse de la séance en cours, téléphonez au 0899 707 009 dès 15h45 : Philippe Béchade vous y livre ses impressions sur les conditions boursières du jour… et surtout, ses recommandations pour votre portefeuille !
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** LES JUNKERS SONT BIEN MORTS

** On a un jour demandé à Frédéric le Grand pourquoi son corps d’officiers était composé uniquement de Junkers de Prusse, plutôt que de tout autre groupe de personnes. Pourquoi pas le fils intelligent d’un boulanger de Dresde ? Qu’est-ce qui ne va pas avec un solide fermier poméranien ?

* "Nein", a-t-il répondu, expliquant sa préférence pour les Junkers. "Ils ne mentent pas et ne peuvent être achetés".

* Les grands empires dépendent de la fiabilité de leurs officiers militaires professionnels, administrateurs et hommes d’affaires. La Grande-Bretagne en possédait de tels lorsqu’elle régnait sur les mers. Ils provenaient des écoles privées britanniques, et étaient envoyés au service civil de Sa Majesté. Nombre d’entre eux étaient incompétents — mais peu étaient malhonnêtes.

* Les Etats-Unis n’ont jamais vraiment eu de classe spécifique de fonctionnaires ; l’endroit a toujours été trop vaste et trop mobile. Un bon militaire pouvait provenir des mines de charbon de la Virginie ou des citadelles de l’élite de la côte Est. De même, un bon homme d’affaires peut provenir d’un ranch du Texas ou d’un service de comptabilité de San Francisco. L’histoire de la Seconde guerre mondiale, par exemple, montre comment ils se sont unis, et comment ils ont accompli leur tâche. Eux aussi étaient souvent d’une naïveté et d’une incompétence désespérées — par rapport aux Allemands, plus expérimentés. Mais peu d’entre eux volaient dans les caisses. Peu d’entre eux mentaient. Peu d’entre eux tiraient au flanc, fricotaient ou peignaient la girafe.

** A présent, plus d’un demi-siècle plus tard, tous ont l’odeur du dollar dans les narines. Les vapeurs semblent les intoxiquer ; ils diront n’importe quoi pour humer l’arôme du billet vert. Une bouffée un peu entêtante… et ils sont prêts pour une offre.

* Il y a tant de dollars qui traînent que l’odeur d’argent est irrésistible.

* Ainsi, nous entendons parler des "compensations" scandaleuses que s’accordent les dirigeants américains. Ce ne sont pas des Junkers. Au lieu de cela, ils nomment à la tête des "comités de compensation" des amis et des escrocs leur accordant des contrats juteux. Ils jonglent avec les bénéfices trimestriels et tirent des primes de plus en plus grosses de leur chapeau. Ils traficotent les chiffres à tel point qu’on pourrait croire qu’ils travaillent pour le département du Travail américain — où, en plein dans ce qu’on avait autrefois baptisé du terme pittoresque de "service public", nous trouvons d’autres trafiquants de chiffres à l’œuvre, embobinant le public.

* Et même à la périphérie de l’empire, où les soldats américains risquent leur vie, les incorruptibles Junkers ont disparu. Selon la presse, impossible de résister à l’attraction de l’argent. Des milliards de dollars sont gaspillés. Des contrats préférentiels sont passés avec les supporters de Bush, des enchères sont trafiquées, des produits ne sont jamais livrés, des tâches ne sont jamais terminées… ni même commencées. C’est comme si les grappilleurs d’argent réalisaient que la guerre n’est pas réelle, et l’utilisent comme une occasion supplémentaire d’obtenir quelque chose en l’échange de rien.

* Dans la mère-patrie, le citoyen lambda a lui aussi senti l’odeur du billet vert. Il a reniflé la Richesse Sans Travail sous la forme d’augmentations des prix de l’immobilier. Il n’a pas à construire un meilleur piège. Il n’a pas besoin de travailler plus dur ou d’épargner plus. L’honnêteté ne semble lui être d’aucune utilité. Peut-il être acheté ? Vous voulez rire ? Ce n’est qu’une question de prix. Tant que les prix des maisons continuent de grimper de 10% par an, n’importe qui peut avoir son bulletin de vote. Les prix des maisons grimpent donc… tandis que l’individu moyen prend l’argent et se lie — comme un esclave à un maître, comme un serf à son seigneur — aux remboursements immobiliers et aux subventions gouvernementales. Ce n’est pas un Junker solide et indépendant. Il ne peut pas se le permettre. Au lieu de cela, lui aussi est devenu un observateur de la Fed, parce qu’il sait que quelques hausses de taux supplémentaires suffiront à l’achever.

* Mais toutes les mauvaises choses ont une fin. Tout cela passera aussi, nous n’en doutons pas. Comment cela passera, et qu’est-ce qui passera avec… voilà que nous attendons de découvrir.

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Les fédéraux américains ont fait tourner leur fidèle planche à billets, ces derniers temps — avant d’acheter 1 423 milliards de dollars d’obligations gouvernementales la semaine dernière. Heureusement pour eux, le Mogambo est attaché à une chaise dans la cuisine…

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ATTACHE-MOI — 1ère PARTIE
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Par le Mogambo Guru (*)

Après avoir avalé une gorgée de café et une poignée de tranquillisants en tous genres, mon épouse m’a attaché à une chaise avant d’ouvrir le Wall Street Journal pour y consulter les derniers chiffres de la réserve totale de crédit bancaire, sur la page C12. Ayant bien serré tous les nœuds, elle a ramassé le journal, et a déclaré : "ils disent qu’il a grimpé de 2 460 $".

J’ai poussé un soupir de soulagement. 2,5 milliards de dollars, ce n’est pas trop mal pour une semaine. Un peu bas, même, peut-être ! Tout à coup, ma femme m’a jeté le journal à la tête et s’est dirigée vers la porte — sur quoi j’ai dit : "dis donc ! Et si tu regardais les titres gouvernementaux achetés d’office ?" Je n’ai entendu que du mépris dans sa voix tandis qu’elle disait : "regarde toi-même, goujat".

Je lui ai donc demandé : "bon, eh bien, si tu me détachais, pour que je puisse le faire moi-même ?", mais elle était déjà partie — même si je pouvais encore l’entendre marmonner tandis qu’elle s’éloignait dans le couloir.

Après un petit temps, je me suis lassé de hurler alternativement des supplications et des menaces de mort, et j’ai décidé d’essayer de voir par moi-même. Réussissant finalement à décoller un coin du ruban adhésif qu’elle avait collé sur mes yeux, j’ai utilisé mon Incroyable Super Vision Mogambo (ISVM) pour lire que les obligations gouvernementales US achetées d’office représentaient 1 423 $ — ce qui signifie que la Fed maléfique a acheté pour 1 423 milliards de dollars d’obligations gouvernementales la semaine dernière, après avoir créé l’argent pour le faire.

Quel montage ! C’est vraiment le nec plus ultra en matière de fraude fiscale, et ils devraient tous croupir en prison pour leur forfait. Si le gouvernement américain n’était pas composé de (pour rester poli) crétins stupides, ignorants, indignes de confiance, menteurs, corrompus et tricheurs, c’est là qu’ils finiraient.

Mais si j’ose me montrer à la Réserve fédérale afin d’y procéder à une arrestation citoyenne, vêtu pour l’occasion de mon plus beau costume de Rambo — avec bandeau rouge et mitraillette de calibre 30 sous mon Bras Viril et Musclé Mogambo (BVMM), les flics rappliquent toutes sirènes hurlantes — non pour m’aider à neutraliser les terroristes économiques qui se sont emparés de la Réserve fédérale, mais pour m’arrêter, moi ! Comme si MOI, j’étais coupable de quelque chose !

De toute façon, ces jours d’orgueil semblent bel et bien révolus, et me voilà coincé ici, ignominieusement ligoté à une chaise, essayant de voir par-dessous le bandeau qui me recouvre les yeux. Je m’aperçois ensuite que les réserves exigées dans les banques ont chuté pour retrouver le niveau insignifiant de 42,459 milliards de dollars.

Quelle fraude ! Quelle audace ! Quelle honte que les imbéciles présomptueux siégeant dans les universités de la nation américaine ne voient aucun inconvénient à un système bancaire dont les réserves fractionnelles sont hors de tout contrôle — et où, en plus, il n’y a littéralement Pas La Moindre Bon Sang De Réserve (PLMBSDR) ! L’argent est littéralement créé à partir de rien, sans le soutien de dépôts d’aucune sorte ! Le niveau de risque et de multiplication de la masse monétaire est complètement insensé ! On est au-delà de la folie ! Et pourtant, ça se passe sous nos yeux !

J’ai également remarqué que les détentions étrangères de dette américaine ont grimpé de 11,4 milliards de dollars la semaine dernière, et j’ai donc pu m’amuser aux dépens des étrangers tout en luttant pour défaire mes liens.

Si j’y parviens d’ici demain, je vous raconterai la suite…

Meilleures salutations,

Le Mogambo Guru
Pour la Chronique Agora

(*) Richard Daughty est associé gérant et directeur d’exploitation pour Smith Consultant Group, qui sert les secteurs financier et médical. Il est également l’auteur de la lettre d’information économique Mogambo Guru, un exercice visant à accumuler les sarcasmes sur ceux qui le méritent largement. Le Mogambo Guru est souvent cité dans le journal Barron’s ou dans le Daily Reckoning, l’équivalent américain de la Chronique Agora.

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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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