L’Histoire le prouve : on ne peut pas assainir le Marigot

Rédigé le 12 janvier 2018 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

Dans la prospérité, les escrocs et les profiteurs s’enhardissent, jusqu’au moment où leurs prébendes freinent l’économie…

Nous avons désormais tout une réserve de recherches historiques prouvant que…

… On ne peut pas assainir le Marigot !

C’est presque impossible.

Le processus est bien connu. Les riches deviennent plus riches. Et plus riches. Et encore plus riches. Le Marigot devient plus profond. Et plus profond. Et encore plus profond.

Et puis arrive soudain un « égalisateur » – une épidémie, une guerre, une révolution… ou l’effondrement du gouvernement.

Les gens sont alors bien plus égaux en termes de revenus… mais généralement aussi bien plus morts.

Revenons un peu en arrière.

Pourquoi les riches deviennent-ils si riches ?

En partie parce qu’ils sont intelligents, disciplinés et travailleurs (la vision traditionnelle du parti républicain)…

… En partie parce qu’ils utilisent leur capital pour le faire grandir plus encore (ils « gagnent de l’argent en dormant », comme l’a formulé François Mitterrand)…

… Mais surtout parce que le gouvernement truque le système en leur faveur (c’est ce sur quoi nous nous concentrons, à La Chronique).

Les inégalités ? Un phénomène naturel pas toujours mauvais

Nous n’avons rien contre les « inégalités » de richesse, en ce qui nous concerne ; peu nous chaut que nous soyons bien plus riche que le fermier pakistanais moyen… ou bien plus pauvre que le président Trump et ses compères.

Mais de nombreuses personnes n’aiment pas ça. Elles se lamentent, disant c’est annonciateur de désastre ou signe d’injustice. Le président Obama avait dit que selon lui, le problème de l’inégalité des richesses était « le défi qui définirait notre époque ».

En ce qui nous concerne, cela nous semble un processus naturel… pas forcément mauvais.

Les gens intelligents et ambitieux veulent toujours progresser. Les périodes de stabilité donnent à ceux qui sont honnêtes la possibilité de multiplier leur richesse en passant plus d’accords gagnant-gagnant. La société obtient ainsi plus de capital, ce qui améliore le sort général.

Le problème, c’est que les canailles, les crapules et la vermine profitent aussi. Ils s’enfoncent dans le bois pourri du gouvernement et construisent leurs nids dans ses coins et recoins.

Graduellement, les compères et les parasites pactisent. De nouvelles règles sont écrites. De nouvelles réglementations sont imposées. Le nombre d’accords gagnant-gagnant baisse ; il y a alors moins de gens qui contribuent à la croissance et à la prospérité.

Nous avons vu hier que la richesse réelle n’est engendrée que par des accords gagnant-gagnant – des échanges privés, volontaires, où chaque partie doit satisfaire son client.

Mais ensuite, une fois la richesse créée, elle est disponible pour être taxée et redistribuée par les autorités. A mesure que la société vieillit, le surplus de richesse augmente… et il en va de même pour les accords gagnant-perdant.

Les escrocs et les profiteurs s’enhardissent – obtenant des allocations, des ponts, des guerres, des bourses d’étude, des sinécures, des contrats, des monopoles, des subventions, des pilules et des protections. Le reste du monde, lui, obtient des réglementations, des règles, des impôts et de la dette.

Les taux de croissance ralentissent. Au cours du temps, les initiés gagnent de plus en plus. Les accords gagnant-perdant dominent. Le Marigot s’approfondit.

Les perdants d’une guerre deviennent les gagnants économiques

C’est pour cette raison qu’après une guerre, ce sont fréquemment les perdants qui finissent en fait gagnants. Leurs gouvernements ont été détruits (souvent, leurs usines et leurs champs aussi).

Dans le camp des gagnants, les initiés s’emparent de secteurs de plus en plus anciens et corrompus, de gouvernements gériatriques.

Dans le camp des perdants, l’ancien gouvernement a été démantelé… et les compères et zombies ont été chassés ou tués ; de la nouvelle richesse peut être créée à partir des ruines.

Après la Deuxième Guerre mondiale, par exemple, quelles étaient les économies les plus prospères ? L’Allemagne et le Japon.

Les Etats-Unis étaient au sommet du monde à l’époque. Leur industrie et leur système politique étaient intacts. Mais la république avait 175 ans ; comme l’avait prédit Eisenhower durant son discours d’adieu, « la bête brute traînait déjà la patte vers Washington DC ».

Winter is Coming

Nombreux sont les économistes – surtout dans les pages du Wall Street Journal – qui affirment que les récentes baisses d’impôts aideront tout le monde en « stimulant » l’économie.

Peut-être.

Mais l’économie US a été tant stimulée par des injections d’argent factice qu’elle en est toute tremblante.

Quelqu’un doit payer pour les ressources utilisées par les autorités. Donc à moins qu’il y ait une réduction des dépenses – ce qui n’est pas le cas – la baisse d’impôt est mieux décrite comme une récompense pour les riches que comme une aubaine pour l’économie.

Elle transfère le fardeau gouvernemental des riches contributeurs de campagne actuels vers les générations futures, les investisseurs obligataires inconnus et les consommateurs ignorants.

Qui finira par payer ?

Nous n’en savons rien… mais cette facture ne restera pas éternellement impayée.

Pendant ce temps, les riches profitent de la majorité des avantages ; ce qui était prévisible, après une aussi longue période de stabilité.

La partie est truquée, comme le disait « Le Donald ». Les riches deviennent plus riches.

Combien de temps tout ça peut-il durer ? Que va-t-il se passer ?

Eh bien… selon le livre de Walter Scheidel que nous mentionnions hier… cela peut durer longtemps… jusqu’à ce que cela ne puisse plus durer.

Ce n’est que rarement – voire jamais – qu’une société parvient à réduire sans violence la part de richesse qui va à ses élites. Tout comme les inégalités vivent par l’épée, elles meurent par l’épée.

C’est la violence (des accords gagnant-perdant) qui aide les riches à devenir plus riches. Et c’est la violence extrême – guerre, révolution, effondrement du gouvernement ou graves épidémies – qui abat leur pouvoir et leurs fortunes.

Une fois solidement installés aux commandes du gouvernement, les initiés ne lâchent pas facilement prise. On ne peut pas assainir le Marigot, en d’autres termes ; il faut d’abord que le système tout entier explose.

Lorsque ça arrive, les dettes sont effacées. Les actifs sont balayés. Et les riches cachent leur richesse… ou la perdent.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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