Il n’y a pas que l’argent dans la vie

Rédigé le 6 mars 2017 par | Bill Bonner, Defaut américain Imprimer

L’État américain va avoir besoin d’argent pour financer ses programmes. Comment va-t-il l’obtenir sans faire bouillir les émotions d’une bonne partie de ses citoyens ? De puissantes émotions sont à l’œuvre aux États-Unis… Des émotions qui n’ont pas grand-chose à voir avec l’argent. Les actions ont reperdu du terrain. La plupart des investisseurs pensent que le président Trump fait du bien aux marchés. Pourquoi ?

Revenons aux fondamentaux… pour essayer de comprendre ce qu’il se passe.

Le pouvoir d’un gouvernement repose sur trois prérogatives : il peut tuer des gens, leur prendre leur argent ou simplement les obliger à faire des choses qu’ils n’auraient pas faites autrement (les accords gagnant-perdant).

Tuer des gens, c’est souvent populaire. Si les gens ne comprennent pas très bien l’économie ou la finance, ils comprennent très bien qu’un dirigeant abatte leurs ennemis.

Mais c’est l’argent, notre thème de prédilection. Or tuer des gens ne va pas remplir davantage les poches des Américains.

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Alors pourquoi ne pas utiliser le pouvoir du gouvernement pour ponctionner de l’argent au peuple ? Voilà un accord gagnant-perdant classique. Comme nous l’avons déjà vu… en général, les accords gagnant-perdant n’enrichissent pas les gens. Mais ils peuvent en enrichir certains aux dépens des autres.

Les accords gagnant-perdant peuvent faire plaisir au peuple, en fonction de ceux que l’on ponctionne. Les programmes fiscaux de Trump vont alléger le fardeau de certains : les riches. Les taxes sur les entreprises vont être réduites, ce qui devrait être bénéfique pour les actions.

Mais attendez… Quelqu’un va devoir payer.

Qui ?

Trump a fait campagne en tant que candidat du « petit peuple ». Mais c’est le petit peuple qui va payer, via les taxes aux frontières, l’inflation, ou les transferts fondés sur de l’argent falsifié.

Bien entendu, ces contribuables qui ne sont pas riches sont également de grands consommateurs. Or les consommateurs sont les gens qui achètent les produits des entreprises. S’ils ont moins d’argent à dépenser, les ventes et les bénéfices des entreprises devraient baisser.

En outre, la capacité d’un gouvernement à faire du « bien » est inverse à sa capacité à ponctionner : plus il ponctionne, moins il reste d’argent aux gens… et moins il fait réellement du « bien ».

Une expansion bidon

Le programme fiscal de Trump est censé être « sans incidence sur les recettes »… ce qui signifie qu’il ne va pas creuser le déficit.

Mais déplacer le fardeau de la fiscalité d’un groupe vers un autre (en allégeant les taxes de certains et en augmentant celles des autres) prend du temps… génère de l’incertitude… et au bout du compte, l’économie se retrouve avec le même pouvoir d’achat net.

Et bien que les programmes fiscaux soient censés être sans incidence sur les recettes, ce n’est pas le cas des programmes de dépenses.

L’État aura besoin d’argent pour payer les 10% d’augmentation des dépenses militaires… et les 1 000 milliards de dollars gaspillés sur les infrastructures.

Ces dépenses représentent des ressources réelles que l’on retire du reste de l’économie afin qu’elles soient utilisées sur des projets que l’État (alias le Deep State) considère comme importants.

L’homme qui fait des miracles

Alors que va-t-il se passer, maintenant ?

Eh bien, il est encore possible que la Team Trump réduise le poids des accords gagnant-perdant qui pèsent sur d’autres domaines.

Il est prévu que le département d’État subisse un dégraissage. Il y a également le Bureau de gestion du territoire… et quelques autres administrations.

Le problème, c’est que même si on les dégraisse, cela représente infiniment peu.

Ce qui représente beaucoup, en termes de déficit, ce sont (1) les prestations sociales et (2) les dépenses militaires. Or les propositions de Trump vont avoir pour effet net de les augmenter, en démunissant le reste d’entre nous.

Alors à moins que « Le Donald » ne réalise un miracle semblable à la multiplication des pains et des poissons, l’électeur moyen ne trouvera là aucun soulagement… ni de véritable expansion… ni d’emplois supplémentaires… ni de hausse des revenus…

Mais la politique évolue dans le monde mystérieux et imprévisible des émotions humaines. Elle ne se limite pas à l’argent. On y trouve de l’anxiété aussi bien que du flegme, de la violence aussi bien que de la générosité.

Et heureusement pour Donald Trump, une nation ne se limite pas à son économie.

Le péronisme a gâché l’économie argentine, mais les « Péronistes » sont toujours populaires. Robert Mugabe est toujours au pouvoir au Zimbabwe après avoir saccagé l’économie du pays pendant ces trente dernières années. Nicolas Maduro est toujours aux commandes du Venezuela.

Quant aux Russes, ils ont regardé leurs revenus dégringoler pendant 70 ans avant de mettre enfin leurs dirigeants à la porte (et seulement en partie). Et malgré tout, certains d’entre eux ont conservé précieusement les photos du camarade Staline sur leur

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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