Impossible de sortir du trou noir de la dette

Rédigé le 9 octobre 2017 par | Bill Bonner, Dette Imprimer

L’Etat a besoin de plus en plus d’argent. En principe, il le prend aux riches mais ces derniers contrôlent l’Etat. Du coup, la dette a permis de combler le trou.

J’ai prononcé vendredi un discours devant un groupe d’investissement, à Londres. Les investisseurs veulent savoir ce qui nous attend. Les cours vont-ils augmenter ? Vont-ils baisser ? « Oui », répondrons-nous.

Au mieux, nous les aiderons à relier entre elles quelques données supplémentaires…

La semaine dernière, nous nous sommes penchés sur une donnée importante : la proposition de baisse d’impôt de Trump, qui provoque désormais indignation et perplexité dans tout le pays. Qui en profitera ? Qui paiera ?

D’abord, nous avons considéré que cette proposition était abjecte et inimaginable. Elle était idiote et inconséquente.

En outre, elle n’allait jamais passer. Alors pourquoi prendre la peine de se pencher dessus ?

Mais plus nous regardions, plus elle semblait dotée d’une sorte de force d’attraction, elle aspirait vers elle d’autres données majeures pour former une sorte de système planétaire… avec des lunes en orbite formant des schémas cycliques… des comètes et des astéroïdes apparaissant soudain, sans crier gare… et des tourbillons de poussière semant la confusion partout.

C’est l’univers dans lequel nous vivons !

Cette proposition de baisse d’impôt nous aide à le voir.

Le trou noir de la dette

Pourquoi le Congrès US ne peut-il faire passer une réforme fiscale sérieuse ?

Parce que l’Etat a besoin d’argent. Or il ne peut le prendre qu’aux gens qui en ont : les riches.

Mais les riches contrôlent le gouvernement et les commissions qui élaborent la fiscalité. Alors l’Etat est coincé. Et par conséquent, toute l’économie.

Comme sous l’ancien régime en France, avant que l’on ne commence à couper les têtes, le Deep State ne peut se réformer lui-même. Mais il faut quand même calmer la population : à coups de retraites, de médicaments et de prestations sociales qui coûtent cher.

Ces deux contradictions peuvent coexister – temporairement – avec le crédit.

Voilà pourquoi toutes les principales économies gèrent d’énormes déficits… et pourquoi un trou noir de la dette aspire vers le fond toutes les principales économies du monde… et les rapproche de plus en plus d’une crise de la dette.

Reprenons là où nous en sommes restés vendredi. Bien que la dette du gouvernement américain ait augmenté 20 fois depuis 1980, il n’y a aucun signe « d’éviction » sur les marchés obligataires (cet « effet d’éviction » illustre que l’augmentation des emprunts du gouvernement provoque une hausse des taux d’intérêt pour tout le monde).

Comment ça ?

Un crédit infiniment élastique

Vendredi, nous avons expliqué que ce nouvel argent falsifié… disponible aux taux très bas de la Fed… signifiait que le crédit était presque totalement élastique.

Lorsqu’il a commencé à se tendre – en 1987, 2000 et 2007, par exemple – la Fed a encore plus tiré dessus.

Les Etats-Unis ont alourdi leur dette de près de 10 000 Mds$ depuis 2007. Mais grâce à la Fed, qui a fourni tout l’argent qu’exigeait le système – et plus encore – les taux d’intérêt n’ont pas augmenté. Au contraire, ils ont encore baissé.

Ce fut le casse-tête d’Alan Greenspan, ex-président de la Fed.

Voici un casse-tête encore plus fort : comment est-il possible que la dette totale américaine – consommateurs, gouvernement et entreprises – comparée au PIB, ait pu augmenter de 35 000 Mds$ depuis 1980 ?

Ce sont 35 000 Mds de dépenses du secteur privé qui n’auraient pas existé si « l’effet d’éviction » – qui reliait autrefois argent réel, production, épargne et dette – avait été respecté.

Comment se fait-il que tout ce nouveau pouvoir d’achat, fondé sur le crédit, n’ait pas déclenché une envolée des prix ?

Le pouvoir d’achat doit bien aller quelque part. Oui, mais où ? C’est ce que nous verrons demain.

 

« D » comme dépression, déficit, dette, désespoir…

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

5 commentaires pour “Impossible de sortir du trou noir de la dette”

  1. Vous dites à propose de l’argent de l’état : « …en principe il le prend aux riches… »
    En tout cas en France, c’est la TVA qui finance la France en majeure partie. Or la TVA, tout le monde la paye, riche ou pauvre…
    Votre démonstration se base sur un postulat faux…

  2. Le trou noir de la dette sera payé comme d’habitude par la classe moyenne,c’est-à-dire la masse des contribuables, et les banques comme les multinationales ou les fonds de pension(= assurances) (banques masquées) ne paieront rien comme cela se vérifie depuis 3 siècles. Seule une Révolution comme celle de 1917 ou de 1789 changeront quelque chose et les têtes doivent être coupées! Mais hélas rien ne changera! Car RÉVOLUTION en latin signifie juste « retourner à l’envers »!! Rien ne change sinon les noms des banques et des grandes fortunes! Mais ce que ces gens et l’Humanité ne se rendent pas compte c’est que la planète Terre est arrivée à son point de saturation. Jusqu’ici on pouvait dilapider sa fortune comme la fortune de ses colonies ou des pays conquis. Il ne reste actuellement que les fortunes ou richesses de l’Afrique, de la Russie et de la Chine, pays qui feront tout pour les exploiter comme nous occidentaux imbéciles jusqu’à la fin! Et ils auront raison! Plus personne en Occident(=USA et éventuellement Europe qui ne vient que sur le tertiaire donc sans richesse…) ne produit une quelconque richesse. Que des emplois fictifs ou des postes zombies en administration donc payés par nous tous les contribuables! AUCUNE RICHESSE! Cela ne peut que finir mal et la digitalisation ne conduira le monde dit « en progrès » que vers la dictature absolue qui nous rendra tous très débiles et décérébrés pour la fin de l’Humanité! Merci la robotique et l’Intelligence artificielle qui seules accéderont aux autres planètes pour les dilapider à notre place. Car pas d’illusion l’Humanité aura cessé d’exister comme les espèces animales actuellement. Une belle EXTINCTION. Alors le capitalisme libéral… on peut se le foutre dans le cul sans être vulgaire! 😀

  3. Une question qui n’est jamais posée.
    Quel serait le développement des pays endettés, s’ils ne l’étaient pas ? Ces milliers de milliards de dollars sont bien passés quelque part ! Diront les braves gens qui travaillent.
    Oui ! Bien sûr ! Ils sont là qui tournent dans le circuit en exigeant leur part du butin.
    Ils sont entrés dans le circuit par l’intermédiaire des salaires des fonctionnaires et salariés des entreprises bénéficiant des dépenses publiques pour terminer au final, dans les dividendes versés aux actionnaires des entreprises accaparant les marchés publics.
    La plus grande partie de ce qui a été fabriqué et vendu, prétexte matériel sans réelle utilité, s’est évaporé, dans l’espace, en Irak, en Afghanistan, à la conquête du Vide. Ces matériels coûteux, s’ils n’ont pas explosé ou brûlé, rouillent quelque part, ni plus, ni moins inutiles que lorsqu’ils étaient neufs.

  4. Daniel,vous dites « Quel serait le développement des pays endettés, s’ils ne l’étaient pas ? Ces milliers de milliards de dollars sont bien passés quelque part ! … »

    Ils seraient « quelque part » si la fiducia (la confiance) existait vraiment, or elle n’existe pas. Pour qu’une dette ait une valeur faut-il encore que le créditeur comme le débiteur accepte son existence et sa valeur immuable. Or ce n’est plus le cas de puis très longtemps. On appelle ça « enfumage » ou en vulgaire « enculer les mouches » 😉

  5. Patrick, le postulat n’est pas que l’état prend aux riches mais que : « L’état devrait prendre aux riches mais ce sont eux qui détiennent le pouvoir sur les instances gouvernementales qui devraient réaliser ces actions » mais pas du tout « l’état prend aux riches ». Le postulat est tout à fait exact et l’article en ce sens très juste.

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