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La Chronique Agora
Paris, France
Mercredi 14 février 2007
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*** Lits chauds, lits froids…
… et autres raisons de mal dormir !
*** Argent de plus en plus intelligent
Signes annonciateurs, baisses boursières et vol de mouettes…
*** Qui l’eut cru ?
L’ingratitude fait des ravages dans tous les domaines, de nos jours…
*** Une théorie générale de la stupidité (3)
De l’origine de l’inadaptation des hommes à leur propre civilisation
—————————– (publ.)
Simple, rapide, profitable…
Mettez le swing trading au service de votre portefeuille !
Cette forme d’investissement a permis de cumuler des gains de 173,83% en 2006 grâce au système de trading le plus simple et le moins contraignant que je connaisse.
Pour en profiter à votre tour, continuez votre lecture…
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Bonjour,
*** LITS CHAUDS, LITS FROIDS…
** Allons, allons, cher lecteur… avez-vous seulement cru un instant que le CAC 40 venait de valider lundi soir un signal technique baissier en clôturant en repli de 0,85%, sous les 5 645 points ? Cela alors que l’Eurotop 100 avait préservé la veille les 3 175 et l’Euro-Stoxx 50 les 4 210 points… sans oublier que Londres — anticipant une séance sans gros écarts négatifs ni volatilité à Wall Street — s’était contenté d’un repli symbolique d’à peine 0,45% ?
Les valeurs françaises, avec un rebond de 0,7%, ont effacé ce mardi l’essentiel des pertes de la veille (à 0,15% près). Le CAC 40 a sagement réintégré le corridor 5 655/5 710 en vigueur depuis le 1er février, se repositionnant — et c’est la principale information technique du jour — au-dessus du support oblique des 5 670 points (base du biseau ascendant en formation depuis le 4 décembre 2006).
L’indice hexagonal n’aura donc commis qu’un petit faux pas lundi soir. Comme on dit dans le jargon cycliste, il ne s’était laissé décrocher du peloton par l’arrière que pour mieux aller "recharger la musette" : il a rapidement rejoint ses coéquipiers et s’est solidement calé dans la roue de Francfort ou d’Amsterdam (+0,5 à +0,6%), avant d’accélérer en fin de séance et de battre tout le monde au sprint.
Autre indication favorable : le marché parisien en a terminé au plus haut. Cela pourrait préfigurer un retracement des 5 700 points dès mercredi matin, si l’accélération à la hausse du Dow Jones (+0,85% dans le sillage d’Alcoa qui fait l’objet de rumeurs d’OPA à 40 milliards de dollars de la part des conglomérats miniers britanniques Rio Tinto BHP Billiton), se confirmait en clôture.
Certains opérateurs jugeront peut-être plus sage d’attendre de connaître le détail du discours de Ben Bernanke demain ; le patron de la Fed pourrait adopter un ton plus musclé au sujet de l’inflation… mais les cambistes semblent ne pas trop y croire, comme en témoigne le repli du dollar sous les 1,3030/euro.
De toute façon, nous continuons de nous demander ce qui pourrait bien déstabiliser Wall Street dans le climat de confiance actuel. Les investisseurs US se sont ri du déficit commercial record cumulé de 764 milliards de dollars aux Etats-Unis pour l’année 2006 (dont 61,2 milliards pour le seul mois de décembre) ; ils n’ont même pas tressailli en découvrant que les importations en provenance de la Chine totalisaient 287 milliards de dollars… contre seulement 55 milliards de dollars d’exportations — ce qui représente quelques Boeings, quelques licences d’exploitation de brevets, des droits audiovisuels puis une ou deux centrales nucléaires.
** La France est à peine mieux lotie : notre commerce extérieur a plongé dans le rouge — du fait essentiellement de la facture pétrolière — pour atteindre un déficit voisin de 30 milliards d’euros.
Cela aurait été un moindre mal si la croissance avait été au rendez-vous… mais ce fut loin d’être le cas : la hausse du PIB s’avère limitée à 2% (contre 2,1% anticipés et 2,5% promis par Thierry Breton à l’automne dernier), alors que la moyenne a été de 2,7% dans l’Euroland contre 1,4% en 2005.
La France a manifestement beaucoup moins profité de la croissance mondiale (5%) que des pays comme l’Allemagne, championne toutes catégories des exportations, ou comme l’Espagne, qui revendique une hausse de 3,8% de son PIB en 2006.
Mais il faut se garder de tirer de ses laisser abuser par des chiffres étincelants. Ce type de croissance recouvre souvent une "fraude" ; les Etats-Unis en sont le meilleur exemple, avec une croissance basée sur une bulle de crédit et désormais tirée — à l’arme lourde — par les dépenses somptuaires engendrées par le désastre irakien.
** L’Espagne est l’exemple archétypal d’une économie dopée aux amphétamines par l’explosion du secteur immobilier et un taux d’endettement record des ménages. Alors que son PIB a progressé deux fois plus vite que le nôtre, la productivité a reculé de 0,5% en 2006 !
L’autre moteur de la croissance ibérique est en revanche plus sain, et ne tourne pas en sur-régime comme le BTP et le crédit qui lui est associé : la bonne santé économique de pays d’Amérique Latine comme le Mexique, l’Argentine, le Venezuela ou le Costa Rica soutient l’activité des groupes bancaires, des services aux collectivités et des groupes agroalimentaires (y compris la filière viticole).
Le tourisme demeure également une valeur sûre — et si l’immobilier est en pleine ébullition, c’est également dû à ce phénomène de migration des riches retraités nord-européens vers l’Espagne qui s’impose en quelque sorte comme la Floride de l’Europe. Un court séjour à Marbella ou dans les banlieues maritimes chics de Barcelone, Malaga ou de Cadix suffiraient pour vous en convaincre…
** La Suisse connaît d’ailleurs un peu ce genre de boom immobilier — non seulement pour cause de délocalisation traditionnelle des grandes fortunes mondiales à la recherche de l’anonymat fiscal… mais également parce que la qualité des services et la "sécurité" qu’offre ce pays attirent une clientèle qui redoute la violence qui sévit en Russie et ex-pays de l’Est ou en Amérique du Sud. Sans oublier que l’on y mange aussi bien qu’en France, tandis que les prestations hospitalières (ou celles proposées par les cliniques privées à des patients qui disposent de budgets illimités) sont les meilleures de la planète.
Les Suisses, qui ne passent généralement pas pour des miséreux, s’alarment de l’invasion de certaines stations jet set par les nouveaux tycoons de la mondialisation ; ces derniers font flamber les prix de l’immobilier et rendent l’accès à la propriété très compliqué du point de vue budgétaire pour les locaux… sans négliger un autre aspect qui devient franchement angoissant et qui concerne les permis de construire.
La population helvétique a beau progresser plus lentement que celle de la France ou de l’Espagne, l’éclatement des familles (là-bas aussi !) induit une demande de logements en hausse constante depuis 20 ans. Les instances confédérales ont bien pris conscience qu’il se construit davantage de "lits froids" — pratiquement inoccupés, sinon quelques semaines à l’année par de riches propriétaires étrangers — que de "lits chauds" à l’usage des familles résidentes, et les zones constructibles ne sont pas extensibles à l’infini.
** Les Américains, eux, ont d’autres soucis avec l’immobilier. Si la multiplication des saisies de biens hypothéqués n’émeut guère l’actuelle administration républicaine, Wall Street, en revanche, ne devrait pas tarder à se pencher avec inquiétude sur la santé financière des établissements créanciers et des principales banques commerciales.
HSBC a été la première à augmenter spectaculairement ses provisions pour cause de créances douteuses ; d’autres ne tarderont pas à suivre, contraintes et forcées. Les permis de construire risquent également de devenir un vrai problème, non point du fait de la raréfaction des terrains à bâtir… mais bien du fait de la pénurie de la demande émanant de promoteurs.
Les prochains chiffres relatifs aux demandes de permis de construire aux Etats-Unis constitueront peut-être la clé de la conjoncture boursière mondiale : nous commencerons sans doute à être fixés dès la semaine prochaine.
Si l’immobilier capote aux Etats-Unis… ce sont les investisseurs qui ne sauront bientôt plus où ils habitent !
Philippe Béchade,
Paris
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Eric J. Fry nous donne les dernières nouvelles de Wall Street
*** ARGENT DE PLUS EN PLUS INTELLIGENT
** "Les signes annonciateurs d’une correction boursière flottent au-dessus de nos têtes comme un vol de pigeons au-dessus d’une voiture de sport fraîchement lavée", observe notre collègue Jeff Clark, rédacteur du Short Report. "Pourtant, les investisseurs ne se soucient pas de remonter la capote de leur cabriolet".
- L’un des "signes annonciateurs" qui tracassent Jeff est la faiblesse du cours de l’action de Merrill Lynch. Comme l’observait Jeff le mois dernier, "cette valeur est l’un des meilleurs indicateurs boursiers avancés que j’aie jamais vus. Si l’évolution du cours de Merrill Lynch est baissière, vous pouvez quasiment toujours parier que le marché dans son ensemble est sur le point de chuter. Dans ma société de courtage, on avait même un petit proverbe : ‘ce que Merrill fait, la Bourse le fait aussi’. Et en ce moment", continuait Jeff, "le graphique de Merrill Lynch semble baissier".
- Merrill Lynch a chuté de près de 6% depuis le 12 janvier — une des raisons pour lesquelles Jeff soupçonne que le S&P 500 pourrait lui aussi glisser de ses récents sommets historiques.
- "En mai dernier", remarquait Jeff ce matin, "Merrill Lynch a atteint un sommet le jour où l’entreprise a annoncé des bénéfices record. Le cours a ensuite plongé sous sa moyenne mobile à 50 jours et a fini par perdre 20%. Le S&P 500 a suivi les actions Merrill Lynch à la baisse et a abandonné 8%. Le mois dernier, Merrill Lynch a atteint un nouveau sommet le jour où la société a annoncé des bénéfices record. Vendredi dernier, le cours est passé sous sa moyenne mobile à 50 jours. Est-ce quelqu’un se soucie de savoir ce qui devrait suivre ?"
** Les dernières données du Commitment of Traders Report du CFTC nous fournissent des preuves supplémentaires du fait que la Bourse pourrait bientôt redescendre de ses hauteurs. L’"argent intelligent" — les traders commerciaux — augmente ses positions à découvert nettes sur les futures du S&P 500 depuis plusieurs semaines.
- Les commerciaux, souvent appelés "l’argent intelligent", ont accumulé leurs positions à découvert nettes les plus considérables juste avant la baisse boursière de mai-juin dernier. Il n’est pas étonnant de voir les investisseurs individuels — également appelés "l’argent idiot" dans les milieux financiers — prendre l’autre côté de cette position. La masse, qui a souvent tort, a accumulé sa position longue nette la plus importante depuis plusieurs mois.
- L’argent intelligent n’est pas toujours intelligent, bien entendu… et l’argent idiot n’est pas toujours idiot. Mais lorsque l’argent idiot commence à faire montre d’un degré extrême de confiance et de complaisance, l’argent intelligent commence généralement à sembler vraiment intelligent.
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** QUI L’EUT CRU ?
** L’une des grandes merveilles de l’histoire financière moderne, c’est la manière dont l’Irlande est passée du statut du pays le plus pauvre d’Europe de l’ouest à celui de pays le plus riche — en à peine 20 ans.
* C’est dommage, en un certain sens.
* Ca aurait été bien mieux si la prospérité irlandaise était arrivée un peu plus tard — après que les goûts architecturaux aient un peu évolué. Nous sommes passés brièvement en Irlande hier… et nous y avons vu des sites en construction partout — la plupart de très mauvais goût. Les Irlandais vont devoir vivre avec ces bâtiments pendant de nombreuses années. Nous doutons que les futures générations leur soient très reconnaissantes.
* Le secteur immobilier semble plein d’ingrats de l’autre côté de l’Atlantique aussi. Regardez les pauvres prêteurs aux Etats-Unis. HSBC et Century Financial ont pris une volée de bois vert la semaine dernière, lorsqu’on a appris que les gens ne pouvant pas se permettre d’acheter une maison n’étaient pas les meilleurs candidats au prêt. Qui aurait cru une chose pareille ? Les prêteurs n’ont bien entendu aucune raison de se sentir embarrassés.
* Ils ont fait de leur mieux. Ils ont offert aux gens une chance d’accéder à la propriété. On ne peut pas vraiment faire plus que ça. Et ces nigauds les ont laissé tomber. Lorsque l’heure est venue de rembourser l’argent qu’ils avaient emprunté, les emprunteurs ont commencé à toussoter, à regarder en l’air… "j’ai envoyé le chèque hier", ont-ils dit, en tambourinant nerveusement des doigts sur la table. "Pouvez-vous attendre jusqu’au mois prochain ?", ont-il demandé en se glissant vers la sortie. "Voilà les clés", ont-ils déclaré en se précipitant vers la porte. Vous parlez d’une gratitude.
* L’ingratitude fait également des ravages au Moyen-Orient. Une autre journée sanglante en Irak hier, selon la BBC. Chaos, bains de sang, attentats, meurtres… tout ça au journal télévisé.
* Qu’est-ce qui se passe, avec ces Irakiens ? Les Etats-Unis dépensent tout leur argent (et de l’argent qu’ils n’ont pas)… sans parler de sacrifier 3 000 de ses propres soldats… afin d’apporter paix et liberté à l’Irak. Mais ces idiots d’Irakiens n’y arrivent pas. Les Américains n’ont rien à se reprocher, ça va sans dire. Ils ont essayé… ils ont trimé… ils leur ont donné le précieux cadeau de la démocratie… les élections… les contrats… et regardez ce qui s’est passé. Ils ont tout fichu par terre.
* Qui l’eût cru ?
** Les marchés sont encalminés dans une mer de complaisance, nous plaignons-nous depuis des semaines. Eh bien, lundi, quelque chose a bougé.
* La vigie semble avoir repéré un mouvement menaçant à l’horizon. Le Financial Times prévient que l’orage pourrait approcher :
* "Plus de 22% des 400 et quelques entreprises du S&P 500 ayant annoncé leurs résultats pour le quatrième trimestre 2006 ne répondaient pas aux prévisions de Wall Street. C’est le niveau le plus élevé de ‘coups manqués’ depuis le troisième trimestre 2004, selon les estimations de Reuters".
* "Ce pic de déceptions augmente les chances de voir les entreprises américaines mettre fin à trois ans et demi de croissance à deux chiffres des profits trimestriels au dernier trimestre 2006 plutôt qu’au début de 2007, comme on s’y attendait".
* Et du Bureau américain d’analyse économique nous parvient une révision : le PIB américain du quatrième trimestre 2006 était bien loin de 3,5%… et plus proche des 2,5%. Quelle surprise : dépenser et emprunter ne vous rend pas plus riche !
* Les investisseurs et les spéculateurs sont peut-être encore complaisants, mais d’autres ne le sont pas. Les initiés quittent le navire. Vickers Weekly Insider Report analyse les rapports d’initiés que les entreprises doivent déposer à la SEC [équivalent américain de l'AMF, ndlr.]. Au cours des ans, on a calculé que le ratio de long terme ventes d’initiés/achats d’initiés tourne autour des 2,5/1. Au cours des six derniers mois, ce ratio ventes/achats est passé à 13/1, note Vickers. C’est bien plus élevé que la moyenne de long terme de 2,5 contre 1, et cela signifie que les initiés deviennent nerveux.
* Mais voilà qu’arrive un expert déclarant que ce n’est pas nécessairement le cas. Sejat Seyhun, professeur de finance à l’Université du Michigan, affirme que les ventes des initiés ne sont pas toujours ce qu’elles semblent être. Un certain nombre de facteurs rendent les données brutes sur les ventes peu fiables en tant qu’indicateurs de la confiance des consommateurs. Pour commencer, bon nombre des ventes concernent des stock options, où seules les ventes sur le marché libre sont décomptées, si bien qu’il semble qu’il y a plus de ventes que d’achats. Ensuite, les chiffres ne nous disent pas où le prix de l’action pourrait se diriger. Le professeur a donc élaboré son propre Indice de Confiance des Initiés depuis 1975. Et selon lui, la confiance est exactement là où elle devrait être — ni plus, ni moins.
* Juste comme l’aime Boucles d’Or-Goldilocks.
* Dans les bureaux de la Chronique Agora, en tant qu’économistes littéraires, nous aimons aussi les contes de fées.
* Mais nous allons maintenir notre drapeau d’Alerte au Krach, merci beaucoup.
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Le CAC 40 à 6 000 points… ou à 4 600 ?
Le pétrole à 45 $… ou à 80 $ ?
Economie mondiale en plein boom… ou krach globalisé ?
2007 pourrait être une année agitée : vos investissements sont-ils prêts à tout ?
Avec une performance moyenne de 92,34% depuis 1992… et des gains de 69,77%, 35,52%, 29,56%, 42,90% (entre autres) en 2006… voici le moyen d’affronter tout ce que l’avenir boursier peut nous réserver !
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*** La Chronique Agora présente ***
La Chronique Agora présente : Si vous vous demandez depuis toujours pourquoi la politique et la finance sont aussi incompréhensibles pour le commun des mortels, cher lecteur, n’allez pas plus loin : Bill Bonner a la réponse, ci-dessous…
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UNE THEORIE GENERALE DE LA STUPIDITE — 3ème PARTIE
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Par Bill Bonner (*)
"Où se trouve le cochon avec un Q.I. de plus de 140 ? Où est le perroquet capable de décliner un verbe latin ? Ou un baleine pouvant écrire des sonnets ?", nous demandions-nous hier en fin de Chronique. La réponse est simple :
Ca n’existe pas. Peut-être n’ont-ils pas la matière grise nécessaire. Mais les baleines tueuses ont des cerveaux sept fois plus grands que ceux des êtres humains. Les cachalots, qui ne sont pas les plus grands animaux de la planète, ont le plus gros cerveau. De toute évidence, nous devons en conclure qu’un cerveau plus grand n’est pas la garantie d’une meilleure intelligence. Les animaux ont l’intelligence dont ils ont besoin pour les circonstances dans lesquelles ils ont évolué… S’ils en avaient plus, ce serait non seulement gâché — mais ce serait également contre-productif : cela mènerait le pauvre cochon à se vautrer dans l’angoisse existentielle alors qu’il devrait se contenter de la boue.
De même, nous pouvons supposer que l’intelligence humaine est elle aussi bien proportionnée pour la vie que menaient les humains lorsque l’espèce était en pleine évolution — c’est-à-dire il y a des centaines de milliers d’années. A l’époque, les gens vivaient en petits groupes dans la forêt, et cherchaient des larves sous l’écorce des arbres pour se nourrir, plutôt que de vivre dans des immeubles climatisés à Manhattan et gagner leur vie en vendant des swaps à des fonds de couverture. En d’autres termes, nous sommes parfaitement évolués pour un style de vie différent… avant l’invention de la télé-réalité ou des banques centrales.
Au temps jadis, les choses avaient un sens différent. Un homme pouvait voir ses ennemis… et il savait ce qui se passerait s’il ne les affrontait pas. Il se dressait donc aux côtés de ses camarades… et luttait à mort si nécessaire… pour défendre sa tribu, sa famille et son petit clan. Aujourd’hui, lorsqu’on l’envoie apporter la démocratie aux païens, il obtempère quasiment sans broncher. Mais il lutte encore comme si sa petite bande était attaquée par des loups ou des barbares. Il se bat pour protéger ses camarades… et ses amis… non la "démocratie" ou "le droit divin du souverain". Toutes les études menées sur des soldats le prouvent ; malgré cela, ils sont quand même fêtés en héros à leur retour, même s’ils ne faisaient que remplir la machine à boissons au camp de base ou lancer des bombes sur des gens n’ayant pas de défense anti-aérienne.
Les humains ont évolué en petits groupes, au sein desquels ils pouvaient connaître les détails des choses. Ils comprenaient les menaces auxquelles ils étaient confrontés… et savaient ce qui avait de la valeur. Mais lorsque la taille et la sophistication de la civilisation humaine ont augmenté, l’homme s’est retrouvé dans une situation à laquelle son cerveau n’était pas préparé. Il n’avait plus les informations précises, spécifiques et directes dont il avait besoin. Au lieu de ça, il devait se fier à une nouvelle forme de connaissances composée d’abstractions, de généralités et de slogans. Cette nouvelle connaissance, que Nietzsche a appelée wissen pour la distinguer de la forme plus ancienne de connaissance basée sur l’expérience appelée erfahrung, lui met des bâtons dans les roues : elle est trop éloignée des faits. Les lois de Newton et de Darwin travaillent contre lui.
Nos ancêtres poilus n’avaient pas à répondre aux questions qui nous affligent en ce moment : combien vaut un dollar ? Combien de crédit le monde peut-il digérer avant de se rendre malade ? Est-ce qu’un envoi de troupes de l’autre côté de la planète servira à quelque chose ? Ainsi, même aujourd’hui, nos cerveaux ne sont tout simplement pas adaptés à la situation. Ils ne sont pas assez grands.
De nos jours, l’homme moyen peut à peine faire la différence entre un fait et un slogan de campagne. Et les nouveaux ersatz de connaissance l’induisent en erreur. La politique moderne transforme l’électeur en une dupe… fait de l’investisseur amateur une poire pour l’industrie de la finance… et envoie les pauvres soldats à une chasse au dahu dans laquelle ils ne peuvent que se faire tuer.
La civilisation, les banques centrales et la politique font de nous des singes ; nous ne sommes pas équipés pour traiter avec elles. Comme un coiffeur qui se rendrait à son travail une clé à molette dans une main et une bouteille de whisky dans une autre, nous ne pouvons que faire un épouvantable gâchis.
Meilleures salutations,
Bill Bonner
Pour la Chronique Agora
(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (290 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur des livres L’inéluctable faillite de l’économie américaine et L’Empire des Dettes
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2007
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