L’argent rend-il débile ?

Rédigé le 30 novembre 2017 par | Bill Bonner, Bitcoin et autres cryptomonnaies, Crypto Monnaies, Guerre des monnaies Imprimer

L’argent semble se créer à partir de rien. Est-ce une illusion ou une réalité et quelle est la contribution du bitcoin à ce système ?

A la une du Wall Street Journal et du Financial Times : le bitcoin. Il y a trois semaines encore, nous annoncions que le bitcoin venait de passer la barre des 7 500 $.

A présent, il a franchi celle des 11 000 $…

« Ce n’est que le début », a déclaré notre expert maison en cryptomonnaies. Il participe actuellement à une conférence sur le bitcoin à New York.

« Il y a tellement de matière grise, là… et tellement d’énergie… C’est peut-être bien une bulle. Mais ce n’est pas ‘qu’une bulle’. Il se passe quelque chose de réel, et que l’on ne peut stopper. »

« Ce n’est pas qu’une bulle », ajoute Mike Novogratz, qui dirige un hedge fund et investit dans le bitcoin, « ce sera la plus énorme de toute notre vie ».

Cette Ere de Fin de Bulle a pris un caractère irréel, magique.

Si autant de choses impossibles se produisent avant le petit-déjeuner… nous nous attendons à tout d’ici l’heure du dîner.

Les actions américaines ont atteint de nouveaux sommets, hier, lorsque la « loi sur la fiscalité » a embrasé les esprits animaux et enthousiasmé les cerveaux de bovins.

Apparemment, Donald J. Trump a contribué à rallier deux ou trois sénateurs de plus : la loi pourrait bien être adoptée.

Il y a un lien entre ces éléments : ils concernent tous deux notre domaine de prédilection, l’argent. Et tous deux sont soit des impostures… soit impénétrables.

Comment discerner rien de quelque chose ?

Le bitcoin fait semblant de n’être rien : peut-être est-il quelque chose. La loi sur la fiscalité, d’un autre côté, fait semblant d’être quelque chose… et n’est rien du tout, quasiment.

Ni l’un ni l’autre n’est ce qu’il semble être : l’un est plus qu’il n’y parait, et l’autre moins.

Mais la majeure partie du monde moderne – y compris sa monnaie – est fondée sur de faux semblants. Et la magie noire. Nos anges portent des armes de poing… et nos banquiers et génies de l’informatique distribuent des bouts de papier qu’ils qualifient « d’argent ».

C’est notre domaine de prédilection… l’argent. Et c’est là que nous recherchons les escroqueries, les fantasmes et des phénomènes naturels qui n’arrêtent pas de nous faire rire. Peut-on réellement créer « de l’argent » grâce à un clavier d’ordinateur ?

Nous l’ignorons. Mais nous sommes à peu près sûr que le pouvoir central ne peut le sortir de nulle part… le diffuser dans la population comme le parfum des lys lors d’un enterrement… pour rendre les gens plus heureux.

Hier, nous avons fait voile pour nous rendre sur une île peu fréquentée. C’est là que réside l’hypothèse opposée : un endroit où les gens vivent bien, sans avoir beaucoup d’argent.

Bien entendu, nous pourrions décrire n’importe île parmi des dizaines. Sur les multiples îles de la Mer Egée, par exemple, des gens vivent bien, avec peu d’argent.

Ils boivent du bon vin, mangent des fruits et légumes frais, bénéficient d’un fort ensoleillement et, s’ils en ont envie, peuvent nager dans l’eau tempérée de la Méditerranée.

Au milieu de l’Atlantique, également, on dit que San Miguel (dans les Açores) serait un paradis, avec un climat parfait, pas de moustiques et des prix bon marché. Il existe de nombreuses autres îles dans le Pacifique: les Iles Cook, notamment, où l’on peut louer un bungalow pour la modique somme de 150 $ par mois.

Mais non… ces destinations sont trop évidentes. Ces mers sont trop peuplées de bateaux de croisière, de touristes et de retraités, pour nous. Notre escale est plus exotique.

Notre guide, pour ce voyage, est Clive Bell.

M. Bell est mort depuis plus de cinquante ans. Mais il nous a laissé un ouvrage classique : Civilization.

Son père exploitait avec succès des mines de charbon au Pays de Galles. Le fils, Clive, trouvait que la poussière de charbon sous les ongles faisait mauvais effet. Critique d’art, il a consacré tout son temps à réfléchir à ce qui rend les choses magnifiques… ou du moins intéressantes à regarder et satisfaisantes pour l’esprit.

Pour observer de plus près l’objet de notre attention, nous nous demandons si l’augmentation du bitcoin fera beaucoup de bien à ses bénéficiaires.

Quel est le but de l’existence ?

L’argent gagné aussi facilement – presque aussi facilement que l’argent falsifié de la Fed – est-il une source de joie… ou de malheur ?

Et que dire de l’ancienne version ? L’argent que l’on gagnait dans une mine de charbon, à la sueur de son front : rendait-il plus heureux ?

Enfin, à supposer que la « loi sur la fiscalité » des républicains soit autre chose que du bluff et des stratagèmes, cet argent supplémentaire aiderait-il réellement ceux qui vont le récupérer ?

Si le but de la vie consiste simplement à accumuler de la richesse, la réponse à cette question surgit d’elle-même.

Si vous aviez acheté du bitcoin en début d’année, vous auriez multiplié votre richesse en dollars par un facteur de 10. Et l’année n’est pas terminée. A ce rythme, le bitcoin va atteindre les 11 000 $ ou 12 000 $ ou 13 000 $ d’ici Noël. L’an prochain, il pourrait atteindre les 120 000 $. Ou pas.

Mais si le but de l’existence est d’apprendre, quelle leçon avez-vous tirée ?

Pas grand-chose. Le bitcoin grimpe. Personne ne sait pourquoi. [NDLR : Le phénomène cryptomonnaies est risqué mais cela ne doit pas vous dissuader d’investir. Notre spécialiste vous explique comment engranger 300% de gains grâce aux cryptomonnnaies… sans en acheter une seule. Tout est ici !]

Ou supposons que le but de la vie, ce soit de faire le bien… en faisant augmenter la richesse du monde. Quelle serait la contribution du bitcoin ? Elle serait nulle.

Par contre, si le but de l’existence était de vivre correctement… de savourer le sourire d’un petit-fils… un verre de whisky… la lumière du soleil sur une main ridée… qu’un inspecteur des impôts ait un pneu crevé ?

Autrement dit, et si le but réel de l’existence était « la pensée et les sentiments », plutôt que des choses ?

Ah, c’est là qu’un critique d’art pourrait nous être utile. Hier, nous avons remarqué qu’une personne riche pourrait être trop occupée pour penser ou ressentir. Son argent pourrait l’en empêcher.

Son imagination est ternie par une vie dédiée à gagner de l’argent… son esprit est berné par des choses se substituant à un véritable bon goût et jugement… que peut-elle faire ?

Peut-être qu’elle n’a d’autres aspirations que jouer au golf avec Donald Trump ou aller à Disney World avec Donald Duck.

Mais ce n’est pas l’argent qui interfère avec une vie décente, dit Bell, c’est le temps :

« Malheureusement, la sécurité matérielle, les loisirs et la liberté coûtent tous de l’argent. En fin de compte, l’argent ne s’obtient que par un travail productif. La plupart des façons de gagner de l’argent sont attentatoires aux états d’esprit plus subtils et intenses, car presque tout fatigue le corps et émousse l’intellect […]

Combien de milliers d’avoués, fonctionnaires et hommes d’affaires ont-ils quitté Oxford et Cambridge [avec la perspective] d’apprécier tout ce qu’il y a de meilleur, avant de s’avérer, au bout de 30 ans de réussite constante, incapables d’apprécier mieux que quelques activités lubriques la tête éméchée, une amitié sentimentale, des romans et tableaux de bas étage, des musiques vulgaires, des films, le golf, des anecdotes de fumoirs, et l’écriture des lois ?

De façon générale, seules les personnes qui ne sont pas obligées de gagner de l’argent savent comment le dépenser. »

Selon Bell – et pas nous – le jeune millionnaire en bitcoins pourrait être le grand espoir de la civilisation. Avec tout son argent récupéré sans l’avoir gagné, il se pourrait qu’il soit le seul à vivre décemment.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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