L’Apocalypse n’aura pas lieu (ou pas tout de suite)

Rédigé le 14 juillet 2015 par | Bill Bonner, Inflation, dettes et récession Imprimer

▪ « C’est fini. Euro fini. Grèce finie ».

C’est par cet abrégé apocalyptique que notre chauffeur de taxi décrivait la situation à Athènes le week-end dernier.

Les banques sont restées fermées pendant deux semaines. Les citoyens grecs — mais pas les touristes avec des cartes étrangères — ont droit à 60 euros par jour, la limite des retraits dans un distributeur. Vendredi dernier en fin de journée, on aurait dit que la fin était proche. Tsipras était en train de céder devant les buveurs de bière européens ; il accepterait leurs termes, disaient les journaux.

Le problème, c’est que ses propres concitoyens venaient de voter pour rejeter quasiment le même accord. Et puis, à mesure que le week-end progressait, les termes sont devenus plus durs encore… et Tsipras les a acceptés. En ira-t-il de même pour son Parlement ?

Comme un chasseur de tornades, nous sommes monté dans un avion pour Athènes afin d’étudier la tempête qui s’est abattue sur la ville. Ce serait amusant de voir tant de vanités et de prétentions valser dans les airs, avons-nous pensé. Au minimum, ce serait un entraînement utile et instructif pour les tempêtes qui se préparent ailleurs.

Mais il ne s’est rien passé. Pas d’accident. Pas de cyclone. Pas de déraillement. Pas de panique dans les rues.

En fait, d’après nos explorations dans le quartier de Plaka, nous n’avons trouvé que des touristes… qui semblaient ne pas même soupçonner qu’il y avait une crise financière.

La nuit dernière, par exemple, nous sommes allé sur la place Syntagma pour y chercher chaos et désordre. Tout ce que nous avons trouvé, c’est un escadron de policiers somnolant dans un bus blindé. Les distributeurs fonctionnaient ; personne ne faisait la queue devant. Les restaurants étaient à moitié pleins.

Pas d’accident. Pas de cyclone. Pas de déraillement. Pas de panique dans les rues

Nous n’avons pas vu non plus de signes de dépenses extravagantes ou d’investissements imprudents. Athènes est une ville de la taille de Paris, mais elle n’a pas d’Arc de Triomphe, pas de Tour Eiffel, pas de Louvre. Pas d’appartements élégants, pas de gratte-ciels luisants. Du moins pas que nous ayons vu.

Ses principales réussites ont été érigées il y a plus de 2 000 ans. Et on se demande comment ces gens ont fait. Le Parthénon a exigé d’immense investissements et une organisation méticuleuse. C’est à couper le souffle… un chef d’oeuvre. Il n’y a pas signe de telles capacités ici aujourd’hui. Athènes est plutôt un bourg méditerranéen désuet, légèrement ringard.

▪ Des zombies à Athènes
« Hé, je peux vous aider ? »

Un homme à l’air louche s’est approché. Nous ne savions pas ce qu’il offrait, mais nous n’en voulions pas.

« Non… merci ».

Nous avons pris la direction opposée. Il nous a suivi.

« Hé… qu’est-ce que vous cherchez… je peux vous aider à le trouver »…

« Eh bien, je cherche des signes d’effondrement financier ».

« Ah, je peux vous aider à trouver de la drogues… des femmes… du jeu… Mais je ne connais rien aux effondrements financiers ».

Nous avons remercié l’homme une nouvelle fois et sommes reparti.

Comme vous le savez, la Grèce n’est qu’une ligne de front dans la Guerre zombie. Le vrai sujet, ici, est le même que sur tous les autres fronts : comment faire en sorte que le crédit continue de couler.

Les gens honnêtes produisent. Les zombies prennent. Ils prennent ce qu’ils peuvent des revenus et de l’épargne, mais ça ne suffit pas. C’est le crédit qui les maintient en vie.

Les entreprises zombies empruntent de plus en plus pour continuer de fonctionner. Elles versent de gros bonus et leur titre grimpe !

Le crédit bon marché permet aussi de maintenir les autorités en activité. Quasiment tous les gouvernements de la planète sont dans le rouge. Enlevez le rouge et les programmes zombies devraient prendre fin.

« Je peux vous aider à trouver de la drogues… des femmes… du jeu… Mais je ne connais rien aux effondrements financiers. »

Le crédit bon marché finance les tire-au-flanc, les tricheurs, les lobbyistes et les avocats, des guerres imbéciles et des investissements idiots, et les millions de gens qui vivent aux dépens des autres — faisant souvent semblant d’accomplir un travail utile.

Le test est simple en théorie : si personne n’était forcé de les soutenir, auraient-ils le même revenu ? Si la réponse est « non », ils ont été zombifiés.

En pratique, cependant, il peut être difficile de différencier un zombie d’un homo sapiens honnête. Souvent, ils ne le savent pas eux-mêmes. Certaines professions honnêtes ont été quasi-entièrement zombifiées. Idem pour des pays entiers. La Grèce, par exemple, a pu vivre au-dessus de ses moyens — grâce au crédit fourni par les Européens du nord. Bon nombre de ses citoyens — particulièrement ceux qui travaillent pour le gouvernement — se sont habitués à gagner plus qu’ils ne valent.

Il n’y avait que très peu de zombies dans le monde de Périclès, Aristote et Euclide. L’économie ne pouvait pas entretenir de nombreux parasites. A présent, le monde en regorge.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

3 commentaires pour “L’Apocalypse n’aura pas lieu (ou pas tout de suite)”

  1. Bonjour,

    C’est toujours un grand plaisir de vous lire, à tout point de vue. Certains passages sont délicieux et à garder, comme « Le crédit bon marché finance les tire-au-flanc, les tricheurs, les lobbyistes et les avocats, des guerres imbéciles et des investissements idiots, et les millions de gens qui vivent aux dépens des autres — faisant souvent semblant d’accomplir un travail utile. »
    Néanmoins il était bien risqué de comparer la Grèce moderne (sic) avec celle de l’antiquité et vous avez oublié un facteur majeur (mais qui peut laisser songeur) : le système grec entier dans l’antiquité était zombi puisqu’il reposait sur… l’esclavage ! Pas d’écoles, d’hôpitaux ou de retraites à financer – ils auraient pu en mettre une à 60 ans : de toute manière ils ne dépassaient pas la cinquantaine en général… Pas non plus de pétrole à importer, juste un peu d’avoine et d’eau pour les chevaux…

    Cordialement

  2. Périclès, Aristote et Euclide… d’accord!
    mais, platon et socrate???

  3. Bonjour,
    Désolé mais vous aussi vous êtes un zombie. En vrai, à quoi servez vous ? Que produisez-vous ? Eh bien du vent comme la plupart des gens… Vous profitez, vous voyagez, mais que produisez vous ? Ne croyez pas que je ne vous aime pas, ou que je n’aime pas vous lire, ou que je vous jalouse, ou quoi que ce soit… Non simplement mon avis est que peu de gens sont vraiment utiles sur terre, et vous pas plus que moi.
    Bien à vous,

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