Admirons l’assurance du somnambule

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La Chronique Agora
Paris, France
Jeudi 12 octobre 2006
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*** Admirons l’assurance du somnambule
Le mois d’octobre deviendrait-il celui de l’invulnérabilité aux mauvaises nouvelles ?

*** Un monde qui n’existe pas
On vit une époque formidable…

*** Une euphorie insensée (1)
Quand est-ce que la Bourse apprendra à se remettre en perspective ?

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UN ECUREUIL EST TOUJOURS PLUS AGILE QU’UN ELEPHANT
Voilà pourquoi une catégorie de valeurs bien précises nous a permis d’engranger des gains de 74% en 4 mois53,8% en six mois60% en 11 mois… et bien d’autres encore.

Pour en savoir plus sur ces investissements plein de potentiel, continuez votre lecture…

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Bonjour,

*** ADMIRONS L’ASSURANCE DU SOMNAMBULE

** Nous avions démontré il y a une quinzaine de jours que les mois d’octobre réservaient souvent plus de bonnes que de mauvaises surprises. Depuis le triste épisode de la Guerre du Golfe (chapitre I), la progression moyenne s’établit à +3,75%, ce qui constitue — et de loin — la meilleure performance mensuelle des 15 dernières années (même s’il a parfois fallu un miracle au cours des trois ou quatre ultimes séances). Une conclusion s’impose : octobre est un mois qui sourit aux audacieux.

Cette année 2006 nous permettra peut être d’y introduire une variante. Dans sa version la plus improbable, le mois d’octobre pourrait devenir celui de l’invulnérabilité aux mauvaises nouvelles !

Cela fait quinze jours que nous nous préparons à vivre un tournant majeur. Les marchés financiers qui revisitent, sans nostalgie ni appréhension, des records qui appartiennent parfois à un lointain passé (c’est le cas de Wall Street), voire à des échéances plus récentes… et les signaux de nervosité ou les ventes de précaution auxquelles nous nous attendions ne se matérialisent pas.

Nous ne pouvons ignorer de tels symptômes, qui témoignent de l’exceptionnelle vigueur d’une tendance haussière fermement établie depuis la mi-juin — même si nous consacrons beaucoup plus de notre temps à faire l’inventaire des éléments fondamentaux qui pourraient justifier son évanouissement et l’émergence d’un cycle de correction à court ou moyen terme.

Si de tels freins (hausse du loyer de l’argent, dégonflement de la bulle immobilière, déficits et endettement record) n’existaient pas, le CAC 40 s’attaquerait déjà aux 5 700 points, et le Nasdaq aux 2 500 points — au lieu de végéter depuis la mi-mai sous les 5 330 ou les 2 375 points respectivement.

N’assisterions nous pas à une "échappée belle" des indices boursiers si l’actualité la plus récente n’avait pas été marquée par l’essai nucléaire de la Corée du Nord lundi… par une brusque tension des taux de part et d’autre de l’Atlantique mardi (le rendement des Bunds repasse la barre des 3,80%, celui des T-Bonds les 4,75%)… sans parler de la déception causée hier par les trimestriels d’Alcoa, qui perdait 5,5% à Wall Street ?

** Le marché parisien avait, sans surprise, mal entamé la journée d’hier — il abandonnera jusqu’à 0,7% au cours des premiers échanges. Cependant, il n’aura de cesse que de reconquérir patiemment, point par point, tout le terrain perdu en début de matinée pour revenir à l’équilibre dès 17h, et clôturer au plus haut du jour (+0,06%) grâce à un ultime coup de reins entre 17h25 et 17h30.

Le scénario de la dernière heure constituait une réédition de celui observé la veille. Les indices européens ont trouvé un second souffle alors que le Nasdaq faisait preuve une nouvelle fois de sa capacité de rebond en repassant de -0,3% à +0,1% sans élément d’actualité expliquant ce phénomène.

** Aucune statistique économique n’a été publiée aux Etats-Unis ce mercredi, mais les gérants n’ont pas attendu le début de soirée pour découvrir la teneur des minutes de la dernière réunion de la Réserve Fédérale américaine, laquelle publiera demain soir son Livre Beige… qui constitue la feuille de route de son prochain comité de politique monétaire.

Les investisseurs parient désormais sur une période de neutralité relativement durable aux Etats-Unis. Tandis que l’on spécule sur un relèvement des taux jusque vers 3,75% d’ici mars 2007 de ce côté-ci de l’Atlantique, les dernières enquêtes conjoncturelles apportent de l’eau au moulin des "faucons" de la BCE (auxquels J.C. Trichet appartient) — qui ont beau jeu de démontrer que la politique monétaire actuelle demeure trop "accommodante" compte tenu du rythme élevé de la croissance sur le Vieux Continent : Eurostat a en effet confirmé son estimation de la hausse du PIB de l’Eurozone à 0,9% au deuxième trimestre 2006.

Par ailleurs, selon les études de l’Insee, de l’Isae (en Italie) et de l’institut IFO (en Allemagne), la croissance du PIB devrait atteindre 0,7% au troisième trimestre 2006 et 0,6% au quatrième — soit, en rythme annuel, une progression globale de 2,8% à 3%, pratiquement le double de ce qui a été mesuré en 2005.

Toute la question consiste à déterminer si le taux de progression des profits suit le mouvement… ou si le ralentissement observé au deuxième trimestre se perpétue au troisième, du fait principalement de la baisse d’activité qui se dessine aux Etats-Unis dans le secteur industriel, le secteur de la distribution puis de l’immobilier.

** Pour l’heure, les marchés d’action, tels des somnambules, continuent de progresser sans appréhension le long des arêtes vives des sommets boursiers. Ils avancent à petits pas (+0,06% à Paris hier après un gain de 0,05% le 9 octobre), titubant un peu lorsque des rafales leur fouettent le visage : leurs yeux clignent à peine, ils continuent d’avancer avec sérénité et une froide détermination.

Leur regard est fixe, mais il se perd dans le vide ; tant que la nuit reste calme et noire, ils ne tomberont pas. Nous attendons l’aube avec appréhension : le joyeux chant du coq annonçant une journée radieuse (comme l’équipe de campagne de George Bush à un mois des élections) pourrait justement préfigurer une fin de parcours somnambulique douloureuse.

Philippe Béchade,
Paris

PS : Quoi que fassent les marchés, Philippe Béchade, lui, est bien réveillé — et à l’affût de toutes les opportunités qui se présentent. Pour suivre avec lui la séance du jour, et découvrir ses dernières recommandations, il vous suffit de composer le 0899 707 009*.
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

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Comment le marché actuel peut faire de vous un investisseur heureux…
… tout en faisant passer votre portefeuille à la vitesse supérieure !

C’est plus simple qu’il n’y paraît… il suffit de suivre les bons indicateurs : continuez votre lecture pour tout savoir.

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** UN MONDE QUI N’EXISTE PAS

** Prenons un peu de recul.

* Les investisseurs boursiers sont grisés parce que le Dow a atteint de nouveaux sommets, même si le marché plus large est en baisse. Et même si, en termes réels, le Dow est encore 20% au-dessous de son plus haut, atteint il y a six ans de ça.

* Les spéculateurs, pendant ce temps, passent apparemment de l’or aux actions du Dow afin d’améliorer leurs résultats de court terme — les seuls auxquels ils s’intéressent.

* Des milliers de milliards de dollars sont joués sur des produits dérivés dont les risques réels sont inconnus — et probablement impossibles à connaître.

** Les prix des maisons aux Etats-Unis baissent. Les ventes de maisons chutent elles aussi radicalement ; les stocks de maisons invendues atteignent désormais le double des niveaux moyens. Et les coûts de l’immobilier sont maintenant plus élevés qu’ils ne l’ont jamais été depuis une génération. Ce qui a un effet évident et quasi-immédiat sur le pouvoir d’achat des gens qui y vivent. Sans aucune valeur restant à extraire et un "effet de richesse" devenu inefficace — si ce n’est négatif — les malheureux ménages ne peuvent continuer à dépenser. Et dans la mesure où 70% de l’économie US — le plus haut pourcentage de l’histoire — dépend des dépenses de consommation… dans la mesure où l’économie mondiale dépend de l’économie US… le monde entier dépend à présent du pauvre consommateur américain et du fait qu’il continue à dépenser. C’est dommage… parce que ses poches sont vides !

* Vraiment, quel merveilleux appareillage que ce système financier moderne !

* Les investisseurs paient des prix record pour des entreprises publiant des bénéfices record. Et d’où proviennent ces fameux bénéfices ? Des dépenses des mêmes consommateurs, qui obtiennent leur pouvoir d’achat des maisons branlantes citées plus haut !

* L’Association américaine des agents immobiliers rejoint la déclaration d’Alan Greenspan : "nous pensons que l’immobilier a atteint son plancher". Pourquoi pensent-ils qu’il a déjà atteint son plus bas ? Quel genre de plancher est-ce, qui laisse les consommateurs, les propriétaires et les spéculateurs se lancer dans la plus grande fièvre nourrie de dette de tous les temps, faisant grimper l’immobilier à tel point que le prix de la maison moyenne a augmenté de plus de 50% sur les cinq dernières années, permettant aux Américains de "retirer" 1 300 milliards de dollars de leurs maisons sur une période de deux ans — pour, une fois que la bulle finit enfin par éclater — les punir d’un déclin de moins de 2% ? En août, une maison moyenne américaine valait précisément 1,7% de moins que l’année précédente à la même époque.

* N’est-ce pas un monde génial, cher lecteur ? N’est-ce pas un monde merveilleux ? N’est-ce pas un monde sans culpabilité, sans matières grasses, sans péché, miséricordieux, où on peut être beau sans souffrir, où l’on fait toujours deux pas en avant et jamais aucun en arrière ?

* N’est-ce pas un monde qui n’existe pas ?

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JOUR J-1 !
Venez rencontrer l’équipe des Publications Agora !

Nous participerons au Forum de l’Investissement et de l’Epargne les 13 & 14 octobre prochains. Venez nous rendre visite dès demain… et profitez-en pour discuter avec les dizaines de professionnels de l’investissement et du conseil financier présents sur le reste du salon !

Pour tous les renseignements pratiques :
www.foruminvest.com

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*** La Chronique Agora présente ***

Alors… le Dow a atteint "un nouveau sommet", mais, comme le souligne Justice Litle, plus de 70% des actions qui le composent ont bel et bien la tête sous l’eau. Quand est-ce que la Bourse apprendra à se remettre en perspective ?

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UNE EUPHORIE INSENSEE — 1ère PARTIE
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Par Justice Litle (*)

La crise a été évitée. Tout est Super
– Les Simpsons

C’est triste mais c’est vrai : l’incohérence et l’imprévoyance sont des vertus sur les marchés.

Pour réussir une carrière de commentateur boursier, oubliez les arguments logiques. Les phrases-choc et les slogans, voilà ce qui marche. La clé n’est pas la régularité, mais l’opportunisme ; le but, c’est de faire dire aux faits ce que vous voulez qu’ils disent.

Prenez le pétrole, par exemple. Si le prix du pétrole grimpe, c’est un signe haussier parce que cela indique une forte demande mondiale. Si le prix du pétrole baisse, c’est censé être haussier aussi, parce que cela revient à une "baisse d’impôts" pour les consommateurs. Peu importe que le deuxième argument contredise le premier. Si la hausse du pétrole est haussière parce que cela indique une demande vigoureuse, la baisse ne devrait-elle pas être négative en termes d’affaiblissement de la demande ? Il y a bien d’autres subtilités à prendre en compte ici ; l’idée est simplement que pour les commentateurs en tous genre, à peu près tous les mouvements du pétrole sont de bonnes nouvelles. En fait, à peut près tout ce qui se passe est une bonne nouvelle. Pour un homme doté d’un marteau haussier, tous les faits ressemblent à des clous.

Lorsqu’il y a une chance de se pavaner et de pousser des cocoricos, faites attention. Prenez le récent sommet du Dow, qui emballe tant de gens. C’est clairement le signe que les choses vont à merveille, non ? Peut-être pas. Richard Russell, rédacteur des Dow Theory Letters depuis 1958, a noté dernièrement : "21 des valeurs du Dow (71%) sont 20% au-dessous de leurs sommets historiques, et 17 valeurs du Dow (57%) sont au moins 30% au-dessous de leurs sommets historiques".

Hmm. Donc même si le Dow a atteint un "nouveau sommet", plus de 70% des actions qui le composent ont bel et bien la tête sous l’eau. Plus amusant encore, la dernière fois que nous avons vu ces niveaux de "nouveau sommet", on était à peu près en janvier 2000. Le Dow est donc comme un homme qui a fait une chute dans les escaliers, et qui a mis environ sept ans pour remonter les marches. Et bien entendu, si vous êtes investisseur de long terme, votre investissement sur le Dow n’est qu’un grand coup d’épée dans l’eau. Le dollar a cédé beaucoup de terrain, cette décennie, ce qui rend complètement élastiques les mesures de l’indice. Hourrah ! Faisons la fête ! Champagne pour tout le monde !

Selon moi, nous ferions mieux de regarder des dessins animés, plutôt que les grandes chaînes financières. Ces experts du type "inquiet, moi ? Jamais" ne sont rien d’autre que des marionnettes, hochant la tête dans la direction du jour. Ils sont payés à bavarder, non à réfléchir.

Pour comprendre comment un commentateur voit le monde, imaginez un champ de courses où l’on aurait le droit de changer son pari à mi-parcours. Si Nouvelle Ere commence à prendre de l’avance sur Relique Barbare, vous pouvez transférer votre mise sur Nouvelle Ere. Si votre bourricot trébuche et que Valeur Absolue prend la tête, vous pouvez passer à Valeur Absolue. Peu importe qu’il s’agisse de chevaux complètement différents — ou, pour continuer notre analogie, d’arguments parfaitement disparates. Le but du commentateur est de gagner la course par tous les moyens, petits ou grands — même s’il doit pour cela jeter toute logique par-dessus les moulins. Bien entendu, dans ce contexte, "gagner la course" a tout à voir avec le fait de vendre vos arguments et de garder la face… et rien à voir avec la cohérence ou le fait de fournir des informations de valeur.

J’ai appelé cette missive "Une euphorie insensée" parce que je pense que c’est exactement ce que nous voyons sur les marchés en ce moment. Tous ces gens qui sautent de joie risquent d’être victimes de cette euphorie sans queue ni tête, qui oublie tout sens des proportions. C’est un exemple classique de gens qui plongent dans l’extase dès qu’ils gagnent quelques profits… simplement pour les reperdre à long terme. Ces gens applaudissent les commentateurs, approuvent en toute inconscience lorsqu’on change de cheval, et ne cherchent jamais à comprendre le jeu.

L’économie mondiale est complexe. De nombreux facteurs sont constamment en jeu. Certains sont plus importants que d’autres, certains sont insignifiants, et nombre d’entre eux s’annulent les uns les autres. A cause de tout cela, il est terriblement difficile de comprendre ce qui se passe vraiment.

La suite dès demain…

Meilleures salutations,

Justice Litle
Pour la Chronique Agora

(*) Justice Litle, rédacteur de la lettre Outstanding Investments, possède des connaissances uniques qui lui ont bien servi sur les marchés. Justice a étudié la littérature et la philosophie dans des endroits aussi divers qu’Oxford, en Angleterre, l’université Pulacki (Olomouc, République Tchèque) ou l’université Macquarie (Sydney, Australie). Alors qu’il se destinait à une carrière universitaire, sa vie a pris un tout autre chemin après qu’il ait découvert The Investment Biker, la chronique de Jim Rogers sur l’investissement macro-économique… et la moto.

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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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