Les actions n’ont jamais été aussi chères depuis la bulle internet

Rédigé le 28 août 2017 par | Bill Bonner, Dette Imprimer

Le marché est très calme. Les actions sont très chères. Les ventes des restaurateurs, des constructeurs automobiles et des promoteurs immobiliers baissent. Prenez garde.

Au jour succède la nuit. A la vie succède la mort. A la stabilité succède l’instabilité.

Les ombres s’étirant désormais sur notre vie, nous nous soucions peu du programme.

Il est ce qu’il est.

La dernière fois que le marché a été si calme, c’était il y a un quart de siècle.

Les investisseurs étaient sûrs que l’Etat assurait leurs arrières ; ils ont oublié la panique.

Mais c’est peut-être en train de s’achever. L’Etat va manquer d’argent en octobre. Pour en emprunter davantage, le Congrès US devra relever le plafond de la dette.

L’issue ne fait aucun doute : le plafond sera relevé.

Les initiés sont aux commandes… et ils veulent de l’argent. Mais le Deep State est un vaste mouvement, peuplé d’innombrables bêtes de foire et de clowns, chacun nourrissant ses propres intentions.

Les démocrates exigeront que l’on protège leurs programmes de prestations sociales. Les républicains ont également leurs propres projets ruineux. Et au centre de tout ce cirque, se tient un animateur-télé vieillissant qui a désespérément besoin d’une victoire.

Cela va être amusant à regarder. Mais pas si vous comptez sur l’Etat pour protéger vos actifs. Voici ce que publie Bloomberg :

« Le taux des bons du Trésor US arrivant à maturité le 12 octobre a bondi de cinq points de base jeudi [un point de base est 1/100e de point de pourcentage], soit le mouvement journalier le plus fort depuis mars, à la suite d’une série de tweets de Trump reprochant aux leaders républicains de dissuader le Congrès d’augmenter le plafond de la dette de l’Amérique. […]

La hausse des taux a débuté mercredi matin, alors que les investisseurs réagissaient aux commentaires de Trump, la veille à Phoenix, menaçant d’aller jusqu’au shutdown [NDR : blocage] du gouvernement, si nécessaire, pour forcer le Congrès à financer le mur à la frontière du Mexique. »

Marché actions – Où sont les ventes, les chiffres d’affaires ?

Les dés ont été pipés au cours de ces huit dernières années.

Les banques centrales ont ajouté environ 15 000 Mds$ au système monétaire mondial… en l’injectant aux marchés comme un médicament hors de prix : par voie intraveineuse.

Alors même que la Fed renonçait à son programme d’assouplissement quantitatif (QE) en 2015, d’autres banques centrales ont maintenu les perfusions de ce fluide vital. Le patient n’a montré aucun signe d’amélioration, mais les actions de l’entreprise du fournisseur de médicament ont augmenté !

Tôt ou tard, il fallait que cela cesse. Mais comment ? Quand ? Aujourd’hui, nous évoquons une possibilité…

Après plus de 100 mois d’augmentation des cours, les marchés actions sont probablement prêts à un changement de direction.

Rapportés aux chiffres d’affaires – choses que l’on ne peut truquer – les cours des actions américaines n’ont jamais été si élevés depuis la période grisante de la bulle internet.

Cela nous révèle tout ce que nous devons savoir, en tant qu’investisseurs. L’idée, c’est d’acheter à la baisse et de vendre à la hausse, et pas le contraire. Posez la question à quelqu’un qui avait amassé des actions en 1999.

Nous remarquons également que les sommes empruntées par les investisseurs sur les comptes de leurs courtiers (margin debt) ont atteint un plus haut historique de 539 Mds$. Les investisseurs garantissent ces emprunts avec leurs actions.

Evolutions comparées des emprunts aux courtiers (noir) et de l'indice S&P500 (vert)

Il existe également plus de 100 Mds$ de shadow margin : les investisseurs empruntent de l’argent pour acheter des maisons, ou prendre des vacances, et garantissent ces emprunts avec leur portefeuille d’actions.

« Ils s’en servent comme les propriétaires de maisons l’ont fait avec leurs propres maisons en 2007 : comme si c’était un distributeur de billets », précise mon collègue Dan Denning.

Où sont les livraisons ?

Les « dessous » du marché actions n’ont pas bonne mine, non plus.

Par exemple, des étudiants se consacrant à la Théorie du Dow – qui analyse les graphiques boursiers en recherchant ce qui pourrait se produire à l’avenir – surveillent étroitement les performances des actions du secteur des transports.

« S’il n’y a pas de livraisons, il n’y a pas de ventes », disent les anciens.

Or le Dow Jones Transports est désormais au-dessous de sa moyenne mobile (MA) sur 200 jours : c’est un indicateur technique très surveillé, dont on dit souvent qu’il marque la frontière entre un marché haussier et un marché baissier.

Il en va de même pour la grande majorité des small caps : les actions dont la valorisation boursière se situe entre 300 M$ et 2 Mds$. Elles ont tendance à entraîner le marché à la hausse lorsque les « esprits animaux » sont exaltés… et à l’entraîner à la baisse lorsque les investisseurs deviennent plus pessimistes.

Or l’Indice Russel 2000, composé de small-caps, évolue également au-dessous de sa moyenne mobile sur 200 jours.

Le Russell 2000 de 2017 ressemble davantage au Nasdaq de 1999. Depuis que le marché américain a atteint son plus bas postérieur au krach, en 2009, l’indice des small-caps a augmenté au rythme d’environ 10% par an : c’est-à-dire cinq fois plus vite, à peu près, que l’économie sur laquelle il s’appuie.

Pendant ce temps, l’économie réelle s’affaiblit…

Immobilier et automobile : deux piliers du quotidien qui s’effritent

Dans le monde ordinaire, loin du luxe et des bonus du Lower Manhattan, certains font grise mine et leurs poches sont vides.

Ceux qui n’ont qu’une formation de premier cycle ont enregistré une perte de revenus d’environ 1% par an tout au long de ce siècle. Même les titulaires de diplômes universitaires ont peu progressé. Les restaurateurs déclarent que leur clientèle est en baisse et dépense moins d’argent. Les ventes de voitures continuent de diminuer.

Tapez « auto sales down » (baisse des ventes de voitures) dans Google et vous découvrirez une longue liste de gros titres négatifs : « les ventes de voitures baissent à nouveau en février ». « Les ventes de voitures baissent à nouveau en mars ». « Les ventes de voitures baissent à nouveau en avril ».

Les journalistes n’ont pas beaucoup d’imagination dans leurs gros titres. Mais il n’est pas nécessaire d’en avoir beaucoup pour constater ce qui se passe : les gens, eux aussi, commencent à manquer d’argent.

L’autre pilier de l’économie du quotidien, c’est l’immobilier. Là, nous observons la même chose. Les ventes de maisons neuves ont chuté de 9% en juillet. A présent, elles se vendent au même rythme qu’il y a 50 ans !

Des choses curieuses peuvent se produire de temps à autre.

Un tourbillon pourrait balayer une décharge publique et y déposer une Mercedes 500 toutes options. Mais c’est peu probable.

Comme il est peu probable que le tourbillon comique qui guette la capitale du pays ne sème autre chose que la destruction sur son passage.

Prenez garde… [NDLR : Ne restez pas seul dans cet atmosphère de casino. Recevez un e-mail par jour de notre spécialiste du trading pour enchaîner sereinement les gains. Essayez ce service gratuitement durant deux semaines en cliquant ici.]

Mots clé : -

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Laissez un commentaire