Acheter des actions ne fait pas de vous un investisseur

Rédigé le 12 mars 2018 par | A la une, Indices, marches actions, strategies Imprimer

La croyance selon laquelle mettre de l’argent dans une entreprise cotée en bourse permet de participer à son développement est une légende, et beaucoup d' »investisseurs » confondent investissement et spéculation.

Nous continuons notre exploration pour tenter de comprendre…

pourquoi le marché boursier est une fraude

… Pourquoi l’épargne des investisseurs ne finance pas vraiment les entreprises…

… Mais sert plutôt à favoriser une escroquerie à plusieurs milliers de milliards de dollars…

… Et comment les escrocs finiront par avoir ce qu’ils méritent.

Capitaliste ordinaire

Nous disions vendredi que les investisseurs ont été dressés à croire qu’acheter des actions cotées en bourse leur permet de participer à la croissance du commerce et de l’industrie… et qu’en achetant des actions, ils « financent » les entreprises.

Ils pensent qu’ils sont récompensés par ce que l’industrie financière appelle une « prime de risque » parce qu’ils soutiennent les entreprises au lieu d’investir dans des bons du Trésor censés être « sans risques ». A mesure que l’économie se développe, leur dit-on, ils s’enrichissent.

Nous tentons ici d’expliquer ce qui serait un quasi-miracle.

Pourquoi une entreprise – avec des contacts privilégiés dans la communauté des professionnels de la finance – aurait-elle besoin de la maigre épargne de M. Tout-le-Monde ? Les professionnels ne seraient-ils pas heureux d’avancer l’argent si c’était une bonne affaire ?

Autrefois, les gens normaux mettaient leur argent en banque, pas dans les actions. Les banques versaient des intérêts. Et c’est elles – ainsi que les investisseurs professionnels – qui prêtaient aux entreprises. En général, elles prêtaient à des projets locaux, qu’elles pouvaient comprendre, et à des gens à qui elles faisaient confiance.

Puis, en 1960 est née l’idée du « capitaliste ordinaire ». Les profits de la finance n’étaient plus réservés aux pros. Les vendeurs de voitures et les dentistes à la retraite pouvaient eux aussi avoir une part du gâteau.

« Prenez l’avantage sur Wall Street », promit le légendaire investisseur boursier Peter Lynch. Il suffisait d’acheter des entreprises que vous connaissiez et appréciez. Votre hamburger avait bon goût ? Achetez l’entreprise qui le fabrique !

Et si vous ne vouliez pas vous donner la peine de choisir des actions, il y avait les fonds d’investissement et, plus tard, les ETF, pour vous aider à « entrer sur les marchés ».

Mais pourquoi les pros de la finance laisseraient-ils de l’argent sur la table pour M. et Mme Tout-le-Monde ?

Un marché falsifié

Notre explication : c’était un marché falsifié, financé avec une monnaie falsifiée, prêté à des taux falsifiés à des investisseurs falsifiés.

Lorsque vous achetez une action, à moins qu’elle n’en soit au stade de l’introduction en bourse ou que ce soit une entreprise cotée émettant de nouvelles actions, l’argent ne va pas à l’entreprise.

Vous rachetez simplement une action préexistante à un autre investisseur. Rien de tout ça ne permet de construire une usine ou d’embaucher un employé.

Pour notre collègue Chris Mayer, le marché boursier propose « des marchandises de seconde main ».

Cela soulève une question : pourquoi une personne qui – a priori – connaissait l’entreprise mieux que vous a-t-elle décidé de vendre ses parts ?

Si le propriétaire était un autre spéculateur particulier, peut-être qu’il ne la connaissait pas bien du tout. Mais comment avait-il, lui, obtenu l’action de son côté ?

Les banques… les hedge funds… les fonds de pension… les banques d’investissement… et les investisseurs professionnels avaient dû passer par là avant lui. En d’autres termes, des gens ayant bien plus d’expertise, de formation et de temps pour étudier l’entreprise et son activité ont dû décider de ne pas l’acheter au prix proposé.

A chaque fois que vous achetez ou vendez une action, vous pariez contre une vaste industrie d’initiés, d’analystes, de courtiers, de gestionnaires de fonds et autres pros de la finance. Vous affirmez que votre intuition sera meilleure que la leur.

De plus, c’est (quasiment) un jeu à somme nulle. Pour que vous puissiez gagner, ils doivent perdre. Est-ce vraiment probable ?

Si vous achetez une société privée, vous êtes dans une transaction gagnant-gagnant… et un monde gagnant-gagnant. Vous ne gagnez d’argent que si l’entreprise fournit des biens ou des services que d’autres sont prêts à consommer. Les consommateurs gagnent. Vous gagnez aussi. [NDLR : Intéressé par un vrai investissement dans ce cas de figure exactement ? Cliquez ici pour un placement réellement gagnant-gagnant.]

Les entreprises cotées sont censées fonctionner de la même manière. L’actionnaire pense posséder un morceau de l’entreprise – ce qui est légalement exact.

Mais depuis les années 80, la nature du marché boursier a changé. La plupart des investisseurs n’achètent plus les actions uniquement pour les dividendes. Ils veulent que leurs actions grimpent.

Depuis 1987, ils ont été richement récompensés – mais pas pour avoir financé l’économie productive, gagnant-gagnant. Ils ont été récompensés pour avoir participé à l’escroquerie massive de la Fed.

Après le krach du « Lundi noir » en 1987 – la plus grosse chute de toute l’histoire pour le marché US, en termes de pourcentage –, la Fed d’Alan Greenspan a réduit les taux pour soutenir le marché. Depuis, la Fed n’a plus jamais cessé de protéger les spéculateurs… et de stimuler les cours boursiers.

Depuis, le taux de croissance de l’industrie, notamment aux Etats-Unis, a décliné. En revanche, les gains liés à la détention d’actions ont augmenté. Comment est-ce possible ? Comment une économie pouvait-elle ralentir… alors que le prix de ses entreprises augmentait ?

C’est pourtant bien ce qui s’est passé. Les taux de croissance actuels arrivent à peine à la moitié de ceux enregistrés dans les années 50, 60 et 70. Les actions, en revanche, sont 25 fois plus élevées qu’en 1980. Et le salarié moyen actuel gagne à peine un sou de plus (selon les chiffres utilisés pour ajuster à l’inflation, il se pourrait même qu’il gagne moins).

Que s’est-il passé ?

A flot

Nous avons parlé de General Electric. Autrefois l’un des bastions de l’industrie US, il était à flot sur la vague d’argent facile de la Fed.

Son célèbre PDG Jack Welch a fait passer la société de l’industrie à la finance.

GE n’avait pas particulièrement d’expertise dans le domaine de la finance – mais cela n’avait guère d’importance. M. Welch emprunta de l’argent. Il racheta des entreprises – au rythme d’une tous les cinq jours ouvrés. Les revenus grimpèrent, et le cours de l’action de la société fit de même.

Le PDG utilisait la dette pour acheter des revenus. Les investisseurs voyaient les revenus grimper et pensaient que Welch était un génie.

Ils ne remarquaient pas que : 1) aucune assemblée de mortels ne pouvait comprendre, sans parler d’assimiler, de nouvelles entreprises à ce rythme et 2) la dette de GE la rendait extrêmement fragile et vulnérable à une correction et/ou des erreurs de stratégie.

En l’occurrence, elle dut affronter les deux.

En 2008, l’entreprise souffrait tant de la crise financière qu’elle dut pratiquement supplier le super investisseur Warren Buffett de lui injecter des capitaux.

Buffett mit trois milliards de dollars, mais à un prix élevé pour GE – notamment un dividende préférentiel de 10% et des warrants valorisés à moins de la moitié du sommet de GE en 2000. [NDLR : Si une entreprise n’est pas en mesure de verser tous les dividendes, les dividendes préférentiels ont la précédence sur les dividendes ordinaires. Un warrant, quant à lui, vous permet d’acheter une action à un prix prédéterminé avant une date donnée.]

Mais même ce prix se révéla trop élevé. Les actions GE ont perdu 70% par rapport à leur sommet, lorsque M. Welch empocha sa prime de retraite de 416 millions de dollars, en 2001.

Dollar volant

Et les problèmes continuent…

En janvier, GE a annoncé une perte de 15 milliards de dollars.

Comment un problème d’une telle ampleur est-il apparu si soudainement ? Qu’est-ce qui l’a causé ?

Les dirigeants de GE ont expliqué que les pertes concernaient leur activité d’assurance en soins longue durée. Apparemment, ils avaient été surpris de constater que les gens vivent plus longtemps et demandent donc plus de règlements.

Mais à quoi pouvait-on s’attendre de la part d’un groupe qui fabrique aussi des moteurs pour avions et des réacteurs nucléaires pour centrales électriques ?

Les gens qui achetaient les actions GE n’étaient pas des investisseurs prudents à l’ancienne – mais plutôt des spéculateurs pariant sur la hausse du cours de l’action.

Quant à l’argent pour la fièvre acheteuse de GE, il ne provenait pas d’épargnants réfléchis. Il était fourni par la Fed, qui injectait du crédit bon marché dans le système depuis 30 ans.

C’est là que nous trouvons l’explication de tant de tendances bizarres et de développements grotesques.

En 1971, les autorités américaines ont mis en place un nouveau dollar. Il ressemblait trait pour trait à l’ancien. Les gens pensaient que c’était exactement le même.

Il y avait cependant une différence majeure : ce dollar pouvait voler.

Soyez le premier informé des dernières news La Chronique Agora directement dans votre boîte mail

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Mots clé :

Laissez un commentaire