Aucun accord vaut mieux qu’un accord quelconque

Rédigé le 14 juin 2018 par | Guerre des monnaies, Liberalisme Imprimer

L’OMC et l’Union européenne ne favorisent pas le commerce. Ces institutions l’entravent en nommant « accords » des listes de restrictions.

En 2016 j’ai fait partie du Free Market Road Show. L’idée était de sillonner l’Europe pour organiser des tables-rondes sur divers sujets tels que l’Union européenne et l’économie du partage. Notre troupe s’est surtout rendue dans les pays de l’Europe de l’est, où les batailles idéologiques font encore rage.

En Moldavie, je me suis retrouvé à débattre du prochain accord de libre-échange européen. En lisant des articles récents sur le Brexit, je me suis souvenu de ce que j’avais déclaré à l’époque. C’est la même confusion sous-jacente qui est à l’origine de tout ce débat.

Prenez n’importe quel journal britannique, vous tomberez systématiquement sur un article sur l’Union douanière, l’Espace économique européen, l’UE et les accords de libre-échange. Quel devrait être le choix des Britanniques ? Devraient-ils plutôt préférer un Brexit dur que « soft » ? Même les responsables politiques n’arrivent pas à se décider, sans parler des économistes.

Mais si on formule correctement le problème du Brexit, il n’est plus un problème. Et le débat moldave sur l’accord de libre-échange est lui aussi totalement à côté de la plaque. C’est ce que j’ai tenté d’expliquer au public moldave.

Assis à ma droite et à ma gauche se trouvaient des économistes plutôt corpulents. L’un d’eux était russe. Ils n’ont cessé de discourir sur les bénéfices de libérer le commerce avec l’UE, les bénéfices économiques, les produits qui deviendraient disponibles, etc.

Après avoir demandé à mon hôte s’il m’autorisait à jurer, j’ai déclaré au public que tout ça c’était des conn***es. Sur tant d’aspects que cela en devient insondable. Les économistes qui m’entouraient se hérissèrent.

A l’époque, les responsables politiques des deux côtés de la frontière militaient pour libérer les échanges entre la Moldavie et l’UE.

Je demandais donc au public s’il savait qui avait de prime abord limité le commerce. C’était le gouvernement. Ces mêmes responsables politiques.

Si le libre-échange est une bonne chose, pourquoi alors l’ont-ils, dans un premier temps, restreint ?

Si le libre-échange est une bonne chose, pourquoi diable est-ce si long de l’autoriser ?

Et surtout, pourquoi diable a-t-on besoin d’un accord pour que les échanges soient libres ? La liberté n’est-elle pas l’absence d’interférence de l’Etat ? Pourquoi ne pas simplement se débarrasser des barrières commerciales ?

Les prétendus accords sur le libre-échange sont une longue liste de restrictions

La réponse à toutes ces questions est que les responsables politiques ne voient pas le commerce comme une chose positive. Si vous prenez la peine de lire vraiment ce qu’on appelle un accord de libre-échange, vous découvrirez qu’il ne s’agit en fait que d’une longue liste de restrictions sur le commerce…

Mais cet exemple d’hypocrisie n’est pas le plus flagrant. La situation est vraiment devenue embarrassante lorsque j’ai affirmé ceci :

« Si quelqu’un vous vole votre argent puis vous offre un contrat vous proposant d’en récupérer la moitié, allez-vous le signer des deux mains ?

Bien sûr que non !

C’est la même chose avec les accords commerciaux. Les responsables politiques vous rendent la moitié de votre droit fondamental de traverser les frontières – et en plus ils s’attendent à ce que vous en soyez satisfaits.

Naturellement, mieux vaut avoir des accords de libre-échange. Vous n’en serez que plus riches. Mais comprenez bien, on vous revend des droits qui vous appartiennent et qu’on vous avait retirés dans un premier temps. »

Le Brexit est un conflit qui n’a pas lieu d’être

En quoi tout cela a-t-il à voir avec le Brexit ? Cela montre que c’est le double-langage orwellien qui est au coeur du problème du Brexit et non le commerce en lui-même. Tout ce conflit est un conflit artificiellement créé qui n’a pas lieu d’être.

En ce moment, il existe plus ou moins des accords de libre-échange entre l’UE et le Royaume-Uni. Les gens reconnaissent en général que c’est une bonne chose. Donc si l’UE et le RU pensent que ce libre-échange est bénéfique, pourquoi diable menacent-ils de nous le supprimer si nous n’arrivons pas à conclure un accord sur les échanges ?

« Si vous n’êtes pas d’accord avec notre accord de libre-échange, qui limite beaucoup le commerce, nous ne commercerons pas librement avec vous, » disent les négociateurs européens aux Britanniques. C’est stupide. A nouveau, sur tant d’aspects que cela en devient insondable.

Toute restriction sur le commerce est établie par les gouvernements ; les restrictions commerciales ne sont pas un état de fait naturel.

Menacer de restrictions commerciales pour punir de ne pas avoir été d’accord sur moins de restrictions commerciales est une contradiction. Soit les restrictions commerciales sont bonnes, soit elles sont mauvaises. Soit le commerce est bon, soit il est mauvais. On ne peut pas dire que le libre-échange est bon mais que si vous n’êtes pas d’accord avec ces quelques restrictions, alors nous mettrons en un paquet de restrictions.

L’OMC – comme les accords commerciaux – est un faux besoin

La politique commerciale absurde dont débattent les journaux est parfaitement logique si vous acceptez le monde que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a créé. Selon ces règles, en l’absence d’accord commercial, les restrictions commerciales par défaut doivent s’appliquer pour le pays en question.

Voilà une manière absurde d’organiser les choses, qui crée le besoin d’une OMC et des litiges à propos des accords de libre-échange.

En d’autres termes, le besoin artificiellement créé d’inciter à des accords commerciaux pour permettre le libre-échange est le problème, pas la solution.

Au sujet du Brexit, si l’UE et le RU n’avaient pas d’accords commerciaux en place, et que les biens et services étaient autorisés à circuler librement, il n’y aurait absolument aucun problème.

Tous les problèmes et préoccupations sont artificiellement créés par une divergence par rapport à cet état naturel des affaires. Ils sont créés par les affaires d’Etat.

Le Brexit en est un exemple manifeste. Et d’une manière nouvelle, qui prouve ce que j’essaie d’expliquer.

Ce n’est pas parce que la GB sort de l’UE que la consommation de saucisses allemandes devient soudainement dangereuse pour les Britanniques et que les marchés financiers britanniques deviennent du jour au lendemain inappropriés pour les investisseurs européens.

Les restrictions qu’établit l’UE sur le commerce sont mauvaises. Ce serait manifeste si on les mettait en place à cause du Brexit puisqu’on volerait aux peuples sans raison valable leur droit de commercer.

Je ne pense pas que les Européens accepteraient la position absurde des responsables politiques selon laquelle, avec la GB hors de l’UE, ce n’est plus une bonne idée de commercer librement avec eux. Les gens se rendraient compte que tout ce débat est ridicule.

C’est pourquoi, s’agissant du Brexit, aucun accord est le meilleur accord possible. Les politiciens seraient obligés d’expliquer pourquoi ils ont soudain besoin de mettre en place des restrictions commerciales.

L’absurdité des institutions commerciales qu’ils ont créées serait révélée au grand jour. Les gens passeraient régulièrement outre ces règlements de toute évidence stupides. L’idée même de restreindre le commerce semblerait stupide.

La guerre commerciale de Trump : équilibrer la déloyauté

Il n’y a pas que le Brexit qui met en avant l’absurdité des règles commerciales. Le président Donald Trump aussi le fait.

Sa guerre commerciale semble jusqu’à présent donner de bons résultats. De plus en plus de gens qui haïssaient Trump le créditent d’une amélioration de l’économie.

Toutefois, les partenaires commerciaux des Etats-Unis ne sont pas aussi heureux. L’UE, le Canada, le Mexique et la Chine sont prêts à se battre.

Mais le contrecoup de la guerre commerciale de Trump ne porte pas sur le commerce lui-même. Là encore, le problème sous-jacent est le monde stupide des règles commerciales. Le conflit provient de la façon même dont les politiques traitent le sujet, pourtant simple, du commerce.

Les Etats-Unis viennent de commencer à exploiter les règles du jeu alors que les autres pays ont une longue tradition dans cette pratique. Le « commerce équitable » selon Trump est équitable dans le sens où les deux parties jouent à présent de manière déloyale. Cela représente un choc pour ceux qui s’en sont tirés avec des subventions et des droits de douane pendant si longtemps. [NDLR : Depuis une décennie, la Chine profite des Etats-Unis en leur piratant leur propriété intellectuelle. Mais l’application du Trade Act de 1974 pourrait changer la donne. Notre spécialiste Jim Rickards vous explique ici comment, mais surtout vous propose une transaction originale pour vous permettre d’engranger une plus-value de +669%.]

Le fait que toutes les restrictions commerciales imposent une automutilation dans une certaine mesure est difficile à cacher aujourd’hui. Trump force la décision en clamant être prêt à s’automutiler. Les autres pays menaceront-ils de suicide commercial en réponse ?

C’est peu probable, et c’est pourquoi la stratégie de Trump de garantir plus de libre-échange fonctionne. Si vous voulez que quelqu’un bouge dans une certaine direction, vous le poussez dans la direction opposée. Il résistera naturellement et bougera ensuite de la façon dont vous le souhaitiez. Les menaces de Trump ont pour but de contraindre les pays à réduire leurs restrictions commerciales, pas de lancer une guerre commerciale.

Mais les habiles manoeuvres politiques de Trump ne sont pas le sujet de cet article. Je veux vous faire comprendre que dire qu’il existe une guerre commerciale mondiale est simplement faux.

Peut-être que les institutions mondiales du commerce seront bientôt vues comme étant le problème sous-jacent. L’OMC, l’UE et les accords de libre-échange entravent le commerce, ne le facilitent pas. Dans un monde sans ces institutions, le Brexit ne ferait pas tant d’histoires.

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Nick Hubble
Nick Hubble

Diplômé de la prestigieuse université Bond en Finance, Economie et Droit, Nick Hubble est aujourd’hui chroniqueur pour différentes publications financières en ligne telles que « The Daily Reckoning Australia » et « The Money Life Letter« .

Un commentaire pour “Aucun accord vaut mieux qu’un accord quelconque”

  1. Les accords sont nécessaires simplement pour s’assurer que le libre-echange est appliqué bilatéralement et non pas unilatéralement, car si le libre-echange unilatéral est préférable au protectionnisme, le libre-echange bilatéral est également préférable au libre-echange unilatéral. De plus il existe des problématiques d’uniformisations des normes.

    Par ailleurs moi aussi je trouve amusant d’attaquer la classe politique, cependant « le gouvernement » n’est pas une entité abstraite et intemporelle, objectivement les hommes politiques qui libéralisent le commerce aujourd’hui ne sont pas ceux qui avaient imposé ces restrictions au départ.

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