Un accord commercial imbattable, même pour Trump

Rédigé le 5 janvier 2017 par | Bill Bonner, Libéralisme Imprimer

Les gens peuvent bien croire tout ce qu’ils veulent.

Mais tôt ou tard, la vie réelle entre en jeu. Et nous nous régalons de voir leur tête, lorsque cela se produit.

A cet égard, il se pourrait que 2017 soit notre meilleure année, historiquement. Nous avons rarement vu autant de gens croire à tant de choses impossibles.

Autrefois, le constructeur automobile General Motors (GM) possédait une chaîne d’assemblage à l’est de Baltimore.

Et puis un vendredi de mai 2005, à 16h30, la dernière camionnette Chevrolet Astro est sortie de la chaîne, à l’usine General Motors de Borening Highway. Les larmes sont montées aux yeux de certains. D’autres ont rigolé.

Cette camionnette n’avait pas été revisitée depuis 20 ans. Elle était considérée partout comme un danger, en termes de sécurité, et classée « plus mauvaise élève de sa classe » par les experts.

Peter Morici, professeur de gestion à l’Université du Maryland, a résumé le problème de GM à l’intention d’un journaliste du Baltimore Sun :

Si vous commercialisez un produit bas de gamme et que vous pensez le vendre cher, alors vous mettrez la clef sous la porte.

A son apogée, l’usine tournait 16 heures par jours et employait 7 000 personnes. Dundalk, la ville la plus proche, était en plein essor, la clientèle des bars allant et venant par flots alors que certaines équipes quittaient leur travail et que d’autres le reprenaient.

Mais en 2004, l’entreprise a commencé à pédaler dans le vide. GM devait tellement d’argent sur son activité passée – en pensions et assurance-santé destinées aux salariés retraités – qu’elle avait peu d’argent ou d’attention à consacrer à l’avenir.

Cette année-là, la société versa plus de cinq milliards de dollars en frais médicaux pour ses retraités, leurs maux de dos et leur tension trop élevée, entre autres problèmes de santé.

Un an plus tard, l’usine s’arrêta péniblement puis sombra dans le silence. Les plus de mille salariés de GM qui travaillaient encore dans le Maryland rouspétèrent. Mais personne, à notre connaissance, ne suggéra de punir l’entreprise en appliquant un malus sur les camionnettes fabriquées dans le Michigan et commercialisées dans l’état du Maryland.

Pour une raison que nous ignorons – et jamais expliquée – les habitants du Maryland semblent frémir face aux importations bon marché venant du Mexique ou de Chine. Mais ils acceptent sans sourciller d’importer du Michigan ou de Californie.

La taxe frontalière, une « solution » source de problèmes

A présent, GM produit le Chevrolet Cruze, un véhicule familial bon marché, apprécié des laissés-pour-compte de la mondialisation et de la financiarisation.

Il est assemblé au Mexique. Le Président-élu Trump s’est indigné sur Twitter car GM :

… facture hors-taxe aux concessionnaires américains ce modèle de Chevrolet Cruze fabriqué au Mexique. Produisez aux Etats-Unis ou bien payez une taxe frontalière !

Ces deux solutions laissent présumer que le prix du Cruze va augmenter. Ni le président-élu, ni son gourou en matière de commerce, Peter Navarro, titulaire d’un doctorat en économie, n’ont révélé en quoi forcer les partisans de Trump à payer plus cher un véhicule bas de gamme allait les aider.

Bien sûr, personne ne sait comment ni quand cette solution devrait être imposée. Mais une chose est sûre : quelqu’un va être déçu.

Comme quelqu’un l’aurait remarqué un jour, ce n’est pas le fait de ne pas savoir qui vous met dans l’embarras, mais bien ce que vous pensez savoir. Or, généralement, chacun pense savoir que quelqu’un d’autre fait quelque chose qu’il ne devrait pas faire.

M. Trump, ainsi que beaucoup d’électeurs américains apparemment, pense que GM ne devrait pas assembler ses voitures au Mexique.

Pourquoi ?

Parce que cela déplace les emplois américains au sud de la frontière.

Mais pourquoi un emploi situé au nord du Rio Grande serait-il meilleur qu’un emploi situé au sud de ce fleuve ?

Voilà autre chose qui n’a jamais été correctement expliqué, non plus. Une seule personne peut occuper un emploi donné. Si ce n’est pas vous, qu’importe que cet emploi soit attribué à quelqu’un de Détroit ou de Guadalajara, non ?

On peut supposer que les gens de ces deux villes sont aussi charmants les uns que les autres, et dignes de travailler.

Un « meilleur » accord pour qui ?

Outre ses tentatives en vue de préserver le passé, aux Etats-Unis, M. Trump déclare avoir la ferme intention de négocier de meilleurs accords commerciaux.

Nous comprenons ce qu’est le libre-échange. Mais la nature exacte d’un « meilleur » accord commercial n’a jamais été expliquée, non plus. Pour autant que nous puissions en juger, c’est comme un « meilleur » calendrier, doté de 100 jours, de sorte qu’il soit plus facile à suivre… ou comme un « meilleur » processus électoral, au cours duquel votre candidat gagne toujours.

La Chine exploite ses travailleurs afin de vendre moins cher que les fabricants américains, disent les détracteurs. Ses usines ne sont pas tenues d’obéir à la législation du travail américaine, ni à celles liées à la sécurité et à l’environnement.

C’est un peu fourbe, n’est-ce pas ? Infâme. Ces Chinois sont de vraies ordures de capitalistes, non ?

« Oui », dit l’homme sur le point de se mettre dans l’embarras. « Les Chinois sont méchants… et ils font quelque chose de mal. Nous devons riposter. » Aujourd’hui, par exemple, dans le Wall Street Journal, Robert Lighthizer, chargé par Trump de négocier les accords commerciaux, déclare qu’il veut « niveler le terrain en faveur des travailleurs américains ».

Mais peut-être devrait-il s’acheter l’un de ces nouveaux niveaux de chantier à rayon laser.

Qui respire l’air pollué ? Qui travaille 12 heures d’affilée dans des usines peu chauffées ? Qui gagne un dollar de l’heure sans se plaindre que quelqu’un, à l’autre bout de la planète, bénéficie d’une « promotion permanente » sur quelque babiole vendue chez Walmart ?

Actuellement, les Américains achètent des gadgets utiles et autres bidules fabriqués en Chine, puis importés dans leur pays, aux frais des Chinois. En échange, les consommateurs américains donnent aux Chinois des billets verts (ou leur version électronique).

Les fournisseurs, qui détiennent déjà un grand volume de notre monnaie, ne savent pas trop quoi faire de cet argent supplémentaire.

Traditionnellement, ils vendent leurs dollars en échange de titres du Trésor. Autrement dit, ils échangent une reconnaissance de dette contre une autre, émanant du même émetteur.

Depuis 1990, le déficit commercial américain accumulé avec la Chine dépasse les 4 000 milliards de dollars et représenterait actuellement un milliard de dollars toutes les 24 heures.

Les Américains, eux, ont récupéré des voitures, des ordinateurs, des télévisions, et autres appareils de la vie moderne, chez eux, aux Etats-Unis. En contrepartie, les Chinois n’ont rien eu de tangible. Les reconnaissances de dette n’ont jamais été remboursées. Elles ne le seront jamais. [NDLR : Le seul actif financier qui ne soit la dette de personne, c’est l’or. C’est pourquoi il est promis à un brillant avenir. Mais comment en acheter, dans quoi investir ? Tout est ici…]

Ce qui sera amusant, au cours de l’année à venir, c’est de constater comment la Team Trump améliore CET accord-là !

Mais attendez. Le véritable problème, c’est ce système de l’argent falsifié, pas le libre-échange. C’est peut-être un super « accord » pour les consommateurs américains. Mais c’est un désastre pour l’économie américaine ordinaire.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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