Une année particulière
L’année 2006 s’est terminée calmement. Le CAC 40 flirtait à nouveau avec des sommets que l’on n’avait plus l’habitude de voir. Une certaine indécision régnait, que ce soit à Paris ou ailleurs, et chacun semblait attendre le signal du départ. Il est enfin arrivé et nous nous sommes gaillardement lancés à l’assaut des 5 600 points, que nous avons fini par franchir. Dès lors il n’a pas été rare de lire dans la presse grand public que le CAC 40 retrouverait dans l’année les 6 000 points, et même bien mieux. Qui refuserait une telle hypothèse, sauf à être un pessimiste invétéré ? Mais restons lucides.
Acceptez la "nullitude"
Si l’on en croit les nouvelles de ces derniers jours, 1,2 millions de maisons ont été saisies en 2006 aux Etats-Unis, une hausse de 42% par rapport à l’année précédente. Même au sommet du marché, une petite mollesse se fait sentir sur les prix de l’immobilier. Le milliardaire Kirk Kerkorian a mis sa demeure de Beverly Hills sur le marché l’an dernier pour 25 millions de dollars. Il a baissé son prix à 18 millions de dollars, dernièrement. Il doit commencer à se décourager.
Un boom en bonne voie
Grâce à une présence dominante dans l’exploration et le développement de projets gaziers et pétroliers dans le monde entier, la direction prévoit de continuer la croissance vigoureuse de ses ventes pendant encore plusieurs années, bien qu’à un rythme en décélération. L’entreprise engrangera des marges impressionnantes sur ses ventes, représentant la récompense graduelle d’années d’investissements lourds dans des technologies pétrolières de pointe, bien représentées par exemple par WesternGeco, sa division sismique 3D.
La dupe du coeur
Les spectacles publics suivent des schémas prévisibles, avons-nous remarqué. Ils commencent par des mensonges… on commence en général par prétendre que c’est une Nouvelle Ere, et que les anciennes règles ne s’appliquent plus. Ensuite, on passe au stade de la farce… où le mensonge commence faire des siennes. Et finalement, tout se termine en désastre. On peut voir ce schéma se développer en Irak, par exemple, aujourd’hui. Ou durant la Seconde guerre mondiale… les mensonges d’Hitler — la supériorité raciale, le besoin de Lebensraum à l’est, etc. — ont rapidement été suivis de programmes absurdes et de retraites aux flambeaux… avant de se terminer à Stalingrad et à Berlin.
Saris, inégalités et "noblesse du capital"
Jamais l’humanité n’avait observé une émergence économique aussi rapide et durable, à l’échelle (en termes de population) de quatre continents de la taille de l’Amérique du Nord, ou de trois fois l’Europe à 25. Même les plus attardés des ex-pays de l’Est, convertis depuis une quinzaine d’années au capitalisme et soutenus à bout de bras par les pays développés de l’Eurozone, sont parvenus à approcher — de près ou de loin — le taux de progression du PIB de l’Empire du Milieu (au mieux +5% pour la Pologne ou la Tchéquie) depuis l’an 2000.
Une tempête parfaite
Le film "La Tempête du Siècle" (A Perfect Storm, "Une Tempête Parfaite", en anglais) raconte les événements qui se sont produits durant un violent orage dans l’océan Atlantique, en 1991. Cet ouragan était le produit de phénomènes météorologiques uniques en leur genre, qui se sont combinés pour créer une tempête littéralement monstrueuse. Le succès du film a contribué à forger une nouvelle expression dans le vocabulaire anglo-saxon : une "tempête parfaite" décrit une combinaison d’événements qui, pris isolément, auraient produit un effet bien moins considérable.
Un Alcibiade moderne…
Financement par capitaux propres, finance structurée, hedge funds, produits dérivés : on trouve beaucoup de joueurs et beaucoup de jeux dans le monde financier. Tous les joueurs ne sont pas des génies. Tous les jeux ne sont pas réglementaires. Et tous les casinos ne sont pas gérés par des pasteurs protestants. Il ne peut manquer d’y avoir des histoires, des scandales et des pertes spectaculaires. Seront-ils assez importants pour percer un trou dans la grande bulle ?
La suprématie effervescente
A Londres, les gestionnaires de hedge funds mènent des "batailles de champagne", selon le Sunday Times. Ils ne se contentent pas de boire du champagne. Ils secouent les bouteilles et s’arrosent les uns les autres. Selon le gérant d’un club, une nuit de lutte pour "la suprématie effervescente" appauvrit les beaux esprits de 150 000 $.
Rendons justice au charbon
Le pétrole occupe peut-être le devant de la scène, ces derniers temps, mais le charbon est loin de s’être endormi. En fait, on pourrait même dire que le monde dépend plus que jamais du charbon. Selon de récents chiffres publiés par l’Institut mondial du charbon, 24,4% de la consommation d’énergie primaire de la planète provient du charbon. Sa part dans la génération d’électricité planétaire est de 40,1%. Aux Etats-Unis, plus de la moitié de l’électricité du pays provient du charbon. En Chine et en Australie, le total approche les 80% ; en Pologne et en Afrique du Sud, on dépasse les 90%.
Glace ou millefeuille
Drôle d’époque, où les super-ordinateurs des instituts de recherche météorologique permettent de traquer le moindre cisaillement, le moindre contraste thermique entre les masses d’air, la moindre dépression locale génératrice de courants d’air avec une précision époustouflante 48 heures à l’avance… alors que les spécialistes de l’analyse technique, qui utilisent des ordinateurs tout aussi puissants, ne parviennent plus à anticiper la succession des épisodes dépressionnaire ou anticyclonique sur les marchés, sinon à un quart d’heure près (et encore !).
Fauteuil à bascule et métal jaune
La Chronique Agora a hissé le drapeau "alerte au krach" devant ses bureaux. Si l’on regardait par la fenêtre… ou sur les premières pages des journaux… on ne s’attendrait à aucun problème. La situation a-t-elle jamais été meilleure ? Les actions grimpent. La bulle de l’immobilier est en route pour un "atterrissage en douceur", tout le monde sait ça. Le pétrole baisse. Et l’hiver sera bientôt terminé. Les gens commencent à se demander pourquoi nous restons en mode "alerte au krach".
Avidité et asymétrie
La pluie tombe sur les riches comme sur les pauvres. C’est symétrique. Mais une fois la pluie tombée, les riches en reçoivent un bien plus large part que les pauvres. C’est asymétrique. En fait, certains riches détournent autant d’eau que possible vers leurs réservoirs personnels… même s’ils en ont déjà bien plus que nécessaire. C’est de l’avidité.
Avidité et asymétrie
La pluie tombe sur les riches comme sur les pauvres. C’est symétrique. Mais une fois la pluie tombée, les riches en reçoivent un bien plus large part que les pauvres. C’est asymétrique. En fait, certains riches détournent autant d’eau que possible vers leurs réservoirs personnels… même s’ils en ont déjà bien plus que nécessaire. C’est de l’avidité.
Un spectacle diablement intéressant
Pour la première fois de l’histoire, les riches deviennent réellement plus riches à un rythme rapide. Voilà comment ça fonctionne. Les banques centrales de la planète, menées par la Réserve fédérale US et accompagnées d’autres intermédiaires financiers, créent de nouvelles formes de "richesse" — dollars papier, dette titrisée, dérivés, etc. Les émissions d’obligations, par exemple, ont doublé sur les six dernières années. La création de produits dérivés a grimpé en flèche, pour dépasser les 300 000 milliards de dollars. Cette "richesse" semble ne jamais atteindre les porte-monnaie des masses. Au lieu de cela, elle reste dans les classes qui investissent — faisant grimper les prix des actifs financiers et des autres formes de richesses privilégiées par les riches.
La planète pétrole perd la boule
Une nouvelle rechute des cours sur le NYMEX qui semble calquée — de manière très paradoxale — sur celle des thermomètres dans le centre des Etats-Unis. Une vague de froid bien de saison devrait bientôt se répandre sur le nord-est du pays après avoir gelé les récoltes d’oranges et de citrons en Californie… et transformé le centre de Las Vegas en patinoire — sans le concours des techniciens d’Holiday on Ice ou des spécialistes des effets spéciaux capables de transformer n’importe quelle scène de grand hôtel de Vegas en banquise, et les bandits manchots en alignements d’oiseaux antarctiques en partance pour leur migration annuelle !
Famille et finance
Mais aujourd’hui… le tableau a bien changé. Les travailleurs ordinaires n’ont pas d’argent à dépenser. Ces dix dernières années au moins, ils n’ont pu augmenter leurs dépenses qu’en s’endettant de plus en plus. C’est le tableau que nous observons, à la Chronique Agora, avec un tel intérêt. Nous voulons voir comment ça tournera. De toute évidence, les gens ne peuvent continuer à s’endetter éternellement. De notre côté, nous ne vivrons pas éternellement. La question est de savoir qui cèdera le premier — la fièvre de dépenses/d’emprunt… ou nous ?
S’il n’en reste qu’un…
C’est souvent lorsque les investisseurs se sentent extrêmement pessimistes que les rebonds boursiers commencent. Par contre, lorsqu’ils se sentent suprêmement confiants et complaisants, comme c’est le cas en ce moment, on voit souvent des ruées à la baisse se produire. C’est du moins le principe de base derrière "l’investissement contrarien". Selon Bloomberg News, à Wall Street, 12 stratégistes sur 12 prévoient une hausse des marchés boursiers en 2007. Pas une seule voix contraire — du moins pas à Wall Street.
Jean-Claude Trichet soigne sa cote de popularité…
C’est la plus forte hausse observée à Paris depuis le 24 juillet 2006. C’est aussi la cinquième plus importante depuis le 3 octobre 2003 — et le pourcentage de hausse vaut son pesant de calls warrant : 100% des valeurs vedettes du CAC 40 (sauf EDF qui lâchait 0,1% au moment du fixing de clôture) ont terminé dans le vert et c’est également le cas des 55 plus grosses capitalisations tricolores (EDF excepté).
Le nucléaire en pleine forme
Cigar Lake, dans la province de Saskatchewan, au Canada, renferme l’un des plus riches gisements de minerai d’uranium au monde. Avec 232 millions de livres de réserves prouvées et probables, la valeur économique de ce dépôt frôle les 14 milliards de dollars selon les récents prix au comptant.
Le nucléaire en pleine forme
Cigar Lake, dans la province de Saskatchewan, au Canada, renferme l’un des plus riches gisements de minerai d’uranium au monde. Avec 232 millions de livres de réserves prouvées et probables, la valeur économique de ce dépôt frôle les 14 milliards de dollars selon les récents prix au comptant.
Un monde assoiffé d’électricité
L’Inde projette de dépenser plus de 180 milliards de dollars pour créer le plus vaste réseau électrique de la planète. Le premier ministre Manmohan Singh déclare vouloir que tous les Indiens aient l’électricité d’ici 2012 — soit dans cinq ans à peine.
Une idée rafraîchissante
Le Rio Grande n’est plus aussi "Grande" qu’autrefois… et la rivière Colorado finit dans la poussière avant d’atteindre le Golfe de Californie. Les ressources en eau de l’Ouest américain, autrefois abondantes, ne le sont plus autant. Il n’est donc pas étonnant de voir les droits sur l’eau devenir de plus en plus chers.
Arbre couché par le vent…
Nous qui apprécions les contrastes climatologiques et souvent même la fureur des éléments (qui amèneront peut-être un jour les hommes à s’interroger sur l’impact de leur activité sur le réchauffement de la planète), ne pouvons que nous borner à constater — à notre grand désappointement — l’absence de la moindre tempête boursière depuis la fin de l’hiver 2003… à l’exception d’une petite dépression d’équinoxe survenue au printemps 2006, qui aura cassé quelques branches mais nullement compromis la récolte automnale, laquelle s’est avérée particulièrement fructueuse en plus-values.
Le brillant avenir de l’énergie solaire
La première loi de la thermodynamique nous dit que l’énergie ne peut être ni créée ni détruite. La seconde loi nous dit qu’un transfert d’énergie parfait n’existe pas — on perd toujours un petit quelque chose. Ces lois ne peuvent être transgressées, pas plus que la soif mondiale d’énergie ne peut être facilement étanchée. Et notre dépendance aux carburants fossiles augmente donc, simplement parce qu’il n’existe pas d’alternatives simples à grande échelle… pour l’instant.
Le brillant avenir de l’énergie solaire
- Le soleil, lui, est plutôt "à grande échelle", et il produit une quantité impressionnante d’énergie. En fait, il baigne la terre de plus d’énergie potentielle que nous pourrions espérer en utiliser (il a été calculé que les humaines utilisent actuellement environ un millionième d’un milliardième de la production totale du soleil).
