Shrek contre Goldilocks
Oui, cher Père Noël, il va bien falloir que je m’offre un séjour aux Etats-Unis (je suis en fait assez tenté par l’Alaska cette année, car la couche neigeuse dans les Alpes s’avère d’un manque d’épaisseur affligeant en altitude et ne brille que par son absence en moyenne montagne), afin de m’élancer sur les traces de la seule économie "Boucles d’Or" de la planète.
Un optimisme douteux
Il est admis de longue date que l’ampleur des excès constatés lors d’un boom détermine la sévérité du processus de réajustement économique et financier qui s’ensuit. On a affirmé — c’est bien pratique — que le boom immobilier de ces dernières années a été moins spectaculaire que les précédents, qui se sont tous terminés sans baisses radicales des prix.
Dans l’encadrement de la porte
Pour commencer, en vendant, on admet que ce qu’on possède mérite d’être vendu. Ensuite, votre vente pourrait pousser d’autres gens à se débarrasser de leurs titres, déclenchant une ruée vers la sortie. Une fois brisé le sort absurde qui a poussé les investisseurs à faire des investissements stupides en trop grande quantité, l’enfer se déchaîne… et les ventes paniquées, indisciplinées, désordonnées et profondément déstabilisantes commencent.
C’était trop bath pour durer !
Nous ne savons s’il est très pertinent d’affirmer, en guise de clin d’oeil à la conclusion de notre précédente Chronique, que la baignoire boursière a soudain débordé à Bangkok… mais une chose est certaine : les actionnaires qui s’y prélassaient en toute insouciance depuis le début de l’année ont dû soudain trouver l’eau très froide.
Prenons un bain de félicité boursière
Si nous avions vu juste sur la combinaison de facteurs psychologiques et techniques soutenant la hausse des marchés depuis le 2 décembre dernier, nous devons avouer que la fermeté des indices boursiers à l’entame de la dernière quinzaine de l’année 2006 nous bluffe complètement !
L’autre côté du pari
Vous vous dites peut-être "oh, je ne me positionne pas, j’ai des liquidités". Ce n’est là qu’une position alternative ; lorsque vous avez des liquidités, vous n’avez pas d’actions… ni de dollars. Si les actions baissent, vos liquidités grimpent, par rapport aux actions. Si les actions grimpent, vos liquidités — mesurées en actions — perdent de leur valeur.
Placez vos paris
C’est un fait : les rebonds de fin d’année arrivent presque aussi régulièrement que les levers de soleil. Ces 78 dernières années, le marché a chuté seulement 13 fois entre le 13 décembre et le Nouvel An. En d’autres termes, il s’est repris dans 83% des cas.
Placez vos paris
L’année dernière, le marché a glissé de 1,4% entre le 13 décembre et Nouvel An. Ne pourrait-il pas chuter à nouveau cette année ? Si, bien entendu. Mais 73 ans ont passé depuis la dernière fois où le marché a trébuché deux fins d’années de suite. Durant la Grande dépression — en 1932 et 1933 –, les marchés boursiers américains ont produit de légères pertes entre le 13 décembre et la fin de l’année.
Bienvenue à Bombay
…des complexes d’appartements dont les balcons portent des affiches vantant le fait qu’"ici, les jeunes professionnels peuvent mener une vie saine"… "Effrayé par le marché boursier ?" demande une autre affiche, qui invite les clients à appeler le fonds Franklin Templeton… des Musulmanes habillées de noir de la tête aux pieds… des élégantes à la peau claire portant sari… des êtres squelettiques accroupis le long de l’autoroute… des acres et des acres de bidonvilles aux toits de tôle ondulée… "9% d’intérêt avec la Catholic Syrian Bank… dépôt minimum : 100 roupies (environ 1,5 euros)"…
Une économie Goldilocks…
Bienheureuse Boucles d’Or, qui peut déguster tranquillement la tasse du petit ours brun avant de s’attaquer au bol du papa ours et de maman ours — lesdits bols ayant eu le temps de refroidir "juste comme il faut", à l’image de l’immobilier, selon le patron de Toll Brothers.
Coucher de soleil nucléaire
Hier soir, à St Kilda, nous marchions vers l’ouest dans un crépuscule flamboyant, en chemin pour faire quelques courses pour le dîner. Au retour, la lune s’est levée devant nous, presque aussi sombre et orangée que le soleil qui se couchait. Nous nous sommes tourné de côté, un corps céleste dans chaque main, et avons contemplé leur beauté et leur symétrie pendant quelques secondes, regardant la ville de Melbourne se profiler à nos pieds, prise entre une source de lumière nucléaire et la lune morte qui la reflète.
Impressions d’inde…
Des femmes bourrelées de graisse, assises à l’arrière de scooters… des vieillards enroulés dans des draps blancs, à la Gandhi… du béton, des piles de briques, des échafaudages de bambous… de la fumée, de la chaleur et une brume si épaisse qu’on ne peut voir de l’autre côté du port… un homme dont la barbe et les cheveux sont teints en orange vif… un autre homme aux yeux fous, comme un St Jean-Baptiste qui aurait trop bu… des immeubles de bureaux tout en verre… des odeurs corporelles… des taxis ayant plus de klaxons que de chevaux… de mignonnes petites filles toutes sales qui vous suivent, vous prennent le bras, vous harcèlent et vous suivent des rues durant…
Quel cirque !
La Bourse est un cirque, ça, on le savait déjà. Mais tout de même, on en est arrivé à un tel point que les lumpeninvestisseurs de la planète devraient sérieusement penser à changer d’activité : au lieu de se plonger dans les chiffres, ils devraient envisager de se faire équilibristes ou acrobates. Ils montrent en effet un indéniable talent pour faire le grand écart entre des données parfaitement contradictoires… tout en gardant l’équilibre sur le fil d’une hausse précaire des marchés.
Bienvenue à Bombay
Et nous voilà à Bombay. Tout autour de nous, nous voyons des immeubles résidentiels et des tours de bureaux ; ici, les gens savent faire du ciment. Ils savent comment faire des bombes nucléaires et des moteurs à explosion. Terminée, la lutte des classe. Terminées, les guerres anti-coloniales. Terminés, les "-ismes" qui ont pullulé pendant si longtemps.
Où va le gaz ?
Pour commencer, il faut savoir que les prix du gaz naturel sont extrêmement saisonniers, et dépendent beaucoup de la météo. Nous avons eu un hiver clément, l’an dernier — si bien qu’il restait beaucoup de réserves de gaz au printemps. C’est un peu comme lorsqu’on achète beaucoup de bière et de vin pour une fête… et que les gros buveurs ne viennent pas. En plus de cela, aux Etats-Unis, il n’y a pas eu de tempêtes notables cette année.
Or physique : constituez votre trésor !
Dans cet article, nous n’aborderons pas la question des pièces commémoratives et autres éditions pour numismates. Disons simplement qu’il s’agit d’un domaine spécifique, lequel demande une expertise assez différente de ce qu’exige un placement en or. Une telle expertise, dans un contexte d’une flambée sans précédent du métal jaune, ne vous garantit pas des gains très supérieurs à la pièce banale.
Un peu de nostalgie
Il n’y a pas si longtemps, tout le monde voulait avoir ces morceaux de papier vert symbolisant l’hégémonie américaine… et personne ne voulait d’or. Tandis que les banques centrales occidentales s’empressaient de se débarrasser de leurs réserves d’or, les seules personnes qui semblaient en vouloir étaient les mariées indiennes, les dentistes mexicains… et quelques journalistes financiers trop éduqués.
De grosses petites bulles
Aux Etats-Unis, la mode de la politique a atteint son sommet sous l’administration Kennedy. Les remarques inaugurales de Kennedy — "ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous… demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays" — ont marqué un zénith historique pour cette tendance. C’était avant que la guerre au Vietnam ne s’enlise, et avant le lancement de la guerre contre la pauvreté et la guerre contre la drogue. Les gens croyaient à ces guerres — et ils ont été terriblement déçus lorsque les victoires ne se sont pas concrétisées. Aujourd’hui, évidemment, il y a la guerre contre la terreur… mais peu de gens en parlent… et aucune personne sensée ne la mentionne sans un sourire ironique. En fait, la guerre contre la terreur n’est pas du tout politique — c’est une campagne destinée à couvrir le flanc du grand empire financier. Si l’on découvrait qu’elle diminuait les dépenses de consommation, ou augmentait les taux de prêts hypothécaires, par exemple, on y mettrait fin dès demain.
Des fusions-acquisitions en or
Les mineurs achètent des mineurs. 100 milliards de dollars de fusions et acquisitions ont balayé l’industrie minière à ce jour cette année. Cette "ruée vers l’or" sur les marchés pourrait donc faire grimper les prix des actions plus que le prix de l’or lui-même. Et Michael Martin, spécialiste des actions minières chez R.F. Lafferty à New York, pense que la ruée vers l’or de Wall Street est loin d’être terminée.
Cueillette de gentianes en décembre…
Les tilleuls bourgeonnent dans le parc des Tuileries, les rosiers refont des boutons dans les jardins du Luxembourg… et 500 kilomètres au sud-est, les golfeurs peuvent continuer de pratiquer leur sport favori dans toutes les stations de ski équipées d’un 18 trous pour la saison estivale. Ceux qui auront égaré leur balle dans les alpages auront intérêt à ouvrir l’œil : les amateurs de trésors naturels pourront récolter des gentianes d’un jaune éclatant entre 1 100 et 1 500 mètres : une pousse aussi tardive n’a jamais été observée de mémoire de Savoyard — et la région compte quelques centenaires !
Un terroriste contrarien
"Vendez les options Skyfleet", déclare Le Chiffre à son courtier affolé, quelques jours avant la date prévue pour l’attentat. "Mais, Monsieur, tout le monde achète !". "Vendez, vous dis-je", insiste l’affreux scélérat. Voilà une scène qui ne pouvait qu’éveiller ma sympathie, habituée comme je le suis à plaider la cause de valeurs que tout le monde vend quand nous recommandons d’acheter… et inversement.
Des vacances en décembre
Les actions grimpent depuis plusieurs mois, aux Etats-Unis. C’est probablement la meilleure raison pour laquelle elles doivent chuter. Si le Dow sauvegarde sa performance positive pour le mois de novembre, le vénérable indice enregistrerait six mois consécutifs dans le vert. Il est peut-être temps de voir un mois baissier.
